‹ L'évolution du vers français au dis-septième siècleChapitre 192 sur 224 · d., ibtd · texte numérisé non relu

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La rime très pauvre de retieiine avec inhumaine s'enrichit plus tard :

Mes frères, arrêtez. Gardes, qu'on les retienne ;

Joignez, unissez tons vos douleurs à la mienne. (I, 465, 1195.)

Quelquefois, au lieu de refaire un vers ou deux, Racine emploie un moyen plus radical : il ne se contente pas de remplacer une rime douteuse par une meilleure, il supprime un quatrain entier pour effacer une faute contre Texactilude *. Sa revision du reste n'est pas très minutieuse : il laisse subsister quelques-unes de ces faiblesses. A l'exemple cité par Louis Racine et reproduit plus haut il faut ajouter le suivant :

Je saurai t'épargner une chute si vaine.

Ah! ta chute, crois-moi, précédera la mienne. (I, 463, 1163.)

Dès Andromaque^ Racine atteint la perfection de son art : si nous en croyions son lils, trop modeste pour son père, celte pièce aurait fait « connaître que le jeune poète à qui Boileau avait appris à rimer difficilement, avait en peu de temps fait de grands progrès * ». Ces progrès incontestables sont-ils le fait du maître ou de Télève? Une simple hypothèse permettra de répondre : figurons-nous qu'au lieu de donner ses conseils à Jean Racine, Boileau ait prodigué ses leçons à Louis Racine : il n'aurait probablement pas été tenté de le réclamer bien haut comme son disciple, et ne se serait pas vanté de lui avoir appris à composer fortement des vers faibles.

Si notre Racine, grand poète de naissance, est devenu un excellent versificateur, on peut penser maintenant que Boileau n'y est pas pour grand'chose. Ce dernier a peut-être amené Racine à être plus difficile pour ses rimes qu'il ne l'était tout d'abord ; il a hâté chez son illustre ami une évolution qui se serait faite sans ses conseils , plus lentement peut-être. Grâce à Boileau , le mérite de la pensée , qui appartient tout entier à Racine , a été de bonne heure mis en valeur par certaines qualités de la rime : la fin du vers n'a pas été une chute ; au contraire, c'est là que la pensée s'est relevée ^ : on peut accorder que c'est grâce à Boileau que ce

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