LE ROLE DE LA MATIÈRE DANS LA MÉCANIQUE ÉNERGÉTIQUE
Dans l'exposé qui précède nous avons ]eu surtout recours aux principes de la mécanique énergétique. Comme méthode de calcul on ne peut leur opposer aucune critique, mais il ne faut pas leur demander une, tentative d'explication des phénomènes. Ces explications, la théorie énergétique les rejette d'ailleurs entièrement. Limitant son rôle à mesurer des grandeurs reliées ensuite par des équations^ elle nie la force, ignore la matière et les remplace par une entité ^ l'énergie, dont on se borne à mesurer les variations.
« Mais alors, dira-t-on, écrit un des défenseurs de cette doctrine, le professeur Ostwald, s'il faut renoncer aux atomes, à la mécanique, quelle image de la réalité nous restera-t-il ? Mais on n'a besoin d'aucune image, d'aucun symbole. Établir des rapports entre des réalités, c'est-à-dire des grandeurs tangibles mesurables, de telle sorte que les unes étant données, les autres s'en déduisent, voilà la tâche de la science.
... Point n'est besoin désormais de nous inquiéter de forces dont nous ne pouvons démontrer l'existence, agissant entre des atomes que nous ne connaissons pas, mais des quantités d'énergie mises en jeu dans le phénomène étudié. Celles-là nous pouvons les mesurer... Toutes les équations qui lient l'un à l'autre deux ou plusieurs phénomènes d'espèces différentes sont forcément des équations entre des quantités d'énergie; il ne saurait y en avoir d'autres, car, en dehors du temps et de l'espace, l'énergie est la seule grandeur qui soit commune à tous les ordres de phénomènes. »
. La mécanique classique ne faisait pas non plus intervenir la matière dans ses équations et ne s'occupait que de ses effets, mais elle ne la niait pas. La mécanique énergétique trouvant plus simple de l'ignorer que de chercher à l'expliquer ne conduira jamais à une conception philosophique très haute. La science n'aurait guère progressé si elle s'était refusée à tâcher de comprendre ce qui lui semblait d'abord inaccessible. Des tendances du même ordre ont régné jadis en zoologie à l'époque où, étant purement descriptive,
l'explication énergétique DBS PHENOMENES 5^
elle refusait de s'occuper de l'origine des êtres et de leurs transformations. Tant que de telles idées l'ont dominée, elle n'a réalisé que de faibles progrès ; mais si cette conception étroite n'ayait pas régné pendant un temps suffisamment long, des esprits philosophiques, comme Lamark et Darwin, n'auraient pas trouvé iBs matériaux de leurs synthèses. On ne saurait trop multiplier le nombre des spécialistes dont toute la TÎe se passe à peser ou mesurer quelque chose. De temps à autre apparaît un architecte qui élève un édifice avec les matériaux patiemment réunis par de vigilants ouvriers.
Les disciples de la mécanique énergétique accumu* lent aujourd'hui des documents de cette sorte, en attendant qu'apparaissent les esprits supérieurs qui en tireront parti.
En considérant la matière comme négligeable, la mécanique énergétique n'a fait que prendre à son compte un héritage métaphysique plusieurs fois séculaire. Ce fut pendant longtemps une des distractions classiques des philosophes de prouver que la matière et même l'univers n'existent pas et de disserter sur ces négations. Ces spéculations 't)erdent tout intérêt dès qu'on pénètre dans un lalpratoire. Nous sommes bien obligés alors de nous jt'^ conduire comme si la matière était une chose très i'é^Uei^vec laquelle est bâti l'univers et qui est, par cons<6iq(uent, le substratum des phénomènes. Nous y devons distinguer nettement aussi la matière qui se pèse, des formes diverses d'énergie : lumière, chaleur, etc., qui ne se pèsent pas et s'ajoutent par conséquent aux corps sans augmenter leur poids.
Malgré toutes les équations énergétiques, la grande dualité entre la matière et l'énergie subsistait donc toujours. La matière pouvait bien être éliminée des calculs, mais cette élimination ne la faisait pas disparaître de la réalité.
54 l'évolution des forges
Les lecteurs de notre dernier ouvrage savent comment nous avons essayé de faire évanouir ce dualisme classique, en montrant que la matière n'étaiC autre chose que de Ténei^ie ayant acquis de la fixité. Sans lui ôter aucune des propriétés spéciales permettant d'affirmer son existence comme matière, nous avons simplement montré qu'elle constitue une formé d'énergie capable de se transmuer en d'autres formes et est, par sa dissociation, l'origine de la plupart des forces de l'univers. Loin de conclure à sa non-existence, nous avons été conduit à la considérer comme le principal élément des choses*