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tinentales de l'hémisphère sud ont dû être projetées en avant, c'est-à-dire vers Test. La ligne située entre Thémisphère Nord retardé et l'hémisphère Sud accéléré, est la ligne de fragilité qui passe par la mer des Caraïbes, la Méditerranée, le golfe Persique et à travers la Malaisie. L'auteur a porté sur un planisphère les grandes lignes de la géographie terrestre, pour montrer à quel point elles sont conformes à cette supposition de lignes de torsion. Seulement on oublie que le bloc Euro-africain ne manifeste aucune trace de soi-disant torsion.
Suivant la remarque de Gregory*, on peut se demander si les rides de torsion primitive supposées par Prinz ne coïncident pas avec les rides de marée primitive, imaginées par le professeur Darwin. « Or, dit-il, on constate qu'elles n'ont point de rapports mutuels. Les lignes principales que Darwin déclare comme les rides dues à la marée primitive, sont inexplicables dans la théorie de Prinz et les grandes lignes auxquelles Prinz attribue le rôle capital dans son ridement, sont opposées à celles de Darwin. »
En 1894, le professeur Lapworth lut devant la Société royale géographique de Londres, un mémoire intitulé The face of the Earth dans lequel la situation relative des terres et des mers est attribuée à l'entrecroisement régulier de séries de plis primitifs de l'écorce terrestre. Suivant cette théorie, les océans occupent d'anciens bassins de dépressions, tandis que les masses continentales sont des dômes de soulèvement.
Sir John Lubbock, attribue aussi les formes
Loc. cit.. p. s-^q.
LES THÉORIES GÉOGRAPHIQUES
continentales à un double entrecroisement de plis, et cette hypothèse a l'avantage sur les théories astronomiques de fournir plus de points de contact avec les faits géographiques. Cependant le professeur Lapworth ne paraît pas avoir expliqué la cause de ces plis entrecroisés, et c'est plutôt un enregistrement de faits qu'il nous donne qu'une explication de causes.
Toutes ces théories se heurtent à une objection qui semble contraire à leur application aux traits géographiques. C'est qu'on ne voit pas comment elles rendent compte du fait dominant de la physionomie terrestre, c'est-à-dire de l'absence totale de symétrie d'un hémisphère à l'autre des deux parts de l'équateur. Leur ressource est de prétendre qu'après le plissement ou la torsion, une action indépendante de celle du début est venue modifier jusqu'à la faire disparaître, la symétrie primitive. Mais on entre alors dans le domaine de la fantaisie toute pure.
En outre, une objection très grave contre les trois théories de Darwin, de Prinz et de Lapworth, c'est qu'elles méconnaissent l'âge relatif parfois fort différent des accidents topographiques qu'elles prétendent expliquer.
Par exemple, le professeur Darwin cite l'orientation de la côte occidentale d'Europe, de l'Espagne à la Norvège, comme confirmant sa théorie, pendant que Prinz trace la ligne primitive exactement à angle droit avec la direction précédente. Et il a raison, car la ligne de l'Espagne à la Norvège est certainement de date récente^ pendant que la ligne de ridement à la fois hercynienne et alpine, court transversalement à la direction qu'elle devrait avoir suivie, si réelle-
ment elle résultait de la marée primitive. De plus, le professeur Darwin cite la côte occidentale de l'Amérique du Nord comme contraire à son opinion, et cependant il est certain qu'elle correspond à une direction primitive, puisqu'elle constitue un axe archéen de la chaîne littorale et des Montagnes Rocheuses.
Les rides de torsion de Prinz ne valent pas mieux. Le cas le plus net en apparence pour confirmer la manière de voir, du géologue belge est l'orientation des Andes et des Montagnes Rocheuses. Mais on sait aujourd'hui qu'il n'y a pas de continuité effective entre les Andes et les Montagnes Rocheuses par des chaînes de l'Amérique Centrale. La ligne de partage des eaux court, il est vrai, le long de la bordure pacifique, mais cela est dû à un mouvement postérieur à la production de la chaîne qui a été ainsi rompue. La continuation des Andes est dans les montagnes du Venezuela et non pas dans le nordaméricain ni dans la Sierra Nevada.
