‹ L'évolution du vers français au dis-septième siècleChapitre 161 sur 224 · Émaux et Camées ^ Charpentier. 1814, p · texte numérisé non relu

Émaux et Camées ^ Charpentier. 1814, p

semble avoir mis le masculin à la place du féminin, ou réciproquement, pour ajouter ou supprimer une syllabe :

Les voyageurs sans guide assez souvent s'égarent, L'un à droit, Fautre à gauche, et courant vainement '.

La chose est si naturelle que Brossette ne fait pas la moindre observation : et pourtant il est sévère, car, pour le cas suivant,

\,'évnngile au chrétien ne dit en aucun lieu.

Sois dévot : Elle dit, sois doux, simple, équitable (S. XI, 113),

le commentateur ajoute : « L'auteur fait ici le mot Évangile du genre féminin quoique ce mot soit ordinairement de Tautre genre; il lui aurait été facile de changer cet endroit en mettant sois dévot : il nous dit ». Ici encore Mme de Se vigne peut servir de caution au poète, elle qui écrit : « Il ne se servit que d'une vieille Évangile ». Peut-être Boileau n'est-il pas tout à fait aussi impeccable pour les chevilles. Sans doute il les condamne âprement chez les autres :

Encor si pour rimer, dans sa verve indiscrète. Ma Muse au moins souffrait une froide épithète : Je ferais comme un autre, et sans chercher si loin, . J'aurais toujours des mots pour les coudre au besoin.

Et il cite les clichés poétiques de ses contemporains, les rimes prévues, non pareil et soleil, etc. :

Mais mon esprit, tremblant sur le choix de ses mots,

N'en dira jamais un, s'il ne tombe à propos.

Et ne saurait souffrir qu'une phrase insipide

Vienne à la fin d'un vers remplir la place vide.

Ainsi recommençant un ouvrage vingt fois.

Si j'écris quatre mois j'en effacerai trois. (S. II, 33-50.)

Pourtant dans cette môme satire où il se montre si sévère en théorie, on pourrait relever quelques lapsus. Certains mots semblent amenés plutôt par la nécessité de la rime que par les besoins de la pensée :

Sans ce métier, fatal au repos de ma vie.

Mes jours pleins de loisir couleraient sans envie. (V. 58.)

Et je serais heureux si, pour me consumer,

Un destin envieux ne m'avait fait rimer. (V. 07.)

i. Cf. Liltrè : « Mon cœur, ou à droit ou à gauche, est toujours plein de vous. • (Mme de Sévigné.)

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