‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 10 sur 247 · XIV INDEX BIBLIOGRAPHIQUE ET ALPHABETIQUE · texte numérisé non relu

XIV INDEX BIBLIOGRAPHIQUE ET ALPHABETIQUE

TiERSOT. — Histoire de la chanson populaire en France. Pion, 1889.

ÏOBLER. — Le vers franrais. Traduction Breul et Sudre. Vieweg, 1885.

Vaugelas. — Remarques publiées par Chassang. Baudry, 1880.

Voltaire. — Commentaire stir Corneille, dans l'édition publiée par Beuchot. Lefèvre, 1830.

WoRP. — Lettres du Seigneur de Zuylichem à Pierre Corneille, publiées par M. Worp dans la Revue d'Art Iframatique, 1^'" septembre 1890.

AU XVir SIÈCLE

LA/VERSIFICATION de MALHERBE

Théories de Malherbe sur la précision et la pureté dans la langue poétique '.

"^ L'étude de la versification de Malherbe est intéressante en ellemême, que l'on sépare le poète du mouvement poétique qui l'a précédé et suivi, ou qu'on le considère comme un réformateur du passé et un maître de l'avenir. Mon intention n'est pas de montrer par quels points de détail il se rattache à l'école de Ronsard, la chose ayant été faite et bien faite -. Au contraire, prenant comme point de

1. J'appuie mon étude personnelle sur les derniers travaux parus : la Doctrine de Malherbe d'après son Commentaire sur Desportes, par M. Brunot (Masson, 1891) ; — Malherbe et la poésie française à la fin du xw" siècle, par M. Allais (Thorin, 1891). Toutes les références sont faites, sauf indication contraire, à l'édition de M. Lalanne dans la Collection des Grands Ecrivains.

2. Cf. Brunot, p. 45; Allais, p. 9 et suiv., 298, 393, 396, 402. Celait également une théorie de M. Renard, car on trouve indiquée cette idée qu'il devait soutenir : « Malherbe est en partie disciple de Ronsard », à la fin de cet excellent livre dont le seul tort est d'être trop court et d'avoir un titre trop long : De l'influence de l'antiquité classique sur la littérature française pendant les dernières années du xviu" siècle et les premières années du xix'. — Déjà, en 1841, Paul Ackermann émet cette idée que si Malherbe éprouve de l'antipathie pour Ron-

l'évol. du vers fh. 1

départ cette idée que, dans l'ensemble, Malherbe a rompu, pour la technique même de son vers, avec la Pléiade, j'étudierai son influence sur les poètes qui l'ont suivi : en un mot, je critiquerai la doctrine qu'il a imposée, plus ou moins, aux grands écrivains du xvii° siècle. On peut en effet, sans craindre de faire une étude superficielle, admettre que la poésie du xvii"" siècle commence avec Malherbe, et ne pas fouiller dans les profondeurs du xvi« siècle pour y trouver ses véritables racines, car en modifiant un peu la formule de Sainte-Beuve, très juste quoique très tranchante, je dirai que Malherbe coupe court aussi bien à Ronsard qu'à Desportes *.

C'est une poétique toute nouvelle qui commence avec lui et par lui. Seulement ce poète est en même temps un grammairien, et sa poétique est le dernier chapitre de sa grammaire. Il est donc bon d'étudier d'abord dans son talent ce côté qui a frappé ses contemporains au moins autant que son génie de versificateur. Balzac, qui n'est pas un détracteur de Malherbe, puisqu'il l'appelle respectueusement « son père ^ », voit surtout en lui un pédagogue, dont les élèves sont les courtisans du Louvre, un tyran des mots et des syllabes; c'est encore Balzac qui, malgré son respect plus ou moins fdial pour le poète, nous rapporte comme une vérité le jugement dans lequel Malherbe s'égaye sur son propre compte, et se définit un grammairien en lunettes et en cheveux gris. Balzac ne critique Malherbe qu'au point de vue catholique : la fin dernière de l'homme est-elle de faire de la grammaire? Voici du reste intégralement le passage dont on ne trouve jamais cité que le commencement : « Vous vous souvenez du vieux pédagogue de la Cour qu'on appelait autrefois le Tyran des mots et des syllabes, et qui s'appelait lui-même, lorsqu'il était en belle humeur, le Grammairien à lunettes et à cheveux gris. N'ayons point dessein d'imiter ce que l'on conte de ridicule de ce vieux docteur. Notre ambition se doit proposer de meilleurs exemples. J'ai pitié d'un homme qui fait de si grandes différences entre pas et point; qui traite l'affaire des gérondifs et des participes

