Annales, VIII
souvenirs, nous montre à quel point le succès de Boileau et de son Lutrin se maintenait : en 1782, escortant le comte et la comtesse du Nord, la baronne visite le Palais de justice et la Sainte-Chapelle : « Le grand chantre, M. Tabbé Bezon, le complimenta à son tour. Malgré soi, on pense au Lutrin^ lorsqu'on parle du grand chantre de la Sainte-Chapelle *. »
On sait que la réputation de Boileau a été durement cahotée à notre époque. Les prosodistes modernes se sont montrés quelquefois sévères pour lui, comme M. de Souza', ou injurieux, comme M. délia Rocca de Vergalo : « L école classique... n'^ produit que des chinois et quelques mandarins^ c'est-à-dire des gens stationnaires ^ ennemis de tout progrès et de toute civilisation. Elle a tellement prostitué la Poésie et YArt^ qu'elle a engendré Boileau, un ramolli^. »
Môme des esprits philosophiques assez indifférents aux querelles des écoles littéraires sont durs pour Boileau. M. Pérez ne voit en lui qu'une sorte de pitre, ayant le don de la parodie vulgaire, mais ne s'élevant pas jusqu'à l'imitation large, abondante, condition essentielle de l'originalité *. Il y a pis : un penseur qui savait allier à la profondeur et à l'originalité un sens littéraire exquis, Guyau, accumule les formules moqueuses quand il parle de notre poète : « Nous rions de l'honnête Boileau » qui « rencontre par extraordinaire quelques vers à peu près passables sur ce métier de rimeur auquel il était si peu propre^ ».
A (juoi devons-nous donc nous attendre, si, renonçant à défendre Boileau contre les philosophes, voire contre les prosodistes, nous demandons leur opinon sur lui aux grands poètes modernes? Que vont penser du bouc émissaire de la versification classique les plus grands représentants du lyrisme romantique? Eh bien, une très agréable surprise nous attend. Ces artistes, juges et parties, sont de la plus bienveillante impartialité pour Boileau. Ce n'est pas en effet dans la Réponse à un acte d'accusation qu'il faut chercher l'opinion de Victor Hugo sur « Nicolas • », mais bien dans ses conversa-