‹ L'évolution de la morale; leçons professés pendant l'hiver de 1885-1886Chapitre 194 sur 330 · Ibiii., l. XII, p. 7i · texte numérisé non relu

Ibiii., l. XII, p. 7i

i.Ibid, t. V, p. 6i.

5. Mac Kintosh, Account of the origin and présent condition of the tribe of

*i> rtVOLCTION DE LA MORALE.

>e prt-i ij'it«L'ivnl, toutes coiiverles de bijoux, dans le brasier drsliné au va«1aviv il.> leur mari *. Le point d'honneur suffisait à leur donner cet héroïsme, c Je veux me brûler, disait la veuve d'uu rajah ; les femmes de basse caste, seules, ne se brûlent pas. >

Du même point d'honneur est né une sorte de talion volontaire, que rindividu doit s'infliger à lui-même. Si, par rxoniple, à la suite d'une oftense ou d'un tort subi, une personne se mutile ou se lue. Toffenseur doit l'imiter, sinon il encourt Findijination publique*. Pratiquée en grand, celle viM^.j:einuo «Irvonait la veillée Hharfw; alors, pour refréner, par »^xomple, la tyrannie d'un rajah, toute une population s'asseyait silencieusement devant le palais, déterminée à se laisser mourir de faim, si le maître ne cédait pas. D'ailleurs la veillée (Iharna se praliquaitaussi entre particuliers *.Sans douti' ce mode si singulier de responsabilité n'est pas sans noblesse, d^individu à individu; mais vis-à-vis du roi, il indique une passivité servile,qui résulte sùremenldu régime lies ( astes slrictenirut i-t longlemps maintenu. En effet, pour quiconque appartient à une caste inférieure, regarder t-n face un membre (Tune caste supérieure, c'est l'outrager el lui donner le droit de tuer Tinsolenl*. La rigidité et Tinimobililé des in^tilulions avaient ôté aux Indiens jusqu'à ridée (lu clianjicinent; à toule observation critique, ils répoiidairnl : v C<*sl la coutuni», ne concevant mèm»* pas que l'on pùl agir aud'enienl que les ancêtres ^.

Il y a pourtant des côtés nobles dans la moralité indoue. Ainsi la saintelé el la science présumées des brahmanes leur

!. Lettres édifiantes, l. XIII, p. t^, 32. t. Ibiit.y t. X, p. bl. — Ufbor, Journai, elc, t. 1% p. 190. 3. H. Summer Maine, Instituiious primitircs, p. 369. l. Lettres êdifiantesj l. XII, p. 08.

o. //>/(/., t. XIV. p. 330.

tenaient lieu d'argent*. La richesse ne devait pas être égoïste; elle imposait Tobligalion morale de faire des œuvres d'ulilité publique, de percer des routes, de creuser des étangs, de planter des arbres le long des chemins, d'y construire des abris, etc., en résumé le souci du bien général *.

Le bouddhisme, sur lequel je n'ai pas à m'étendre ici, n'a été que le développement logique du brahmanisme; il en a adopté à peu près la morale, mais il en a encore exagéré le côté ascétique ; il a porté jusqu'à la folie l'obligation de respecter tous les êtres vivants, déjà recommandée par iManou; sa grande réforme a été de briser, au moins au point de vue religieux, la chaîne des castes; il a fait ainsi à la femme une situation morale meilleure, puisqu'elle peut entrer dans les ordres et renaître spirituellement, comme l'homme. Au total, au point de vue moral et social, le bouddhisme a joué en Orient le rôle du christianisme en Occident et il n'est pas sûr qu'il n'ait pas servi de modèle à ce dernier. L'un et l'autre ont sûrement propagé, développé les sentiments d'humanité, de charité, mais en énervant les caractères. J'aurai d'ailleurs à reparler plus longuement de leur influence sur les mœurs.

Remarquons seulement aujourd'hui qu'après le Pérou et l'Egypte, la Perse et l'Inde s'accordent à nous enseigner que, si la rigide discipline des monarchies primitives a eu l'avantage d'assouplir et de civiliser l'homme sauvage, elle a eu aussi le très grave inconvénient d'éteindre en lui l'esprit d'initiative et de briser sa volonté, c'est-à-dire de tarir la source même du progrès.

Page 1