‹ L'évolution du vers français au dis-septième siècleChapitre 163 sur 224 · Commentaire, L i5i · texte numérisé non relu

Commentaire, L i5i

5. « Pardonnez-moi les ratures que je fais à chaque bout de champ dans mes Icllres, (]ui m'embarrasseraient fort s'il fallait que je les décrivisse. • (A Brossette, p. 30.) — Cf. une de ces ratures, dans le fac-similé, p. 82. Il corrige une répétition de mots.

l'évol. du VEHS kh. 25

Le Lyrisme.

Ce serait un insoulenable paradoxe de ranger Boileau parmi nos vrais lyriques, sous prétexte qu'il a composé péniblement quelques odes. Ses tentatives suffiraient à justifier son dire * : la nature partage les talents entre les auteurs, et souvent on méconnaît son génie, on s'ignore soi-même lorsque, excellent satirique, un poète sage et pondéré s'imagine qu'il pourra, à force de patience et d'application, fabriquer une pièce conforme à toutes les lois du genre lyrique, et qui soit vraiment une ode. Son erreur est si forte, qu'elle ne constitue pas une simple illusion d'amour-propre personnel, mais un véritable système : au dire de Ménage, Boileau ne peut contester que Chapelain, « quoique poète fort dur, n'ait fait autrefois, je ne sais comment, une assez belle ode * ».

Le xix'' siècle, qui est devenu justement difficile, conteste toute aptitude lyrique à notre poète. Lamartine écrit en termes formels • « On ne peut plus dire que le Français n'a pas Tûme lyrique. Mais il est vrai de dire que Boileau ne l'avait pas dans ses odes ; il chantait sans lyre, il brûlait sans feu, il palpitaitsans soufile' ». Rien ne saurait mieux faire mesurer toute la distance qui sépare Boileau du lyrisme romantique, qu'une comparaison entre Victor Hugo et lui sur le même thème; pour égaliser un peu les chances, je choisirai mon exemple dans la prose de Victor Hugo : lisez dans le « Paris à vol d'oiseau » de Notre-Dame de Paris la fameuse symphonie des cloches, et ce finale superbe : « Dites si vous connaissez au monde quelque chose de plus riche, de plus joyeux, de plus doré, de plus éblouissant que ce tumulte de cloches et de sonneries; que cette fournaise de musique; que ces dix mille voix d airain chantant à la fois dans des Oûtes de pierre hautes de trois cents pieds; que cette cité qui n'est qu'un orchestre; que cette symphonie qui fait le bruit d'une

1. Cf. Musset, Le mie Prigioni : il y est question d'un ouvrage artistique

Très compliqué, Où Ton voit qu'un monsieur très sage S'est appliqué.

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