Wake, loc. cit., t. II, p
On est en plein délire et l'on applique, sans même songer à la critique, la théorie générale suivante : l'univers est àominé par les dieux; les dieux obéissent aux Maniras (prières védiques); les brahmanes manient les Maniras; ils ont donc le pouvoir des dieux.
Des fautes non expiées résultent rigoureusement le sort des hommes dans cette vie et dans l'autre. Les péchés ou les bonnes actions terrestres règlent les transmigrations et leur nature. Le malheur ou le bonheur sur la terre résultent des existences antérieures ; toute bonne action est récompensée, tout méfait est puni ; les infirmités sont des châtiments. Tout cela d'ailleurs est écrit sur le crâne de chacun ; les sutures crâniennes sont les lignes de cette histoire prédite et les dentelures des os du crâne en sont les lettres : il y a là une prédestination que toutes les divinités seraient impuissantes à troubler, même en unissant leurs efforts *.
Pourtant les brahmanes en odeur de sainteté, les ascètes renommés sont ou peuvent être plus puissants que les dieux ; il faut donc leur donner et leur donner sans cesse. « Dès qu'un homme a fait vœu de vivre d'aumosne, dit un rédacteur des Lettres édifiantes^ ^ il peut être sûr que rien ne lui manquera. > Marier à grands frais un brahmane est une action des plus méritoires : parfois on s'y ruiner
Sans doute le code sacré de Manou recommande certaines actions utiles ; il en condamne qui sont reconnues coupables dans toutes les sociétés humaines ; mais l'idéal du brahmanisme n'est en aucune façon le bon citoyen, l'homme utile, c'est l'ascète ; les vertus par excellence sont le détachement et les macérations.
Après s'être marié et avoir payé la dette des ancêtres^ c'est-