ET LEUR FUTURE UTILISATION
Nous avons yu les ondes hertziennes se propager dans Tespace k des centaines de kilomètres et déterminer sur les corps métalliques qu'elles rencontrent des courants électriques d'induction capables de se manifester sous: forme d'étincelles.
Cette production d'électricité à distance est très faible parce que les ondes électriques dispersent leur énergie dans toutes les directions de l'horizon. Mais il en serait tout autrement si nous pouvions les concentrer sur un seul point au moyen de miroirs ou de réflecteurs comme on le fait pour la lumière. De tels réflecteurs (miroirs cylindro-paraboliques) ont bien été utilisés par Hertz dans ses expériences puisqu'il démontra grâce à eux la réflexion des ondes électriques, malheureusement en raison de la grandeur de ces ondes et des phénomènes de diffraction qui en sont la conséquence, une grande partie de l'énergie est perdue. Pour la concentrer, il faudrait donner au miroir des dimensions gigantesques.
Cependant je ne crois pas du tout la solution du problème impossible et si je n'ai pas exécuté le plan des recherches que j^a vais l'intention de réaliser à ce sujet, c'est uniquement en raison des dépenses qu'elles devaient entraîner. Je me proposais de placer à côté l'un de l'autre et en contact un grand nombre de miroirs cylindro-paraboliques. Il n'est pas nécessaire de les supposer très hauts, car on amène facilement les ondes à se former dans un plan de faible épaisseur. J'aurais ensuite essayé de produire des champs électriques extrêmement, intenses comme ceux obtenus avec divers instruments, le résonateur deOudin, notamment. Quand ce dernier fonctionne avec une bobine de 60 centimètres d'étincelle, tous les
objets métalliques d'une chambre de 10 mètres de longueur sont chargés d'électricité par induction, à ce point qu'ils émettent spontanément des milliers d'étincelles. Elles produisirent une fois devant moi à plusieurs mètres des courts-circuits dans un tableau de distribution comprenant des voltmètres, ampèremètres, etc., reliés par des fils métalliques à double couche isolante. Ces courts-circuits eurent pour résultat de faire fondre les tils, et il fallut arrêter vite l'expérience sous peine d'incendie.
Le problème, d'envoyer à distance un faisceau d'ondes hertziennes parallèles, ne possède pas seulement un intérêt théorique. Il est permis de dire que sa solution rendant les guerres impossibles changerait l'orientation de nos civilisations. Le physicien qui réalisera le premier cette découverte pourra profiter de la présence de cuirassés d'une puissance ennemie, réunis dans une rade, pour les faire exploser en quelques minutes, à plusieurs kilomètres de distance, simplement en dirigeant sur chacun d'eux une gerbe de radiations électriques. Arrivant aux fils métalliques dont sont sillonnés aujourd'hui ces navires, elles provoqueront une atmosphère d'étincelles qui fera éclater aussitôt les obus et les torpilles accumulés dans leur flancs.
Avec le même réflecteur donnant un faisceau de radiations parallèles, il ne sera pas beaucoup, plus difficile de provoquer l'explosion de la provision de poudre et d'obus contenus dans une forteresse, puis celle des parcs d'artillerie d'un corps d'armée, enfin les cartouches métalliques des soldats. Les guerres que la science rendit d'abord si meurtrières deviendraient finalement impossibles. Les relations entre peuples devront alors s'établir sur dés bases nouvelles.
Il ne faudrait pas supposer qu'un moyen quelconque pourrait protéger un navire ou une forteresse de
l'action des ondes hertziennes. Sans doute nos expériences ont prouvé, comme nous ie verrons dans un prochain chapitre, qu'une feuille de métal de 1/100 de millimètre arrête complètement les ondeç électriques ; mais ces mêmes expériences prouvent aussi que cette protection théorique est entièrement illusoire. La moindre fente existant entre les joints d'une enceinte laisse passer sans difHculté les ondes hertziennes.
Il serait sans intérêt d'insister davantage. J'ai plus d'une fois rencontré, dans mes recherches, de ces problèmes dont la solution modifierait plus profondément la marche de la civilisation que tous les changements de constitutions et de réformes. C'est uniquement aux progrès de la science que les grandes transformations sociales peuvent être demandées.