‹ L'évolution de la morale; leçons professés pendant l'hiver de 1885-1886Chapitre 310 sur 330 · Id., /feid., XVI · texte numérisé non relu

Id., /feid., XVI

436 L'ÉTOLOTIOII DE UL MOKALE.

parler les faits. Ils sont éloquents et nous disent assex haut le bien et le mal que les religions ont faits à la morale. Sans doute elles ont contribué à dompter, chez Thomme, des penchants nuisibles, en ajoutant au frein des lois celui des cruautés religieuses ; mais leur apport spécial consiste surtout, nous venons de le voir, en une déviation du sens moral. L'éthique religieuse ne pèse pas la valeur des actes diaprés Futilité sociale, mais d'après la fantaisie cléricale ou le souci de Tau-delà. Pour elle, manger des mets défendus oa impurs est aussi et parfois plus grave que de commettre un meurtre; Tascétisme est, pour certaines religions, la suprême vertu. Enfin, quand la morale devient divine, outre que par cela même elle est réputée immuable, non perfectible, on a de plus le droit de l'imposer, au besoin par le fer et par le feu.

Sous ce dernier rappoil, la palme appartient sans conteste à la religion chrétienne. Sans doute elle a eu ses martyrs, mais elle en a fait bien davantage; glorifiant les siens, flétrissant les autres, habituant d'ailleurs ainsi les hommes à l'idée qu'il faut être prêt à donner sa vie pour sa foi : l'enseignement a sa valeur, mais non pas celle des flots de sang qu'il a coûtés. Pour être juste, il faut aussi ranger à l'actif de plusieurs religions la diffusion de certaines idées de fraternité, d'humanité, de charité, qui, restassent-elles à l'état de lieux communs oratoires, ont leur importance.

Mais, en résumé, ce qui ressort surtout de notre enquête, c'est qu'il ne faut pas demander aux conceptions religieuses la règle des mœurs. Parmi les dieux des grandes religions, ceux d'Epicure ont seuls été sages. Pour eux, savourer leur ambroisie était la grande affaire; ils ignoraient les animalcules humains.

Satisfaits de leurs biens, ils n*cn cherchent pas d*autres, £t, libres de tous maux, ils ignorent les nôtres.

Ni vice, ni vertu, ni pitié, ni courroux

N*ont de prise sur eux ; ils sont trop loin de nous.

Lucrèce, liv. {•'. (Traductioti d*A. Lefèvre.)

Mais les aulres dieux ont été tracassiers, despotes ; à tort et à travers, ils se sont ingérés dans nos affaires : il importe fort au progrès social de leur rappeler que leur royaume n'est pas de ce monde et de les en exclure.

est de bien montrer que cette morale est totalement dépourvue de substance et que la méthode métaphysique est, plus encore que la méthode théologique, impuissante à résoudre le problème de Téthique.

Pour cela, j'ai à examiner succinctement la morale métaphysique des anciens et celle des métaphysiciens modernes.

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