LE TRANSPORT »E8 MARCHANDISES
tîne ou d'Australie, et, si l'on objecte que parmi les fournitures qui précèdent, beaucoup sont de faible poids, on se souviendra que les milliers de kilos d'engrais artificiel qui fertilisaient ses labours ou ses prairies venaient, les nitrates du Chili, les phosphates de l'Afrique du Nord.
Des diverses provinces françaises et même de toutes les parties du monde étaient apportés à ce paysan cent objets nécessaires ou utiles à son exploitation agricole, comme à sa nourriture, à son vêtement, à son éclairage personnel; mais il n'usait pas moins des moyens de transport pour exporter, à des prix avantageux, presque tout ce qu'il produisait et qu'il n'aurait pu continuer de produire pendant un an, ou même seulement pendant quinze jours, si des trains entiers de chemins de fer n'étaient partis sans cesse de la station la plus voisine, chargés de ses volailles, de ses légumes, de ses fruits, de ses fleurs, aussi bien que de ses grains, de son bétail ou de son
vin.
C'est ainsi que le transport des marchandises est le plus important de tous, non seulement en lui-même, par le nombre des kilogrammes, mais par ses conséquences : la civilisation moderne, si complexe, repose sur lui tout entière, parce qu'il est la condition essentielle de toute production
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et de toute consommation, partant de toute industrie, de toute richesse, de tout bien-être. C'est la révolution des transports qui a mis fin à ce désolant paradoxe de naguère : Textrême abondance des récoltes devenant une cause de ruine pour les producteurs, par un avilissement des prix dont les consommateurs n'étaient pas à même de profiter.
« Mourir de faim sur un tas de blé » , suivant le mot connu de M"** de Sévigné, n'était pas seulement le fait d'une province exceptionnellement favorisée où le grain ne trouvait plus d'acheteurs, mais celui de régions très vastes et même de la France entière, à certaines époques où, les défrichements allant plus vite que l'accroissement de la population et l'offre de denrées dépassant la demande, tout progrès était paralysé. Par contre, la cherté, dont souffraient les consommateurs, n'était jamais avantageuse aux producteurs, parce qu'elle aL\Siiipour causenécessaire la disette^ l'on ne pouvait si bien vendre que ce dont nul n'était vendeur.
Si l'on trouve, du xiii® au xvi® siècle, des hectares de vignes à 140 et même à 70 francs, — de notre monnaie, — en Languedoc, tandis qu'il s'en voyait à 4.000 et 6.000 francs à Argenteuil et à Vanves, à 7.000 et 8.000 francs en Basse-