sard, c'est qu'au fond il était son disciple rebelle [Du principe de la poésie, p. 60}. — J'aurai souvent l'occasion de citer la très curieuse brochure de M. Arnould, Anecdotes inédites sur Malherbe. C'est de l'inédit intéressant.

1. Tableau historique et critique de la poésie française au xvi* siècle. Préface.

2. Dissertation ou Diverses Remarques sur divers écrits, à la suite du Sacrale chrétien de 1632, p. 2". — Cf. les Poésies de Malherbe avec les observations de Ménaqe, seconde édition, etc., p. 293 et 504.

comme si c'était celle de deux peuples voisins l'un de l'autre et jaloux de leurs frontières. Ce docteur en langue vulgaire avait accoutumé de dire que depuis tant d'années il travaillait à dégasconner la Cour, et qu'il n'en pouvait venir à bout. La mort l'attrapa sur l'arrondissement d'une période, et l'an climatérique l'avait surpris délibérant si erreur et doute étaient masculins ou féminins. Avec quelle attention voulait-il qu'on l'écoutât, quand il dogmatisait de l'usage et de la vertu des particules.... La propriété, la régularité, la beauté même du langage ne doit pas être la fin de l'homme. Il ne faut pas songer aux roses et aux violettes, quand la saison de la récolte est venue *. » Au témoignage d'un disciple plus fidèle, de Racan, Malherbe répétait souvent et sérieusement qu'il serait considéré par la postérité, si toutefois il se survivait à lui-même, comme un excellent arrangeur de syllabes ; que l'on reconnaîtrait son autorité surtout sur les mots -. Et Boileau ne faisait que traduire très exactement en vers la prose de Malherbe, lorsqu'il le représentait

D'un mot mis à sa place enseignant le pouvoir.

Tout cela est plutôt le propre d'un philologue que d'un poète, et l'on peut dire sans trop d'injustice que si, suivant la formule consacrée, Balzac a fait faire sa rhétorique à la langue française, Malherbe a été son professeur de quatrième, j'ajouterai môme un professeur souvent pédant, à l'esprit parfois bien mesquin. Rien ne le prouve mieux que ce Commentaire sur Desportes qui, pour n'avoir été publié que dans ce siècle, n'en avait pas moins été composé par Malherbe pour l'instruction des auteurs de son temps, et avait fait certainement partie de son enseignement oral ^ Sainte-Beuve est presque indigné de l'étroitesse de ce Commentaire, parle de rigorisme, de malveillance et de mauvaise foi, ce qui est beaucoup dire. Il s'échauffe même jusqu'à soutenir que Malherbe n'était certainement

1. Socrate chrétien. Remarque sur des sermons, etc., p. 267-269. Balzac ne brûlait-il pas chez Malherbe ce qu'il avait adoré en lui-même?

2. Sa sévérité est proverbiale : il n'y a rien, dit Peiresc, « oii c'est qu'un chacun, selon la diversité de son humeur, ne trouve de quoi regretter beaucoup de choses qui eussent mérité d'en être retranchées, et souvent dans les plus anciens livres et les plus célèbres, si l'on y voulait examiner les choses et les conceptions si scrupuleusement et rie à rie comme faisait autrefois Malherbe ». Lettres de Peiresc aux frères Dupiiy, publiées par M. Tamizey de Larroque, dans les Documents inédits de r Histoire de France, III, 571.

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