I, cxu; cf. Allais, p
4. Il faut se régler sur ce que Chapelain écrit à Chevreau : • Je voudrais seulement que vous n'eussiez point examiné les Larmes de saint Piei^re, lesquelles il m'a désavoué lui-même comme un avorton de sa jeunesse : en elTet elles ne sont pas comprises dans l'édition principale de ses œuvres, et il pourra semblera ceux qui ne vous connaissent pas bien, que vous l'aurez voulu condamner en ce qu'il avait déjà condamné. • (14 septembre 1600, II, 97; cf. p. 107, note 1.) — Cf. Ménage, p. 220 : « J'ai souvent ouï dire à M. Guyet et à M. de Racan que l'auteur les désavouait. > H serait donc imprudent de prendre au pied de la lettre le jugement dithyrambique qu'il porte sur lui-même :
Les puissantes faveurs dont Parnasse m'honore, Non loin de mon berceau commencèrent leur cours; Je les possédai jeune, et les possède encore A la fin de mes jours. (I, 283, 141.)
ni
Hiatus et cacophonie.
Malherbe n'a pas inventé la règle de l'hiatus, qui du reste n'a jamais été ni impérative ni catégorique. C'était simplement en vers la suite logique de ce mouvement général qui, dans la prononciation française, diminue le nombre des hiatus, à partir du milieu du XI* siècle *. Elle n'est pas absolument rigoureuse après lui '. Avant lui, sans la respecter toujours, on a quelquefois des égards pour elle. C'est ainsi que Desportes, en écrivant ce vers :
Elle donne les lois à mon entendement,
évite de commettre un hiatus, grâce à remploi du pluriel, et cela de Taveu même de Malherbe (IV, 284). Celui-ci se contente de pousser les scrupules de ses prédécesseurs jusqu'au rigorisme. Il trouve qu'il y a hiatus, même quand les deux voyelles en présence sont séparées par une consonne muette. Desportes croit pouvoir dire :•
Ne peut laisser son nid, y fait maint et maint tour.
1. A. Darmesteter, Cours de grammaire historique, i" partie, p. 133-134.
2. On sait que Thiatus reparaît de plus en plus au xix* siècle, surtout dans ces dernières années. Parmi de nombreux exemples, harmonieux et poétiques, qu'on en pourrait citer, j'en prendrai un, où la rime du second vers justifie rbiatus du premier : pourquoi en elTet condamner entre deux mots l'hiatus qu'on admet très bien dans l'intérieur d'un mot ?
Le jour triste décline, et voici que tu erres, 0 mon rêve! devant les maisons mortuaires.
Du êilence, par G. Rodenbach, Revue de Paris et de Saint-Pétersbourg , mars 1888, p. 136.
Voici la doctrine contraire, soutenue par Edélestand du Méril : « Voltaire, Marmontel, M. Quicberat, etc., ne trouvent pas l'hiatus produit par la rencontre de deux mots plus vicieux que le concours de deux voyelles dans Tintérieur d'un mot; c'est oublier les premiers principes de la prononciation. La voix appuie nécessairement sur la dernière syllabe des mots pour en marquer la fin, el glisse si légèrement sur la voyelle qui en précède une autre dans le même mot, qu'on ignore quelquefois si elle a un son indépendant : diable, biais, gardien, hier. Une analogie complète ne pourrait d'ailleurs légitimer la conséquence qu'on en voudrait tirer; les sons désagréables, qui tiennent à la nature de la langue, ne justifient nullement les dissonances que la versification peut éviter. • Essai philosophique^ p. 111, note 3. — Cf. M. de Gramont, les Vers français et leur prosodie, 2* édition, p. 39-40 ; Pellissier, Traité théorique et historique de versification française^ nouveUe édition, p. 94.
Malherbe, sans tenir compte de la ponctuation, ni du repos à Themistiche, remarque que personne ne prononce nide^ mais bien ni, et que, par conséquent, il y a là tout au moins une rencontre fâcheuse de voyelles (p. 469). 11 en est de même pour ce vers :
A cheval et à pied en bataille rangée.
Malgré le repos du sixième pied, Malherbe critique cet hiatus pié en. Si Ton essaye de l'esquiver en prononçant piét en, on prononce comme un Gascon (p. 353); et Ton sait que Malherbe voulait dégasconner la poésie.
A plus forte raison, dans le corps d un hémistiche, Malherbe relève-t-il les cacophonies analogues. Desportes écrit :
Veut qu*au bien et au mal nous ayons part ensemble.
Malherbe trouve qu'il aurait mieux valu mettre : « veut qu'au bien et qu'sLU mal » ; le vers serait ainsi plus aisé à prononcer : on éviterait ce qu'il appelle, non pas Thiatus, comme nous, mais l'entre-bâillement (p. 393).
Ce qui rend ces scrupules de Malherbe plus exagérés encore au fond qu'ils ne nous le semblent au premier abord, c'est une particularité de la prononciation au xvii* siècle : on ne fait pas entendre les consonnes finales de la môme façon, lorsqu'on cause familièrement, ou quand on parle avec une certaine emphase, surtout quand on déclame : dans ce dernier cas on fait sonner toutes les consonnes finales. Et cet usage, constaté à la fin du xvii^ siècle, a tellement force de loi, qu'il se prolonge dans tout le xviii** siècle *.
La sévérité de Malherbe est donc excessive, d'autant qu'il avait à se reprocher plus d'une infraction à sa propre règle, plus d'une peccadille de jeunesse. Une de ses premières pièces, cette lamentation funèbre sur Geneviève qui vient d'être découverte, fourmille d'hiatus, et des plus durs :
Eussent deçà, delà, à secousses tremblantes.
Sous terre a été mise.
N'eut lui-même soufflé en la bouche les vers.
La fierté inhumaine.
Mène désespéré un lamentable deuil.
Mais làs! vous lui avez prodigué tout voire heur.