Comptes rendus, LXXXIIT, 6i6, 1876 et LXXXVII
2. Comptes rendus^ LXXXVII, 8^0, 1878. Voir mon volume : Synthèse des Minéraux et des Roches, in-8», Paris, 1882, p. 138.
■i,. Archives des Sciences ph-^siqUes et naturelles d*^avril 1^2^ p. 17 du tiré à part.
LES THÉORIES VULCANOLOGIQUES
taines roches contiennent des cristaux flottant au sein d'une matière liquéfiée par la fusion. C'est même en conséquence de cette théorie qu'il donna à l'un des minéraux des laves le nom de pyroxène qu'il porte encore, bien que la raison qui le lui a fait donner ait été reconnue inexacte. Ce nom, en effet, signifie littéralement « étranger au feu », Haûy considérant le minéral en question comme antérieur aux manifestations calorifiques du volcan. On a constaté depuis qu'il dérive de la fusion, c'est même un des corps qu'on a reproduits le plus facilement dans l'eau suréchauffée, suivant la féconde méthode de Sénarmont ^
La théorie du pyroxène volcanique doit en outre s'étendre à l'explication des amas de petits cristaux complets de ce minéral qui s'accumulent parfois de façon à constituer des monticules considérables, comme aux Monti-Rossi (Etna). On peut croire que dans des laves analogues aux précédentes, la matière interposée entre les cristaux se solidifie si vite qu'elle reste vitreuse et même qu'elle se trempe de façon à se pulvériser spontanément à la façon des larmes bataviques.
Réduite en particules très fines, elle est facilement entraînée par les eaux ou par le vent et laisse les cristaux seuls.
Un géologue anglais, Poulett-Scrope, qui a contribué plus que personne à l'établissement de nos connaissances sur les volcans éteints de l'Auvergne et qui a composé un ouvrage général sur
I. Le pyroxène se produit même par la fusion sèche, non seulement dans le laboratoire, mais même dans les laitiers des hauts fourneaux. Cette reproduction n'a qu'un intérêt très relatifs, la fusion sèche n'intervenant pas dans la nature.
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les volcans * a fait une assez singulière supposition pour expliquer Técoulement des laves. La plupart, selon lui, au moment de leur sortie, ne sont pas à l'état de fusion. Elles consistent en cristaux solides, glissant les uns sur les autres, à cause de la présence dans leurs intervalles d'une petite quantité d'un fluide élastique fortement chauffé. L'auteur fait cependant des exceptions pour les laves de Bourbon, de Ténériffe et de quelques autres localités qui seraient réellement fondues. Cette opinion est évidemment basée sur la présence de cristaux tout formés dans les laves coulantes, sur l'illusion par conséquent qui a conduit Haûy à imaginer le nom de pyroxène comme nous venons de le dire.
Quant à l'origine première des laves, on peut logiquement la chercher dans la transformation, sous l'influence de la chaleur avec la collaboration de solutions variées, des roches stratifiées et spécialement des schistes et des argiles. Cette hypothèse est pleinement vérifiée par la rencontre, dans les houillères embrasées, d'assises stratifiées qui ont pris la composition minéralogique de véritables laves et qui consistent, par exemple, en mélange d'anorthite et de pyroxène, ainsi qu'on l'a vu précédemment.
C'est encore à propos des roches volcaniques qu'il faut rappeler la supposition que les colonnades basaltiques, si pittoresques en tant de régions sont des assemblages de gigantesques cristaux ^
1. Considérations sur les Volcans, traduction Pieraggi, Paris, 1864.
2. Voyez sur ce sujet : Grbgory Watt. Observations on basait, and on the transition front the vitreous to the stony texture wich occurs in the graduai réfrigération of basait. Philosophical transaction, 1804.
LES THÉORIES VULCANOLOGIQUES
Guettard, qui a vu tant de choses capitales au sujet des volcans d'Auvergne, a écrit que le basalte est le résultat d'une cristallisation qui s'est opérée aux dépens d'une dissolution aqueuse. Desriiarets, en 1774, corrigea cette erreur de son prédécesseur et cependant elle fut commise de nouveau à beaucoup de reprises, et Faujas Saint- Fond la développa ^ .
En 1799, Thomas Smith décrit de même les cristaux de basalte auxquels il assigne une forme généralement « tétraédrique » (ce qui veut dire évidemment qu'il y voit des prismes à base quadrilatérale) . Le basalte compacte, non colonnaire, est qualifié de basalte amorphe, mais, ajoute Tauteur, « il a généralement une forte tendance à cristalliser ». La forme « tétrahédrale » du granit est également décrite^.
Trompés par les apparences, beaucoup d'observateurs ont méconnu les rapports du phénomène volcanique avec le phénomène éruptif.
Elie de Beaumont, avec un éclat spécial, qu'il tirait de son autorité personnelle, a décrété que le phénomène volcanique est un des traits distinctifs de la période actuelle, et que ce serait faire une confusion regrettable que d'en rapprocher la cause de la poussée des roches éruptives. Cependant, par une intuition qui tient du génie, Murchison avait déjà, depuis longtemps, reconnu des cendres volcaniques dans certains dépôts siluriens du pays de Galles 3. Malgré cet éclair, la doctrine d'Eliede Beaumont fut professée par tous les géologues,
1. Volcans éteints du Vivarais. i vol. in-folio, Paris, 1785.
2. Merrill. Contribution to the history of american Geology, i vol. in-80, Washington, 1906.