Ledraia, Hitloire (Vhraël
Là MORALE BARBARE. 817
ipontanés appartiennent aux pauvres, aux étrangers aussi )ien qu'aux propriétaires ^
La loi de Viobely du jubilé, est bien autrement large, et û\e est spéciale aux Israélites : Tous les cinquante ans les biens aliénés doivent faire retour aux anciens possesseurs : 3n n'achète pas pour Tétemité ^
Les responsabilités collectives, si communes dans les législations et les mœurs barbares, sont répudiées, c On ne fera pas, dit le Deutéronome, mourir les pères pour les enfants, ni les enfants pour les pères, mais chacun sera puni pour son péché » (xxiv, 16). Pourtant cette vieille loi d^ l'hérédité des responsabilités était si bien implantée dans les mœurs que le prophète Ézéchiel doit encore s'élever contre elle : c Pourquoi dites-vous : les pères ont mangé le verjus et les dents des enfants en sont agacées?... Toute vie est à moi, celle du père comme celle du fils, mais c'est celui qui a péché qui mourra > (Ézéchiel, xviii).
Certains commandements sont empreints de cet héroïsme moral, que condamne le sage Gonfucius : c Si tu rencontres le bœuf ou l'âne de ton ennemi, qui s'est égaré, ramène-lelui. Si tu vois l'âne de celui qui te hait, abattu sous sa charge, ne le laisse pas là, mais aide-le à porter son fardeau » {ExodCy xxxii, 4)'.
En dépit du patriotisme étroit, commun à toutes les sociétés primitives ou barbares, le Lévilique est clément à l'étranger : t N'affligez pas et ne déchirez pas l'étranger, vous souvenant que vous-mêmes, vous avez été étrangers dans le pays de Mizraïn » (Lévitique, xxiv, 22).
Sans doute il ne faut pas confondre le langage des prophètes, personnages inspirés, souvent égarés, et relativement
i. Ledrain. HUtoire d*Itraël, p. 148.
1 îbid,, p. 157.
S. E. Havet, Le JudaUme, p. 101, etc.
lécents, avec la vieille loi, le Pentateaqae, la Ihoraj mais enfin ces visionnaires poétiques, sont les produits de leur milieu social; ils en représentent les tendances les plus novatrices et leur autorité a été grande.
Nous pouvons les considérer comme Tavant-garde morale de la pensée d'Israël. Or ils ont des élans parfois superi)es. Ils veulent que chacun soit responsable de ses propres actions, non de celles de son père (Ézéchiel). Ils stigmatisent rimmoralitc et Th^-pocrisie religieuses : c Yous mettez votre confiance en des paroles vaines et stériles; vous dérobez, vous tuez, vous commettez l'adultère; vous vous parjurez; vous encensez Baal ; vous senez des dieux étrangers et nouveaux et puis vous venez vous présenter devant moi en cette maison sur laquelle mon nom est invoqué ; vous en faites une caverne de brigands » (JérémiCy vu. 4). L'apostrophe est vigoureuse et porte bien plus loin que le petit monde israélite. Isaîe fait aussi de véhéments appels à la morale pratique, on peut dire laïque : € Levez-vous; nettoyez-vous; ôtez de devant mes yeux riniquité de vos actions. Renoncez au mal, essayez le bien ; recevez relui qu'on a mis à terre ; faites justice à ^o^ phclin et à la veuve » {Isaîe^ i, 99 et lxui, 3-10).
C'est par ces préceptes relevés, admis parles Gentils dans leur acceplion la plus large, que la loi d'Israël est devenue hi loi chrétienne et a eu l'énorme expansion que l'on sait.