‹ L'évolution de la morale; leçons professés pendant l'hiver de 1885-1886Chapitre 162 sur 330 · L'EGYPTE ANCIENNE · texte numérisé non relu

L'EGYPTE ANCIENNE

Malgré rénorme distance des temps et des lieux, c'est l'Egypte ancienne qu'il convient d'interroger après le Pérou. (7esl la plus vieille civilisation bai^bare, qui soit spontanément sortie de la sauvagerie. C'est du moins la seule dont la très haute antiquité soit constatée avec précision et certitude. Les idées morales, lentement élaborées dans ce grand foyer civilisateur, ont aussi, pour nous, une importance spéciale, puisque, par l'intermédiaire des Grecs et même

iiwi.i L'tVOLUTION DE LA NOKALC

des SéInito^. elles ont eu une notable inOuence sur notre propre ii\ilisaliun. Pour la sociologie, rÉgjple a encore un intéivi tout particulier. Ce ne sont pas sealement des idées, des arts, des sciences, qui ont germé, grandi et fleuri dans cette conti*ée d*élection ; c'est aussi une race, qui, sous la lente el lon^e inOuence d'une discipline sévère, comme Test celle de tous les primitirs États monarchiques, a été créée de toutes pièces moralement et physiquement.

Trois courants humains, fort différents, se sont en effet rencontrés dans la vallée du Xil. L'un venait de l'Ouest, celui de ces Cerbères, qui, durant Tûge de la pierre ont occupé toute TAiVique septentrionale el l'Europe méridionale; un autre (lot humain arriva de l'Orient, celui des Sémites ou Protoséiiiiles. Enfin à ces deux éléments, de race blanche tous deux, mais si dissemblables, vint s'en joindre un troisième, nègre ou négroïde, le courant éthiopien descendant de la vallée du Ilaut-Nil.

Tout cela se fondit dans le creuset de la civilisation égjplienne et il en résulta un type humain nouveau, fixé, qui survit encore dans le Fellah contemporain et le Nubien.

L»'s renseignonienls écrits, que nous ont transmis sur rK«rypte les écrivains de Tanliquité, sont nombreux, mais pourtant très insuffisants. Entre le génie grec et le génie é}ry|>tien, il y avait une telle dissemblance que le premier n a pas toujours coin{>ris le second. Cependant les naïfs récils d'Hérodote sont assez bien complétés par Diodore de Sicile. Enlin, les papyrus et inscriptions, que nos égyptologues déchiftVent niainlenant avec une certaine sûreté, nous fournissent un moyen de contrôle et nous apportent un appoint des plus précieux, précisément pour tout ce qui touche à la morale courante de ranciennc Egypte.

Je ne pourrais, sans sortir de mon sujet, décrire en détail l'organisation sociale de rÉgypte ; il importe pourtant d'en

LA MORALE BARBARE. â61

•ésumer brièvement les Irails principaux ; car partout la Tiorale résulte de l'état social.

Comme il est nécessaire pour toutes les civilisations, celle d'Egypte émergea lentement d'une longue période de sauvagerie. La tradition s'en était conservée dans le pays. On y racontait qu'Osiris avait déshabitué les hommes de l'anthropophagie, mais cela seulement après qu'Isis eût découvert Tusage du froment et de l'orge * : nous savons en effet que le besoin d'aliments nutritifs est la raison principale du oannibalisme dans toutes les races.

C'était la bienfaisante Isis, qui avait fondé la justice en donnant aux Égyptiens des lois sévères, en réprimant la violence par la crainte du châtiment ^

11 semble bien aussi que le sol égyptien ait d'abord été possédé en commun, puisque, au témoignage des prêtres, dit Hérodote, ce fut Sésostris qui procéda à un lotissement général, divisa la terre labourable en parcelles carrées, d'égales dimensions, et les répartit entre les individus, moyenune redevance annuelle '.

Quoi qu'il en soit, le gouvernement de TÉgyptc a sûrement été une monarchie, d'abord purement lhéo3ratiqu3 et combinée avec le régime des castes le plus rigide qui ait jamais existé. Cette institution des castes, nous l'avons déjà l'encontrée dans les empires à demi sauvages du Mexique et du Pérou; nous la retrouverons dans toutes les civilisations barbares, que nous avons encore à interroger : il y a là une phase nécessaire, par laquelle passent toutes les sociétés humaines au sortir de la sauvagerie. C'est une organisation étagée, à laquelle les pyramides à gradins de la terre des Pharaons pourraient servir de symboles : une large base, cons-

i. Diodore de Sicile, I, p. 1-i.

â. Ibid.

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