G. Grcy, Australia, l. II, p
f . BauUin, HisL univ, dei voyages, t. XVIII, p. 37.
dans presque toutes les sociétés primitives, aussi bien chez les Esquimaux et les Kamtcliadales, leurs frères, que chez les Peaux-Kouges et les Polynésiens. Chez les Peaux-Rouges Topinion publique faisait même aux offensés un devoir de la vengeance. Partout, du reste, il incombe à la partie lésée, aux parents d'un homme assassiné, par exemple, d'appliquer le talion. Redresser les torts particuliers est ce dont les chefs se soucient le moins : guerroyer et commander aux guerriei*s, telle est presque leur unique fonction sociale.
De l'habitude, si naturelle, de rendre coup pour coup, Topinion publique des petites sociétés sauvages fit un droit, parfois un devoir, qui s'appliqua vite à tous les dommages subis. Alors le talion s'exerça également, qu'il s'agit d'attentats contre les personnes ou d'atteintes à la propriété, mais sans changer, pour cela, de forme : la vengeance, la reialiatioHy continua à s'assouvir sur les personnes, et la mort fut la pénalité le plus fréquemment adoptée, pour le vol aussi bien que pour le meurtre.
(^ette confusion entre les personnes et les choses, coïncidant d'ordinaire avec Tinslitution bien définie de la propriété mobilière, et la création de valeurs d'échange, animaux domestiques, esclaves, provisions, etc., donna au talion primitif une forme, que Ton peut appeler commerciale. On ne distingua plus entre les biens et les gens, et il advint môme que, dans beaucoup de sociétés sauvages, le vol, en y comprenant l'adultùre, fut considéré comme le plus grand des crimes et beaucoup plus régulièrement et rigoureusement puni et vengé que le meurtre.
Ces pratiques, longtemps continuées, finirent par faire naître dans la conscience sauvage un sentiment, qu'il faut bien appeler sentiment de justice, puisqu'il a été l'origine du très noble sentiment, que nous décorons aujourd'hui de ce beau nom, mais qui était simplement une approbation iri*ai-
iU LÊVOLUTIO!! DE LA MORALE.
sonnée de la vengeance, du lalion. En Polynésie, ce sentiment avait déjà acquis une telle puissance que, parfois, il désarmait la résistance, en prescrivant aux coupables de subir passivement la vengeance de la partie offensée, et, dans le cas où ils refusaient de serésigner, se trouvant les plus forts, la population du district prêtait main forte aux assaillants^ La forme la plus ordinairement donnée au talion polynésien était le haruraa, c*est-à-dire la saisie de tout ce que possédaient les délinquants'. Parfois cependant on ne se contentait pas de cette compensation, que Ton peut appeler pécuniaire, quoique toute monnaie fût inconnue en Polynésie, et Tauteur du dommage, quel qu'il fiit, était mis à mort. A la Nouvelle-Zélande, nous l'avons vu, le voleur était souvent décapité et sa tête était exposée sur un poteau cruciforme'. Aui lies de la Société aussi, les indigènes dirent maintes fois i Cook que le vol devait être puni de mort *.
Comme tous les autres sentiments, celui de la justice est influencé par les conditions sociales. Le vol, sauf celui des femmes, ne peut guère exister ni dans les hordes tout à fait grossières, ni dans les sociétés primitives, dont l'organisation repose sur la communauté des biens, quels qu'ils soient. C'est avec l'institution de la propriété individuelle que le vol devient un acte répréhensiblc et sévèrement puni. En Polynésie, l'opinion publique avait édicté la peine capitale contre les voleurs, parce que la propriété individuelle y était instituée, même dans sa forme la plus excessive, puisque Tofl y reconnaissait le droit de tester. Chez les Cafres, où la seule trace de la primitive communauté des biens est seulement le nouvel allolisscmenl des terres cultivables, que fait,
i. EUis, Polijnesian Restarches, t. III, p. Ii6.
2. Ihid, Moerenliout, Voijages aux ileSj etc., t. II, p. 181.
3. Du mont d'Urville, Hist. univ, des voyages, t. XVIII, p. 267. l. Couk, Jlist. univ. des voyages, t. VIII, p. 170.
chaque année, le chef; mais où chaque homme possède en propre ses provisions et surtout son bétail, Texistcnce de ces biens individuels et transmissibles influe, tout comme dans les sociétés plus civilisées, sur la moralité et la conception que Ton se fait de la justice. Les Béchuanas, par exemple, font très peu de cas de leur mère, mais sont pour leur père des fils affectueux, quand ils espèrent hériter de ses bestiaux ^
L'existence de cette valeur mobilière, le bétail, qui joue en Cafrerie le rôle de notre monnaie, a eu de bien autres conséquences. Posséder des richesses étant devenu le désir dominant, le rêve de chacun, le sauvage talion des premiers âges s'est adouci ; il s'est transformé en ce que nous appelons des dommages-intérêts : l'adultère, le rapt, l'homicide, les coups et blessures, etc., s'évaluent et d'ordinaire se compensent par l'abandon d'un plus ou moins grand nombre de têtes de bétail*. Le meurtre surtout se rachète facilement de celte manière, car on prise beaucoup la possession des bètes à cornes et fort peu la vie humaine. Comment en pourrait-il être autrement, puisque l'homme a toujours, sur les femmes et les enfants, droit de vie et de mort? Un Gafre, par exemple, peut, selon son caprice, battre sa femme ou la lacérer à coups de fouet. Il a, sans conteste et avec l'approbation de l'opinion publique, le droit de la tuer, si elle a osé lever la main sur lui*. En Cafrerie d'ailleurs, le meurtre ne semble pas être regardé comme une action mauvaise en soi, au point de vue moral. Chez les Bachapins, dit Burchell, un homicide ne produit guère sensation que dans la famille de la victime. Le meurtrier n'est aucunement