CHAPITRE II LES THÉORIES GÉOGËNIQUES
On a vu dans le chapitre précédent que, par suite de circonstances tenant à Tessence même des choses, les suppositions sur Torigine de la Terre ont été pendant très longtemps intimement liées à celles qui concernent Tunivers tout entier. Pour beaucoup d'auteurs, le Ciel n'était qu'un détail de la Terre.
Forme de la terre. — Arrêtons-nous tout d'abord au caractère le plus externe, à la forme de la Terre, qui a été l'objet de beaucoup de suppositions, dont nous ne citerons que quelquesunes, auxquelles nous avons déjà fait allusion.
Le témoignage des sens nous apprend que la Terre est plate et immobile et que le ciel tourne au-dessus d'elle. C'est le type même des évidences, et cette remarque est bien faite pour provoquer des réflexions à l'égard des certitudes de tous genres dans des directions incontrôlables.
Cependant dès une époque très ancienne, on eut la notion de la rondeur de la Terre, et il suffit de lire Strabon * pour être édifié à cet égard. Il
I, Géographie, liv. I, § 3.
LES THÉORIES GÉOGÉNIQUES
est très remarquable que cette notion se soit perdue de telle sorte qu'à Tépoque de Copernic (1473- 1543)1 il a été très difficile de la faire accepter*. Aristote disait : « Ou bien la Terre est sphérique, ou du moins sa nature est de Tètre... Si la Terre n'était pas sphérique les éclipses ne présenteraient pas les sections qu'elles présentent. » D'autres voies conduisaient à la même supposition.
Virgile ( — 70) chante « comment les principes de la Terre, de l'air, de l'eau et du feu étaient confondus dans le vide immense; comment de ces premiers éléments sortirent tous les êtres, et s'arrondit le monde jeune encore ; comment la Terre se durcit, renferma la mer dans ses limites, et revêtit peu à peu des parures diverses » ^
« Quand on va vers le nord, dit Laplace, on voit le pôle s'élever de plus en plus ; la hauteur méridienne des étoiles situées au nord augmente et celle des étoiles situées au sud diminue ; quelquesunes mêmes deviennent invisibles. La première notion de la courbure de la Terre est due sans doute à l'observation de ces phénomènes \ »
Letronne* constate que les auteurs anciens nous ont donné plusieurs déterminations de la circon-
1. Traité du Ciel, liv. II, chap. xiv, § 1:5, trad. Barthélémy Satnt- HiLAiRE. Onsaitles objections faites aux antipodes par saint Augustin et par Lactance, lesquels avaient été précédés à cet égard, par Lucrèce ( — 100) qui, après avoir exactement décrit les antipodes, dit que ce sont des imaginations grossières. Nature des Choses ^ Chant I, trad. par E. La vigne, i vol. in-S», Paris, 1870.
2. Eglogues VI, traduction Cabaret-Dupaty, i vol. in-12, Paris,