‹ L'évolution du mariage et de la familleChapitre 333 sur 406 · I. — LE CLAN CHEZ LES PEAUX-ROUGES · texte numérisé non relu

I. — LE CLAN CHEZ LES PEAUX-ROUGES

Dans le précédent cliapitre, nous avons vu à quoi se réduit l'exogamie des Peaux-Roujçes, sur laquelle on a parfois essayé de construire des théories d'évolution conjugale applicables au genre humain tout entier. En réalité, les Indiens de TAmérique du Nord se marient dans leur tribu; ils sont donc endogames relativement à la tribu; mais ils ne prennent pas femmes dans leur clan, et par conséquent sont eiogames relativement à ce clan. Mais le clan étanhcomposé

de consanguins réels ou supposés, Texogamie des Peaux- Rouges n'est, en déûnilive, que notre interdiction, très élargie, de contracter mariage avec des parentes à tel ou tel degré.

En fait, il n'y a là rien qui ressemble au mariage par capture, que Ton aime à rapprocher de Teiogamie; mais naturellement ce dernier peut très bien coexister avec l'autre, même dominer dans certaines tribus plus sauvages : il était, nous dit-on, de règle chez les Caraïbes ^ et à tel point que les femmes ne parlaient pas la langue de leurs maris.

Comment s'est primitivement formée la tribu américaine? Ou des hordes consanguines se sont juxtaposées, ou, ce qui est plus vraisemblable, une horde, devenue trop nombreuse, a essaimé; des groupes analogues, sortis de son sein, ont formé de gi^andes familles, restant toujours reliées à la souche originelle, mais constituant cependant des communautés distinctes, confédérées entre elles et avec le clan primitif, qui ne se distinguait plus des autres. L'ensemble de tous ces clans consanguins représente une tribu. Si les clans sont trop nombreux, ils se groupent, deux à deux, trois à trois, etc., dans le sein de la tribu même, et il en résulte alors ce qu'on appelait dans la Grèce primitive des phrairieSy dont le lien est encore celui d'une parenté affaiblie. En effet, on a commencé par ne se point marier dans sa phratrie; puis l'exogamie a été restreinte aux clans. Les clans composant la phratrie ont des fôtes communes et le devoir de s'assister mutuellement dans leurs vengeances *. — Le clan, la gensj est un groupe de personnes unies par une consanguinité plus étroite, mais dans la ligne féminine. Les enfants des femmes du clan restent dans le clan de leur mère. € La femme porte

1. Mac-Lennan, Primitive Marriage^ p. 71. «. A. Giraud-Teulon, loc. cit, p. 170-172.

le clan, » disent les Indiens Wyandots*, comme nos ancêtres disaient : € Le ventre teint Fenfant. > Chaque clan a son totem (tortue, ours, élan, renard, etc.); dans les c longues maisons j> desiroquoisou dans lesPueblos, les membres de chaque clan avaient même une habitation commune où chaque famille avait son alvéole; mais les membres de celte famille alvéolaire appartenaient à des clans différents, puisque le mari n'était pas du clan de sa femme, et parfois même n'habitait pas la même demeure. Cent fois nous avons entendu dire que t la famille est la cellule sociale > ; or, cela est évidemment faux pour la tribu américaine, et pour foutes les tribus organisées sur le même plan. lii, c'est le clan qui est l'unité sociale, la cellule, si Ton tient à cette métaphore mise en honneur par H. Spencer, et c'est la lilialion féminine qui détermine la parenté. Quelle est, dans le détail, cette parenté par les femmes? C'est ce qu'il nous faut maintenant examiner.

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