CHAPITRE IV
Les propriétés antagonistes de certaines régions
du spectre.
§ l< — LES RAYONS ILLUMINATEURS ET LES RAYONS EXTINCTEURS.
L'étude de Tinfra-rouge nous conduisit à constater qu'il exerçait souvent des actions diamétralement opposées à celles de Tautre extrémité du spectre, détruisant par exemple une action produite sous Tinfluence de celte dernière.
La découverte de ces actions antagonistes des deux extrémités du spectre est contemporaine de Torigine de la photographie ; mais il faut bien croire les expériences réalisées pour prouver ce phénomène insuffisamment démonstratives puisque leur interprétation souvent contestée, le fut tout récemment encore dans une longue discussion devant la Société de physique. Les lentes actions d'inversion se succédant dans les impressions photographiques semblent prêter en eiïet à diverses interprétations. On ne pouvait élucider entièrement la question, qu'en trouvant le moyen de rendre instantanément évidentes les actions antagonistes. Ce sont ces effets instantanés que réalisent les expériences qui vont suivre.
Les premières observations faites sur la phosphorescence mirent en évidence que tout un côté du spectre comprenant Jes rayons bleus, violets et ultra-
violets, illumine un écran phosphorescent sorti de Tobscurité. L'autre côté du spectre (rayons verts, rouges et infra-rouges) éteint au contraire la phosphorescence et ne la produit jamais. Certains rayons jouent donc le rôle de rayons iliuminateurs et d'autres celui de rayons extincteurs. Ces deux actions visiblement antagonistes, mais très lentes avec la plupart des corps phosphorescents, prêtaient à diverses interprétations. Pour les rendre évidentes, il fallait trouver un corps extrêmement sensible aux radiations qui éteignent la phosphorescence. Le sulfure de zinc à phosphorescence verte est la seule substance actuellement connue jouissant de cette propriété.
Toutes nos expériences ont été faites avec des écrans enduits de ce sulfure suivant la méthode indiquée dans un précédent chapitre.
S'il est exact que certains rayons produisent la phosphorescence et que d'autres agissant en sens inverse réteignent par conséquent, il est certain qu'en supprimant de la lumière les rayons extincteurs par l'interposition d'écrans convenables, nous pourrons augmenter l'éclat de la phosphorescence sur un même sulfure. Nous allons voir, qu'il en est bien ainsi, et par exemple qu'un corps ne s'illuminant pas derrière une cuve de sulfate de quinine, s'illuminer très bien si l'on retient, au moyen d'écrans appropriés sans déplacer la cuve, certains rayons arrivant à sa surface.
Ë. Becquerel avait signalé autrefois qu'un écran de sulfure phosphorescent exposé à la lumière, derrière une cuve de sulfate de quinine, ne s'illumine pas et il attribuait ce phénomène à l'absorption par le sulfate de quinine des rayons ultra- violets, rayons qui selon lui « excitent principalement la phosphorescence ». Cette explication est tout à fait insuffisante^ car si les rayons ultra-violels peuvent bien exciter la