INTRODUCTION
Le parkinsonisme
Nécessité d’en fixer les caractères et l’évolution
L'apparition au décours de l’encéphalite épidémique de troubles moteurs que caractérisaient la rigidité et le tremblement ne fut pas la moindre des surprises que nous causa cette curieuse maladie.
Frappés par l’habitus que prennent rapidement les malades et désireux de rattacher les singuliers
. désordres qu’ils observaient à quelque chose de
eonnu, les premiers auteurs comparèrent les encéphalitiques devenus rigides et tremblants à ces sujets qui, sur le tard, présentaient l’affection assez rare et mal étudiée connue sous le nom de paralysie agitante ou maladie de Parkinson.
En raison de la difliculté de désigner le nouveau syndrome par des termes adéquats, par goût des analogies et du pittoresque, les nouveaux malades furent bientôt universellement désignés par le vocable
de Parkinsoniens. De là à englober sous le vocable de maladie ou syndrome de Parkinson post-encépha-
litique toutes les séquelles de la maladie infectieuse, il n’y avait qu’un pas, qui fut vite franchi, aux dépens de toute clarté et de toute précision.
On sait aujourd’hui que l’encéphalite laisse derrière elle, outre les troubles moteurs, les séquelles les plus diverses. Troubles oculaires, désordres psychiques, syndromes sensoriels, troubles de la vie végétative, apparaissent et évoluent indépendamment les uns des autres. Ils n’ont de lien que leur commune origine. Leur ensemble n’est en aucune manière une maladie, ni même un syndrome.
Une science est une langue bien faite. À l’imprécision et à plus forte raison à l’inexactitude des vocables répond la nébulosité des connaissances et le flottement de leurs rapports. On se rendra aisément compte que linsuflisance de notre terminologie est pour une grande part responsable des erreurs commises à propos de la question que nous allons traiter.
Il serait bien difficile de rejeter le mot Parkinsonisme, tant il a pris droit de cité, mais il faut, croyonsnous, lui donner un sens précis en lui gardant la signification qu'il eut tout d’abord et ne s’en servir que pour désigner les troubles de la motilité par rigidité avec ou sans tremblement.
Le parkinsonisme ainsi compris n’est qu’un des nombreux syndromes morbides secondaires à l’encéphalite, le plus grossier sinon le plus expressif et le le plus caractéristique. Il peut exister seul ou s’associer à des troubles relevant d’autres syndromes.
A te
C’est à lui que se limite notre étude, qui traite non point des complications et des séquelles de l’encéphalite, mais d’une seule d’entre elles, le syndrome neuro-musculaire.
En 1925, M. Maurice Renaup, abordant pour la
première fois dans son ensemble l’étude de l’évolution du syndrome parkinsonien post-encéphalitique, écrivait :
€ Quand on parcourt la liste. des innombrables publications parues dans ces cinq dernières années sur la maladie de Parkinson post-encéphalitique, on reste surpris de constater que la plupart d’entre elles se rapportent à l'expression clinique de affection.
« Faites par des neurologistes, elles ont été orientées dans un sens physiologique pour préciser le mécanisme des désordres fonctionnels et rapporter ceux-c1 à des localisations précises.
« Ce sont en somme des études purement neurolociques, dont le développement et les conclusions seraient sensiblement les mêmes si le syndrome parkinsonien était la conséquence d’un autre processus que celui de l’encéphalite.
« Au point de vue médical, toute cette physiologie pathologique, pour intéressante qu’elle soit en elle-même, est d'importance secondaire. La connaissance des causes et les conditions d'évolution de la maladie importent plus que son déterminisme physiologique.
« Soit que l’attention des auteurs n’ait pas été
«attirée sur ce point, soit plutôt que cette partie du € problème ait paru fort difficile, sinon impossible à « résoudre, il faut reconnaître que les connaissances « relatives à l’évolution et à la signification des syn- « dromes parkinsoniens sont encore fort impré- « cises.
« Les documents qui se rapportent à cette impor- « tante question sont épars dans la littérature et «fort peu nombreux. Les livres d’ensemble qui « traitent de l’encéphalite y font à peine allusion. »
Ces lignes sont encore d’actualité.
Depuis cette époque, on a continué de publier de très nombreux travaux. Il s’est fondé à New- York un centre qui groupe et synthétise tout ce qui se rattache à cette affection. En France le livre de M. Gurrcaix en a fondé les données dans un exposé de l’ensemble de la question. Or, dans cette histoire, même récente du parkinsonisme, la place faite à l’évolution reste réduite. Nous ne trouvons guère que dans un article de Dennie et Vorzm des données établies sur une observation prolongée de malades, qui nous renseigne sur leur destin. La raison en est d’une part, qu’une telle histoire ne peut être écrite que grâce à des conditions particulières et assez exceptionnelles, et d’autre part que la plupart des auteurs la négligent, estimant que l’affection dont ils traitent est par définition une maladie à évolution chronique et progressive.
Tous gardent l’opinion à laquelle s'était heurtée, en 1925, la thèse de M. Maurice Renaup ; cette
opinion, M. Durour la résumait quand il disait :
« la plupart des encéphalitiques parkinsoniens que . + À ÿ . ,
« Jai observés ont subi une aggravation progres-
« sive »et par M. de Massary soutenant que : «Tous « les cas que J'ai suivis ont été progressifs et, fait
« capital, la progression se fait par poussées suc- « CeSsives ».
Est-il raisonnable de rester ainsi sur de vieilles positions ? À l’école de M. Maurice Renaup, nous nous sommes persuadé du contrairé et notre dessein est justement de montrer qu’elle est la profonde erreur de ceux qui tiennent le parkinsonisme pour une maladie en active évolution.
Nos conclusions sont implacables. Elles affirment que le parkinsonisme est un état fonctionnel définitif, fixé pour toujours et sans retour possible en arrière.
Bien que consolantes en un certain sens, puisqu’elles impliquent que le malade n’est pas menacé par une aggravation progressive de la maladie, elles ne sauraient être défendues d’un cœur léger. Nous pensons avoir assez longtemps et assez soigneusement observé de nombreux parkinsoniens pour avoir le droit de tenir pour exacts les faits que nous rapportons et pour justifier l'interprétation que nous en donnons.
Les problèmes que pose le parkinsonisme sont tous intéressants. Celui de son interprétation exacte et de la place qu’il faut lui donner en nosographie dépasse en importance tous les autres. C’est avec un sentiment