Helation de Valentyrif in Démeunicr {Loc, cit
i\î L'ÊYOUTION DE kA MORALE.
les sujets, aussi peu intelligents que leur maître. La placidité [larfaite aver laquelle il les pressure tenant pour moins que rien leurs affections, leur vie même, tout cela grave dans leur fruste cerveau Tidée d'un être surhumain, impeccable et admirable dans tous ses actes. Alors la servilité se poétise; die prend une teinte religieuse; non seulement on ne se permet plus de discuter les caprices du dieu couronné, on a, pour lui, une admiration fenente. A ce moment de l'évolution psychique du sentiment servile, une exaltation absurde lui donne parfois une sorte de noblesse ; on en arrive i se dévouer, à se sacrifier en l'honneur d'êtres ou nuls ou méprisables, que transGgure le prestige monarchique.
C'est seulement à la condition de tenir grand compte de cet état mental, presque pathologique, que l'on ne s'étonne pas trop des actes de démence, qui, en pays sauvage, se commettent souvent à la mort des grands ou des rois.
c. Durant la période du développement mental, que nous éludions en ce moment, on croit d'ordinaire, et très fermeniement non pas à l'immortalité deTâme, comme l'entendent nos métaphysiciens, mais à une sunivance quelconque et plus ou moins longue après la mort. L'ombre du défunt va, pense-t-on, continuer quelque part, dans un au-delà calque sur le pays qu'on habite, une existence analogue i Texistonce terrestre. Cette survivance semble surtout indu^ bi table pour les grands personnages; car en bien des pays^ on l'a déniée aux gens de rien, à la plèbe. En conséquence^ on s'arrange pour que tout potentat, petit ou grand, arriva dans la vie future avec des provisions, des armes, des es-' clavcs, des femmes, des serviteurs, en résumé, avec un étatde maison proportionné à son importance terrestre. C'est:la raison des offrandes et surtout des sacrifices funéraires, «jui, en pays sauvage et même barbare, ensanglantent Isu i«iTe, à la mort des princes.
LA MORALE SAUVAGE. ai S
Déjà, chez les Caraïbes, lors du décès d'un chef, Tune de ses femmes était enterrée avec lui et Ton donnait la préférence à celle qui avait eu du défunt quelques enfants : c'était une attention délicate ^
Aux Iles Sandwich, lors de la mort du Napoléon hawaïen, Tamehameha, qui, à grand renfort de massacres, fit à son pays le triste cadeau de la civilisation européenne, ce fut une vraie débauche non seulement de sacrifices humains obligatoires, mais même de suicides et de mutilations volontaires. Pendant plusieurs années, l'anniversaire de celte mort fut célébrée par le peuple, non plus par des sacrifices importants, mais par Tavulsion d'une dent incisive'.
Nous avons vu que l'Afrique noire est la terre d'élection de la servilité, il est donc naturel que la folie des sacrifices funéraires à la mort des princes s'y élève au paroxysme. Je ne parle pas des menues absurdités, par exemple, de celle des Timannis, qui, par des ouvertures pratiquées dans la paroi du tombeau, offrent périodiquement aux mânes du chef décédé du vin de palme et des aliments% ni du point d'honneur qui pousse les Bambaras de Kaarta à acheter très cher les vieilles femmes du prince défunt, fussent-elles horribles, quand son successeur s'en débarrasse en les vendant à la criée* : succéder à un roi en quelque manière que ce soit, V^cl honneur! C'est surtout de sang humain, que Ton est prodigue. Les grands de la Côte-d'Or, à la mort de leur P^^ûce, tuaient soit un esclave chargé d'accompagner le mort, ^^t une femme qui put lui faire sa cuisine.
A la mort du roi de Bénin, on creusait une grande et pro- '^^de fosse en forme de bouteille et, par l'orifice en goulot
• Voyage à la Terre^Ferme, etc., t. I", p. 293.
• ^echey,//ti(. univ. dMVoyaj^«». t. XIX, p. 347.— Kotzebue, Ibid., p. 439. ' ^Ming, Hist. univ. des voyageSt t. XXVIII, p. 33.
HafTenel, Nouveau voyage au pays des Nègres, t. !•% p. 389. ^
âU L1V0LUTI02I DE LA MORALE.
on y jelail une foule d'esclaves, de serviteurs que Ton y laissait mourir de faim^
Dans TÂchanti, où la folie homicide règne à Tétat endémique, on va bien plus loin. D'abord, au moment de la mort du prince, ses parents se précipitent hors de la demeure royale et tuent indifféremment tout ce qu'ils rencontrent^ Puis suivent des hécatombes d'esclaves égorgés par centaines, par milliers, sans compter ceux que Ton expédie ensuite périodiquement à titre de messagers dans l'Âchanti extraterrestre, quand on veut faire quelque communication i l'ombre du monarque défunt*.
Ce ne sont encore là que des sacrifices d'esclaves, d'inférieurs, de cette plèbe infime qui en pays sauvage est comptée pour rien par les puissants. Plus singulière est la manie des suicides ou sacrifices volontaires, qu'inspire parfois la ferveur servile. Un voyageur anglais, M. Fynn, a été témoin chez les Zoulous, d'une épidémie de ce genre. 11 en a fait un récit détaillé, qui perdrait à être résumé.
Notons cependant qu'il s'agissait seulement d'honorer les funérailles, non pas du roi, mais de sa mère. Soixante mille hommes environ s'étaient réunis et, pendant un jour et une nuit, remplirent l'air de bruyantes lamentations. Écoutons le narrateur : « L'après-midi, ils se rangèrent en cercle autour du roi Tchaka et chantèrent une chanson de guerre; ce fut un temps d'arrêt. La chanson terminée, Tchaka ordonna d'exécuter quelques hommes sur le lieu même et les cris redoublèrent alors de violence. A partir de ce moment, les ordres devinrent inutiles; comme si elle prenait à tâche de prouver au chef son extrême douleur, la multitude com— mença un massacre général; quantité de personnes reçurent-
1. Voyage de Desmarchais, cité par Démcunicr, t. I*% p. 408 (Loc. cU)-