Moerenhout, Voyage aux iles, etc., t. I*', p. 43i
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pieuse sollicitude, on lui donne pour escorte des femmes, des parents, égorgés sur sa tombe. Chez tous les peuples sauvages, chez nombre de peuples barbares, cette croyance à la survivance de Tombre ou de Tâme a fait verser des torrents de sang. Précédemment, j'ai cité à ce sujet des exemples frappants ; je n'y insiste donc pas en ce moment.
Chez certains peuffles sauvages, une vague idée de récompense ou de ch&timent linit par s'associer à la croyance à une vie future. Le paradis des Peaux-Rouges était une vaste prairie, où régnait un printemps perpétuel et où errait une multitude de buflles, de chevreuils, dont la chair était exquise. Dans ce paradis, les premières places étaient dévolues aux plus adroits chasseurs, aux meilleurs guerriers, à ct'ux qui avaient scalpé le plus d'ennemis. Les ombres des autres allaient, après la mort, dans un désert glacé du Nord, où elles souffraient de la faim et de la soif. De même les bons Esquimaux, c'est-à-dire les habiles chasseurs de veaux marins, ceux qui ont bravé de grands périls, les noyés, les femmes mortes en couches, vont, après la mort dans un délicieux monde inférieur où luit un soleil perpétuel, où des veaux marins, des poissons, des oiseaux aquatiques nagent dans des eaux limpides et se laissent -prendre complaisamment^ Les mauvais Esquimaux, au contraire, passent dans un monde supérieur où Ton souffre constamment de la faim et de la soif.
Dans l'ancien Pérou, où l'organisation sociale reposait sur le travail obligatoire, la vie future avait naturellement réflélé la vie terrestre : les bons Péruviens goûtaient dans Tautre
1. Domenech, Voyage pUtorre4que,p,585. — CUtrlcToix, }fauveUe Frênee,
liv. m.
1 Riok, TaUi and TradUiom of the Eikitno.
LUNFLUENGE DKS RELIGIONS SUR LA MORALE. 405
monde un voluptueux repos ; les mauvais y étaient astreints à d'incessants travaux ^
Chez les Mexicains, les guerriers morts sur le champ de bataille et les victimes sacriûées aux dieux rejoignaient le soleil et l'accompagnaient en chantant et en dansant ^
A Viti, où quantité d'animaux étaient censés loger des dieux, la morale religieuse consistait d'abord à ne pas manger l'animal du dieu qu'on avait choisi, et surtout à commettre beaucoup de meurtres guerriers : plus on avait versé de sang sur la terre, mieux on était reçu dans le Viti futur.
C'est déjà le caractère de la morale religieuse. Presque partout en effet cette morale est, comme nous allons le voir, capricieuse, dépourvue de visées pratiques, nullement utilitaire. Souvent elle prescrit des actes nuisibles; plus fréquemment encore, elle exige et considère comme excessivement importantes des pratiques absurdes, ridicules.
A Madagascar, nous dit un voyageur, le mensonge, la fraude, etc., sont des bagatelles; au contraire, danser sur une tombe ou même la fouler aux pieds, manger du porc dans certains districts ou il est prohibé, poursuivre un hibou ou un chatsauvage, faire œuvre de sorcellerie, cela constitue des crimes énormes '.
De même, dans la théocratie de l'ancienne Egypte, le respect, le culte de certains animaux était poussé jusqu'à la folie. Chaque district avait ses animaux sacrés; les habitants de Mendès adoraient les chèvres et mangeaient les brebis; ceux de Thèbes faisaient l'inverse*. Le meurtrier, même invo-
i. W. Prescolt, Conquéle du Pérou, t. 1", p. 100.