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DÉPERDITION DE LA PHOSPHORESCENCE EN FONCTION DU TEMPS

Ce qui a été dit de Taction des divers rayons du spectre et de la température pendant rinsolation a déjà prouvé que l'intensité de la phosphorescence dépend de plusieurs facteurs.

Il nous reste à en étudier un, le temps. Tous les auteurs ont cru devoir lui accorder une influence prépondérante.

Le temps a sur la déperdition de la phosphorescence une influence évidente, mais bien inférieure à celle de la température. La phosphorescence visible qui succède à Tinsolationne dépassant guère pour les corps les plus sensibles une durée de quelques heures, le temps a été considéré jusqu'ici comme le principal élément destructeur de la phosphorescence. Cet élément n'a en réalité rien de fondamental, puisque au. moyen d'une température convenable on peut éliminer entièrement son action.

On a plusieurs fois publié des courbes de déperdition de la phosphorescence en fonction du temps et calculé leur équation. Ces courbes n'auraient de sens que si .elles exprimaient la déperdition à une température donnée, car cette déperdition varie avec elle. Le nombre des courbes devrait alors être fort considérable, puisqu'il en faudrait une spéciale pour chaque température.

Elles n'auraient d'ailleurs aucun caractère commun. A une température 1res basse, variable suivant chaque corps, la courbe de la déperdition en fonction dû temps serait représentée par une ligne voisine de l'horizontale, ce qui signifle que la phosphorescence diminue alors fort lentement. A une température élevée, la courbe serait presque verticale, ce qui indique que ;la perte de la phosphorescence est au contraire

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extrêmement rapide. A une température intermé* diaire, la courbe serait représentée par une ligne d*abord presque verticale, pendant les premières secondes suivant Tinsolation, puis presque horizontale après un temps assez court.

Si l'influence de la température avait été mieux étudiée, on aurait vu depuis longtemps que ces cour* bes de la déperdition en fonction du temps, laissant de côté un facteur bien plus important que le temps^ ne peuvent posséder aucune exactitude.

Et non seulement le temps est un facteur seeoDdaire, mais il arrive même un moment où il est sans* action sur la déperdition de la phosphorescence. Nous verrons, en effet, qu'après une certaine émission de lumière pour une température donnée, le corps garde indéfiniment une phosphorescence résiduelle tant qu'on n'élève pas de nouveau sa température.

Cette loi est très générale. La déperdition de la phosphorescence après Tinsolation paraissant spontanée chez certains corps, comme les sulfures, résuite de ce qu'ils ne peuvent conserver à la température ordinaire un excès de phosphorescence contre lequel lutte une force antagoniste dont nous parlerons plus loin. En les refroidissant sufQsamment, on supprime toute émission. Ils sont alors analogues aux corps tels que la fluorine ou Tapatite, phosphorescents seulement au-dessus de 50 degrés et sur lea* quels le temps reste sans effet.

L'action de la température est donc beaucoup pla» importante que celle du temps. C'est elle et non le temps qui règle rémission de la phosphorescence.

On peut cependant déduire quelques renseignements utiles de Tétude de la déperdition lumineuse sous l'influence du temps, si on maintient la tempe— rature constante pendant toute la durée de l'émission phosphorescente.

Prenons un écran de sulfure de calcium insolé^

PHOSPHORESCENCE PRODUITE PAR LA LUMiArB 2^

maintenons-le à 15 degrés et examinons la courbe de la déperdition de sa luminosité. Elle justifiera pleinement ce que nous avons dit du rôle de la température.

Si cette dernière demeure constante, la chute de la courbe représentant la déperdition de la phosphorescence en fonction du temps est pendant la première minute après l'insolation presque verticale. Elle s'infléchit ensuite lentement, devient de moins en moins oblique et finalement tout à fait horizontale. A ce moment le corps ne rayonne plus, le temps ne l'influence plus et il conserve indéfiniment une provision invisible d'énergie lumineuse qu'il ne perdra que par divers moyens, une élévation de température notamment. Nous reviendrons longuement sur ce dernier point dans un autre chapitre.

L'allure générale de la courbe précédente, montre bien que les choses se passent comme si la réaction provoquant la phosphorescence devait se mettre en équilibre avec une force antagoniste agissant en sens inverse. Immédiatement après son insolation l'écran contient un excès de phosphorescence. Sous l'influence de la force antagoniste, cet excès est dissipé rapidement d'abord, puis lentement quand approche le moment où sera établi l'équilibre entre ces deux actions. Lorsque cet équilibre est atteint, les réactions produisant la phosphorescence s'arrêtent entièrement. La force antagoniste ne pouvant plus rien sur la réaction qui engendre la phosphorescence, le corps conservera son résidu phosphorescent jusqu'à ce qu'une élévation de température vienne de nouveau détruire l'équilibre.

J'ignore en quoi consiste la force antagoniste dont je viens de parler. On peut dire seulement que les choses se passent exactement comme si elle existait. Cette interprétation m'a d'ailleurs conduit à la découverte des phénomènes de la phosphoreifcence invisible, étudiée dans un prochain chapitre.

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