‹ L'évolution du vers français au dis-septième siècleChapitre 195 sur 224 · Remarques^ I · texte numérisé non relu

Remarques^ I

420 UACINE.

parce que cette rime lui semble faible, et il refait le premier vers :

Avant qu il me cherchât, un orgueil inquiet. (I, 535, 240.)

Il ne faudrait pas en conclure qu'il recherche toujours Texaclitude de la rime, comme orthographe. Car il ne craint pas, à Tétonnement de Louis Racine, de mettre :

Par Texcès de leur haine ils semblaient réunis; Et prêts à s^égorger, ils paraissaient amis ^ Tant d'autres malheureux dont j*ai causé les maux Font déjà dans mon cœur l'ofilce des bourreaux *. Phœnix môme en répond, qui Ta conduit exprès Dans un fort éloigné du temple et du palais 3.

Mômes libertés sont prises avec les exigences d'une oreille délicate. Racine manque, et très fréquemment, à la règle de Malherbe qui interdit de faire rimer un monosyllabe et un dissyllabe, c'est-à-dire une diphtongue avec synérèse et une diphtongue où Ton trouve la diérèse. C'est ainsi qu'il fait rimer :

miens avec indi-ens (1, 525, 11); li-eîîs (II, 323, 1410); Lesbi-ens (III, 175, 471).

siens avec li-ens (I, 541, 371).

entretien avec li-ens (II, 407, 761).

soutien avec indi-en (III, 531, 1115).

dieux avec furi-eux, (III, 204, 1060); ingéni-eux (III, 163, 244); injuri-eux (III, 203, 1040); odi-eux (III, 208, ilhli); préci-eux (II, 339, 1746); religi-eux (II, 382, 165);

lieux avec ambiti-eux (I, 532, 187); ingéni-eux (III, 471, 94); injuri-eux (II, 435, 1314); odi-eux (III, 312, 152). mieux avec injuri-eux (I, 551, 611).

yeux avec furi-eux (I, 580, 1255); sédili-eux (II, 311, 1154), etc..

Pour les rimes en oi-ai, le meilleur exemple qu'on en puisse donner figure dans les Plaideurs :

Va, je t'achèterai le Praticien François.

Mais, diantre ! il ne faut pas déchirer les exploits. (Il, 175, 369.)

i, 1, 472, 1315; • mauvaise rime », dit L. Racine, Remai^ques, I, 53.

2. I, 483, 15H : « rime que Tauleur ne se permettra plus, et dont on ne Irouve point d'exemple chez les poètes exacts à la rime » (irf., iôid.j I, 54).

3. II, 113, 1455 : « rime qu'il faut mettre dans le très petit nombre de celles «lue s'est permises un poète si exact » (iV/., ibid, I, 152).

Racine, comme tous les grands poètes du xvii" siècle, profile de Tancienne prononciation , tombée en désuétude dans la causerie , mais conservée dans la déclamation ^

Pour les longues et les brèves, il n'hésite pas à se donner du large, même en ce qui concerne une règle assez plausible de Malherbe dont la formule a été reprise et bien rédigée par d'Olivet : « Une brève, à la rigueur, ne doit rimer qu'avec une brève, ni une longue qu'avec une longue. Toute la licence qu'on peut prendre ne regarde que les syllabes douteuses. » * Peut-être au fond Racine avait-il raison de négliger cette loi. Les rimes d'une longue avec une brève ne peuvent être très désagréables que si elles sont rapprochées jusqu'à se toucher, comme dans les ballades par échos :

Daigne protéger notre chasse,

Châsse

Archers, mes compagnons de fêtes.

Faites

Le cerf, s'échappaut de plus belle,

Bêle 3

Mais, lorsque ces rimes contestables sont séparées par toute la longueur d'un alexandrin, il serait d'une critique bien minutieuse, et presque mesquine, de les condamner sévèrement. Pour ces deux vers.

Son choix à votre front n'imprime point de taches; Son amitié n'est point le partage des lâches (I, 526, 41),

L. Racine et d'OIivet sont d'accord pour critiquer : « Je suis étonné, dit le premier, qu'il se soit permis cette rime.... Princesse rime h presse, parce que la différence de la prononciation n'est pas alors si sensible que dans ces mots taches et lâches * » . D'OIivet est encore plus tranchant : « ache long dans lâche, tache entreprise ; hors de là, bref ^ ». Les deux grammairiens ne s'entendent plus pour les finales en ace. Si d'OIivet à propos de ces deux vers,

Madame, au nom des dieux auteurs de notre race. Daignez à mon amour accorder cette grâce (III, 191, 810),

Page 1