Il est très utile, en jetant un coup d'œil sur quelques-unes des hypothèses qui cherchent à expliquer l'origine des détails géographiques de la surface du globe, d'écarter une cause de confusion qui n'a pas toujours été vue par les théoriciens. Elle est du domaine chronologique et concerne la comparaison entre les durées écoulées depuis les premières époques sédimentaires et fossilifères et les durées antérieures représentées par la constitution de l'écorce fondamentale sans la collaboration des actions biologiques.
Ces dernières durées embrassent les temps compris entre la constitution de la nébuleuse primitive provenant du lambeau de matière dé-
LES THÉORIES GÉOGRAPHIQUES
tachée, suivant Laplace, de la région équatoriale du Soleil, jusqu'à l'apparition des premiers organismes dans les océans cambriens ou précambriens. Ils ont été incomparablement plus grands que ceux qui ont suivi jusqu'à aujourd'hui, et la preuve réside tout entière dans l'amplitude de la perte calorifique qui a dû y être réalisée. En effet, cette perte a progressivement amené la surface planétaire, d'une température peut-être supérieure et en tout cas égale à celle qui règne sur le Soleil, jusqu'à celle où la mer s'étant constituée, les animaux et les végétaux y ont trouvé des conditions favorables à leur existence (et qui sont nécessairement, de ce chef, extrêmement voisines de celles qui régnent encore autour de nous) .
Or, dans la plupart des théories que nous avons passées en revue, on voit l'époque précambrienne plus ou moins confondue avec celle où la première croûte rocheuse, venant enfin de se constituer, elle a pu éprouver les effets mécaniques qui ont engendré ses déformations. Par exemple, Grégory discutant la supposition de lord Kelwin, d'après laquelle les continents actuels seraient des contrecoups d'inégalités produites dans la masse de la nébuleuse encore fluide, se demande si une carte du monde dans les temps cambriens les plus inférieurs pourrait montrer Tinfluence de ces accidents prégéologiques. Il ajoute cependant, il est vrai, que les effets géologiques de ces accidents semblent avoir été effacés par les vicissitudes des temps géologiques. Ce n'est évidemment pas assez dire et il est clair qu'on ne peut espérer aucun contrôle direct de semblables conceptions, dont l'adoption ou
L'ÉVOLUTlOy DES THÉORIES GÉOLOGIQUES
le rejet restent une pure affaire de sentiment.
Les anciens, — Hérodote, Aristote, Ovide, Lucrèce,' Horace — ont constaté dans leurs livres, les déplacements de la mer, les coquilles qu'elle a abandonnées sur les terres, et aussi Tenvahissement de la terre ferme par les eaux.
Bien des auteurs aux xvr et xvir siècles admettaient l'instabilité de la ligne littorale.
Buffon conclut des fossiles communs à l'ancien et au nouveau monde que ces continents ont dû être primitivement réunis et que leur disjonction fut l'effet d'une de ces phases par lesquelles la nature en travail préparait l'apparition de l'homme.
L. de Buch, dans sa lettre de 1822 sur le Tyrol, imagine l'hypothèse du soulèvement de cette région et explique ainsi la présence des coquilles fossiles sur les plus hautes montagnes.
Cependant quelques auteurs défendent l'opinion que le bassin des grands océans n'a pas varié depuis les origines. Personnellement, je résiste à toutes les suppositions de ce genre, pour cette raison que la Géologie montre, dans la structure des continents et jusque dans leurs régions centrales (Pamir, etc.) les vestiges de gigantesques dépôts de mer profonde. Il semble que la géographie actuelle ait été précédée, et doive être suivie, par des géographies essentiellement différentes.
Aujourd'hui, le fait est devenu tout à fait banal : dans la plupart des régions continentales, on rencontre des gisements de fossiles marins et c'est l'occasion de noter, sans bien le comprendre, que Constant Prévost, l'un des plus grands géo-