‹ L'évolution de la morale; leçons professés pendant l'hiver de 1885-1886Chapitre 80 sur 330 · Baudiii, Ilist, univ, des voyages, t. XVIII, p · texte numérisé non relu

Baudiii, Ilist, univ, des voyages, t. XVIII, p

LA MOHALE BESTIALE. itè

iprde, tout homme a le droit de battre une femme quelconque, avec cette condition cependant que le mari de la emme battue ou blessée aura la faculté de se venger mr la femme du coupable : cette compensation suffit à la justice australienne ^

Ce n'est pas tout : TAustralienne n'a pas que les hommes à redouter. Les femmes sont toujours disposées à faire du zèle aux dépens de leurs compagnes de misère. Quand un homme veut châtier sa femme, il n'a qu'à Tabandonner à la merci des femmes de la tribu. Celles-ci alors se font une joie de la renverser, de s'asseoir sur elles et de lui scarifier les membres avec des pierres tranchantes *. C'est que l'Australienne ne vaut guère mieux que son maître et qu'en tout pays l'habitude de l'oppression rend lâche. Maltraiter une femme qui a encouru le déplaisir de son propriétaire, c'est se ranger du côté du plus fort, flagorner le tyran, qui pourrait aussi vous opprimer. Ce genre de courtisanerie féroce n'est pas spécial à l'Australie.

Du plus au moins ces mœurs plus que bestiales régnent dans tous les archipels mélanésiens. A Yiti, les hommes s'amusaient parfois à attacher leurs femmes à un arbre pour les fouetter ; ils pouvaient les maltraiter, les tuer et même les manger, si bon leur semblait. A Yiti, comme en Australie et en Tasmanie, les femmes prenaient leurs repas à part €l après les hommes ^ En compensation, les femmes des chefs devaient s'étrangler elles-mêmes à la mort de leur Diari : quand elles hésitaient à le faire, les fils les suppliaient tendrement de s'exécuter, car les enfants des femmes ainsi suicidées succédaient à leur père de préférence aux fils des autres femmes. En cas de refus obstiné,

1. Crey, Journal of ExpedilionSy etc., t. 11, p. 251. 1 Oldfleld, loc. cit,f p. 250.

'• Bumont U'Urvillc, Hisl. génér. des voyagea, l. XVIU, p. 299. LCTOURNEAU. ~ L'évolutioo de la morale. 9

le devoir des enfants était d'étrangler de leurs propres mains la mère dépourvue de grandeur d'âme (Moerenhout, loc. cit. y i. Il y ip, ^S6). Partout en Mélanésie, porter des fardeaux ou travailler était considéré par Thomme comme déshonorant. Les hommes précédaient les femmes, chargées et su^ chargées, en portant seulement leurs massues et leurs lances'. Â la Nouvelle-Calédonie, où les hommes avaient ia même horreur pour le travail, ils avaient en plus des préjugés au sujet de l'impureté féminine. Chaque mois, les femmes devaient passer quelques jours dans une case spéciale et tout ce qu'elles touchaient alors était souillé. Pour les purifier,!! était besoin d'ablutions et de cérémonies' qui se renouvelaient encore après l'accouchement. On sait assez combien les superstitions de ce genre ont été et sont répandues dans le monde entier. Il serait facile d'en citer un grand nombre d'exemples. Écoutons seulement Pline, qui les résume, en énumérant les méfaits du sang menstiiiel : « Il aigrit les liqueurs; par son contact, il stérilise les grains, fait périr les greffes, brûle jusqu'à la racinples plantes des jardins, fait tomber les fruits des arbres ; il ternit l'éclat des miroirs, émouése le tranchant du fer, altère le poli de l'ivoire ; les abeilles en meurent dans leurs alvéoles ; l'airain lui-même et le fer en sont sur-le-champ rouilles; les chiens qui en goûtent deviennent enragés et font des morsures virulentes et incurables; bien plus, le bitume tenace, qui flotte i une certaine époque de l'année sur le lac Asphaltite, en Judée, et qui adhère à tout, se détache du fil infecté de ce sang. Môme la fourmi, cet animalcule, le reconnaît et abandonne les grains souillés » (Pline, t. VII, p. 15). Il est curieux de trouver ces préjugés, si répandus d'ailleurs, chez des races aussi primitives que celles de la Mélanésie.

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