LES CAUSES DE LA PHOSPHOBESÇENCE
de ces corps étrangers qui donnent à certains composés chimiques l'aptitude à la phosphorescence. Une fois formées, ces combinaisons présentent de curieux, caractères. Très mobiles comme le prouve la rapidité avec laquelle les divers rayons lumineux font apparaître ou disparaître la phosphorescence, elles résistent cependant à des causes énergiques de destruction, puisqu'il faut 15 heures de calcination au rouge pour ôter à certaines substances leur aptitude à la phosphorescence. Cette calcination n'agit pas du tout en éliminant quelque chose, puisque la régénération de la combinaison et l'aptitude à la phosphorescence qui en est la suite, sont obtenues en faisant traverser le corps par des étincelles d'induction. La chaleur n'avait donc éliminé aucun corps, mais simplement détruit des combinaisons chimiques, capables de s'accompagner de. phosphorescence, et qui se reforment sous l'influence de l'étincelle électrique.
. Ces corps étrangers susceptibles de donner de la phosphorescence doivent toujours être en proportion très minime. Des substances différentes peuvent être substituées l'une à l'autre pour produire des efl*ets, sinon identiques, au moins analogues. M., Mourelo a fait voir que, pour donner à du sulfure de strontium la propriété de devenir phosphorescent par la chaleur, il n'y avait qu!à le calciner avec un dix-millième d'un sel de manganèse ou de bismuth. Des observations semblables ont été faites pour les autres sulfures.
Les anciennes expériences d'Edmond Becquerel prouvent que les moindres variations de composition des corps, mélangés ont de Tinfluence sur la phosphorescence. Du marbre, de la craie, du spath d'Islande, corps chimiquement identiques, puisqu'ils sont composés de carbonate de chaux, dissous dans de l'acide nitrique et précipités par du carbonate d!ammoniaque, donnent des carbonates de chaux
qu'on pourrait supposer identiques. Il n'en est rien cependant, puisque, en calcinant avec du soufre ces carbonates de chaux d'origines différentes, on obtiendra des sulfures de calcium dont la phosphorescence sera jaune, verte ou violette. Les carbonates de chaux employés retenaient donc des traces infinitésimales de corps étrangers variables suivant leur origine.
Un des plus singuliers caractères ^es combinaisons chimiques capables de donner aux corps l'aptitude à la phosphorescence sous l'influence de la lumière est, comme je le disais plus haut, une mobilité extrême, c'est-à-dire la faculté de se former et se défaire indéfiDiment d'une façon presque instantanée. Certaines radiations produisent la phosphorescence du sulfure de zinc en 1/10'' de seconde et d'autres la détruisent dans le même temps. Divers animaux, tels que le ver luisant, possèdent également cette propriété de faire apparaître et disparaître instantanément leur phosphorescence.
La notion de réactions chimiques se produisant au sein de corps parfaitement solides, comme le diamant, la fluorine, les sulfures alcalino-terreux, est évidemment en dehors des idées classiques. Cellesci n'admettent guère, suivant l'ancien ada^e des chimistes, que les corps puissent agir les uns sur les autres autrement qu'à l'état de solution, et ne reconnaissent pas davantage des combinaisons en proportions ni simples ni définies. La science chimique n'en connaît aucune d'ailleuris pouvant presque instantanément se faire, se défaire et se refaire indéfiniment sous des influences aussi légères qu'un rayon de lumière.
En quoi consistent ces combinaisons dans lesquelles un des éléments est eu proportion infiniment petite relativement à Tautre?
Nous savons, par tout ce qui précède, que
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celles rendant possible la phosphorescence réalisent les conditions suivantes : 1® les corp«, dont l'addition produit la combinaison accompagnée de phosphorescence, quand ils sont excités par la lumière ou la chaleur, doivent être ajoutés en proportion très faible; 2*^ les combinaisons formées sont mobiles et régénérables puisqu'elles se défont et se refont en une courte fraction de seconde ; 3<* ces combinaisons, si rapidement défaites et régénérées, sont intimement liées à l'action de la température qui, lorsqu'elle est élevée les détruit très vite et fort lentement lorsqu*eUe est suffisamment basse. Le corps phosphorescent émet alors pendant des mois des radiations invisibles. Le retour de la combinaison à son état primitif est complètement arrêté à une température plus basse encore et jusqu'au jour où on relèvera, le corps conserve indéfiniment son aptitude à la phosphorescence.
Nous ne connaissons pas, en dehors des corps phosphorescents, de combinaisons chimiques pouvant réaliser ces diverses conditions, et de simples mélanges ne les réaliseraient pas davantage. Nous sommes donc bien obligés d'admettre qu'il s'agit d'un ordre de réactions chimiques tout à fait inconnues. Elles le seront probablement longtemps, puisque leur extrême instabilité, la facilité avec laquelle elles se détruisent et se régénèrent, les soustraient à tbus les procédés actuels d'analyse chimique. Déterminer les corps en présence est sans intérêt, car ce sont les combinaisons formées qu'il faudrait saisir.
Le problème se complique encore, parce que les corps étrangers dont la combinaison provoque l'aptitude à la phosphorescence paraissent n'agir qu'en donnant de Tinstabilité à l'atome de façon à lui permettre de libérer les énergies qu'il contient.
Nous commençons à peine en réalité à soupçonner
les causes de la phosphorescence, mais ce que nous entrevoyons permet de pressentir qu'elle constituera un des chapitres les plus importants de la chimie, et se rattachant sûrement à l'histoire, à peine ébauchée, de la dissociation de la matière.