Cosmos j t. I, p
6. Quelques recherches sur le Volcanisme, Archives des Sciences
démontrer que Téruption volcanique ne suppose pas nécessairement la présence de Teau.
L'isolement à Tétat métallique du potassium et du sodium, connus seulement à Tétat d'oxydes, a été, comme on sait, l'un des plus grands événements scientifiques du xix^ siècle. L'auteur de cette immense découverte, Humphry Davy, s'est laissé tout naturellement aller à rechercher les diverses conséquences auxquelles elle se prête et il a édifié une théorie volcanique qui eut un moment de très grand crédit*!
Davy regarde les éruptions volcaniques comme le résultat de l'action de Teau de la tner et de Tair sur les métaux des terres et des alcalis. Suivant lui, le sol renferme au-dessous des volcans, d'immenses cavités où l'air et Teau de mer peuvent pénétrer sut les substances actives, longtemps avant que celles-ci n'atteignent la surface extérieure. Le tonnerre souterrain qui accompagne les éruptions, au Vésuve, par exemple, démontre, pour l'illustre chimiste, l'existence des grandes cavités dont il s'agit. D'un autre côté, on peut conclure à l'intervention de l'eau de la mer de ce fait que presque tous les grands volcans occupent une situation littorale, et que lorsqu'ils sont plus éloignés de l'océan, comme sur le plateau de Quito, Teau des lacs remplit le même office, comme le démontre la rencontre par Humboldt de poissons dans l'eau rejetée par certains volcans.
En somme, l'hypothèse de Davy est, avant
physiques et naturelles, mai et juin 1905, novembre 1906, février 1908, février et juillet 1909, Genève.
I. Mémoire sur les phénomènes des Volcans^ lu à la Société royale de Londres le 20 mars 1828.
LÈS THEORIES VULCANOLOGIQVES
tout, une hypothèse de chimiste. On conçoit ^on succès à cause de Téclat des découvertes chimiques sur lesquelles elle a prétendu s'établir. Mais on ne peut méconnaître les difficultés insurmontables contre lesquelles elle est venue se heurter et qui lont fait définitivement abandonner par tout le monde, — et par son auteur luimême qui, peu de temps avant sa mort, a substitué à son hypothèse un acquiescement complet à la théorie du foyer de chaleur propre de la Terre*.
- (c La densité moyenne de la Terre (5,44), dit Humboldt, comparée au poids spécifique beaucoup plus faible du potasi^ium (0,865), du sodium (0,472) et des métaux terreux (1,2) ; Tabsence d'hydrogène dans les émanations gazéiformes des fissures volcaniques ou des laves encore chaudes et bien d'autres considérations chimiques, sont en contradiction manifeste avec les anciennes idées de Davy et d'Ampère '. »
Comme annexe à l'hypothèse de Davy, on peut mentionner celle de Longo^ qui tout en étant favorable au chimiste anglais, pense que le potassium, le sodium et le calcium ne doivent pas se trouver assez abondamment dans la région souterraine pour expliquer l'ampleur des phénomènes. Selon lui « c'est l'eau ou l'humidité souterraine qui, en se décomposant, cède son oxy-
I. Voir à ce sujet un article posthume de Davy, intitulé : Sur la formation de la Terre ; New Edinburgk philosophical journal avril 1830, p. ^20. — Voir aussi Consolation in travel and last days of a Philosopher, cité par Humboldt.
a. Humboldt. Cosmos, I, 270.
3. Memoria sul principio motor dei volcani, in- 8» de 20 pages, Palerme, 1823.
gène au fer, acidifie le soufre et dégage le gaz hydrogène sulfuré, lequel, "mêlé avec le gaz carbonique, Teau atmosphérique et les vapeurs, sort par torrents de la bouche enflammée des volcans ».
Pour l'Anglais Thomas Cooper qui écrivait en 1822, un volcan est « un évent naturel dans la croûte de la Terre, ménagé par les feux souterrains pour constituer un c^nal de dégagement aux gaz, vapeurs et substances solides qui ont été exposés à une chaleur intense dans les entrailles de la Terre ». Il pense que le siège du volcan est situé au-dessous du granit le plus ancien. En action, le volcan est présenté comme dégageant de la fumée et des flammes qui proviennent du contact des matériaux précédents avec des couches charbonneuses : l'éruption est en outre accompagnée ordinairement par de la lumière électrique dont la source est considérée comme problématique. L'auteur a cependant déjà reconnu de vraies laves volcaniques dans les environs de Boston et dans les trapps triasiques des États-Unis de Test.
Judd * explique l'explosion du Krakatau par l'expansion des gaz occlus dans la ponce. « Seule, dit-il, l'expansion de l'obsidienne, la libérant de ses gaz, a causé l'explosion. »
« Quand on compare attentivement la description de Silvestri spécialement en ce qui concerne la manière d'être des volcans de boue de Paterno, avec les renseignements donnés par Dutton {Récent exploration of the volcanic pheno-
I. VolcanoeSy what they are and what they teack, Londres, 1888, cité par Bruk : Quelques recherches sur le volcanisme, y partie. Krakatau, p. 14,
lES THÉORtËS VtJLCANOLOGIQVES
mena of the Hawaïen Islande — American Journal of science and arts (3' série, XXV, 222, 1883), il est bien difficile de ne pas admettre que le bruit de l'éruption, la projection des cendres et même certain ébranlement sont surtout attribuables à la présence de la vapeur d'eau ^ »
M. A. Gautier ^ a appliqué à la théorie volcanique les résultats que lui ont procurés des recherches analytiques sur les roches cristallines*. Dans une série d'expériences, il a reconnu que les roches chauffées dans le vide dégagent un volume considérable- de gaz, et il en a conclu que, dans les régions souterraines, la haute température ambiante doit déterminer le même effet et accumuler ainsi une énergie qui peut se traduire par des éruptions volcaniques. Il trouve que le granit chauffé au rouge dégage un grand nombre de fois son propre volume d'un mélange de gaz où prédominent l'hydrogène et l'acide carbonique et qui renferme en outre de l'oxyde de carbone, de l'hydrogène carboné et de l'azote, avec des traces d'acide suif hydrique. Un décimètre cube de granit fournit 20 litres de gaz divers et 89 litres de vapeur d'eau, soit plus de 100 fois son volume.
M. Brun (de Genève) ^ a étudié la question par une voie très voisine de celle que M. Gautier a suivie, et son travail est encore exclusivement chimique. L'une de ses conséquences les plus frappantes, c'est que la vapeur d^eau ne jouerait pas dans les explosions volcaniques le rôle