‹ L'évolution du règne végétal: Les phanérogamesChapitre 63 sur 162 · NUANCES DIFFÉRENTIELLES DE L'ESPÈCE GYMNOSPERMIQUE · texte numérisé non relu

NUANCES DIFFÉRENTIELLES DE L'ESPÈCE GYMNOSPERMIQUE

ques où elle peut être le plus sûrement observée; nous voulons parler de ceux qui présentent le moins de lacunes et d’intervalles, dus aux révolutions antérieures.

Ce n’est pas à des genres fractionnés et appauvris qu’il faut s'adresser si l’on veut saisir l’étroit enchaînement des formes spécifiques et expliquer à la fois leur liaison mutuelle et la raison d’être des faibles différences quiservent à lesdistinguer. Attachonsnous dans ce but à des genres demeurés nombreux en espèces et dont la marche à travers les âges nous soit révélée par divers indices. Dès lors nous pourrons exactement concevoir la valeur de lespèce gymnospermique et celle-ci nous aidera à mieux comprendre l’espèce angiospermique, encore plus obscure et plus difficile à interpréter que l’autre et cela parce qu'elle correspond aux dernières nuances différentielles d’une série plus complexe. Les Gymnospermes se sont prétées à des diversifications moins nombreuses, mais par cela même elles laissent mieux apercevoir la nature du terme final auquel est venue aboutir leur évolution et que représentent sous nos yeux les races locales désignées généralement du nom d'espèces.

Prenons, par exemple, les Abiétinées et, parmi elles, les Abies propres. Chez les Abiétinées, les feuilles normales sont ordonnées en spirale aussi bien que les parties du strobile, et l’écaille de ce dernier organe résulte d’une soudure incomplète ou presque nulle du support ovulaire pourvu de deux ovules collatéraux et inverses avec la bractée ou feuille axillante. Celle-ci s’arrête promptement et demeure rudimentaire à la base de l’écaille qui n’est constituée que par le support. Ce dernier représente une production correspondant à une sorte d’axe réduit à l’état de phyllode ou encore à un bourgeon femelle avorté. Le caractère du groupe est parfaitement clair et pris dans son ensemble ce groupe est si peu variable que les botanistes allemands nomment Pinus indifféremment toutes les Abiétinées, comme si ces plantes dépendaient d’une seule coupe générique subdivisée par d’autres auteurs en plusieurs sections.

Les Abies vera que nous avons en vue se distinguent des sousgenres qui les touchent : par des feuilles non fasciculées en étoile sur les ramules latéraux comme chez les Laricées, ni invaginées au nombre de 2 à à, comme celles des Pins, mais distiques sur les branches horizontales, planes, uninerviées et insérées par une

base discoïde non décurrente, ce qui les sépare de celle des Picea. Leurs cônes sont érigés, composés d’écailles planes et imbriquées, détachées de l’axe à la maturité et conservant le vestige d’une bractée visible à leur base. Ce sont là les caractères différentiels qui permettent de réunir les Abies en un groupe spécial, distinct des types les plus rapprochés qui sont les Cèdres, d’une part, si l’on regarde les strobiles; de l’autre, les Picea, si l’on considère le port, et les Zsuga, si l’on s'attache aux feuilles seulement ; mais les feuilles des Abies empêchent de les confondre avec les Cèdres et les séparent des Picea, chez lesquels ces organes sont décurrents et les cônes pendants, munis d'écailles persistantes sur l'axe, tandis que le Z'suga, dont les cônes sont petits et inclinés, diffèrent surtout des Abies par le port. On voit que ces nuances distinctives, bien qu’assez fixes par elles-mêmes, tiennent pourtant à des détails déjà très secondaires et dénotent des variations peu saillantes à l’origine, mais arrêtées à la suite d’un temps très long, et devenues ainsi l'apanage commun d’une réunion de formes elles-mêmes parquées et graduellement diversifiées.

En effet, on observe des Abiétinées très anciennement. Il en existe au moins deux types dans l’infralias de Palsjü en Scanie. L'un, le Pinites Nilssoni Nath, est une semence aïlée conforme à celles des pins actuels de la section Strobus; l’autre constitue le genre Protolarix, qui par le cône et les grains semble servir de lien entre les mélézes et les cèdres. Les traces d’Abiétinées se multiplient à mesure que l’on s’avance dans le jurassique et que l’on s'adresse à des localités polaires ou simplement boréales (cap Boheman au Spitzhberg, Andô sur la côte de Norvège, Ust- Baley dans la Sibérie de l’Irkoutsk). Le Pinus microphylla Hr. du Spitzherg dénote un 7suga; les Ælatides de Sibérie constituent un genre qui ne serait pas sans analogie avec celui des Picea; enfin, le Pinus Nordenskiôldi, dont les feuilles ne sont pas rares dans les trois localités mentionnées ci-dessus, révèle un Abies véritable, comparable pour les feuilles aux Ares grandis et bracteata : de plus, une écaille isolée, rencontrée dans le gisement du Spitzberg, confirme l'attribution en montrant que dès lors les strobiles de ces Abies avaient des écailles qui se détachaient de l’axe à la maturité. Les feuilles de cet Abies primitif sont planes, uninerviées, acuminées au sommet et obtuses à la base.

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