VIII, 42S-i32; 39u-399 ; 6GS
2. VIII, 562-572: 654-659; 415-422, 620-625; 553-557; 324-328, 339-340.
l'homme lui-même se sert de ralexandrin, lorsqu'au lieu d'un dialogue avec Jésus il fait un monologue '.
C'est encore à l'alexandrin que sont dus les principaux mérites de cette traduction. C'est à lui que Corneille doit des strophes d'un véritable mouvement lyrique; elles sont rares : pourtant on pourrait en citer quelques-unes, celle-ci par exemple, sur le rythme :
8 8 8 8 8 8 8 d2 12 12 e a a e i i ée o ée o
Mais souvent quand Dieu nous appelle,
En vain son joug nous semble doux;
Quelque charme au dedans de nous
Fait naître un mouvement rebelle;
Souvent quelque attrait du dehors
Résiste aux amoureux efforts
De la grâce en nous répandue, Et nous fait, malgré nous, tellement balancer Qu'entre nos sens et Dieu notre âme suspendue Perd le temps d'y répondre, et ne peut s'avancer. (VIII, 88.)
Cette strophe est curieuse : elle est construite comme un sonnet licencieux dont le premier élément aurait été supprimé : on a l'impression en effet d'un quatrain et de deux tercets : mais surtout on perçoit nettement, à l'audition, un élargissement rythmique qui ne manque pas de grandeur, à la fin, le dernier tercet étant en hexamètres : la majeure partie de l'effet, dans ce mouvement lyrique, est donc due à l'alexandrin.
Remarquons de plus que les passages les plus touchants, comme fond, ne sont pas ceux qui prennent la forme de la strophe ni de la stance. Ainsi un des plus beaux morceaux est en alexandrins à rimes plates. (VIII, 153 sqq.)
Les bons vers isolés sont encore presque tous des alexandrins. Corneille traduit le Fili, venias ad me, quum tibi non fuerit bene par ce vers d'une bonté touchante :
Viens à moi, mon enfant, lorsque lu n'es pas bien. (VIII, 415, .3169.)
Il y a de la grâce dans la traduction de ce passage très plat : Quse mdificationis sunt :
Celles dont les vertus embellissent les âmes. (VIII, 62, ooo.) 1. VIII, 237 sqq.; 368-3"; 457-463, 496-503, 677-682.
LE LYRISME. {gg.
Il sait surtout bien rendre l'énergie du texte : Pro uno numismate^ interdum turpiter litigatur :
Souvent, pour peu de chose, on plaide obstinément. (VIII, 269, 204.)
Sur ce point, Corneille a été particulièrement heureux dans sa meilleure stance, celle de dix alexandrins. C'est là qu'on trouve ses plus beaux vers. Le texte donnait : Vanitas est carnis desideria sequi\ Corneille traduit :
Vanité de ctioisir pour souverains bonlieurs
De la chair et des sens les damnables caresses. (VIII, 33, 54.)
Gerson avait dit : Sicut ferrum missum in ignem amittit rubiginem et totum candens efficitw, sic homo intègre ad Deum se convertens, a torpore exuitur, et in novum hominem transmutatur. Corneille s'inspire heureusement de cette comparaison :
Et vois comme le fer par le l'eu dérouillé
Prend une couleur vive au milieu de la flamme :
D'un plein retour vers Dieu c'est là le vrai tableau;
Son feu sait dissiper les pesanteurs de l'àme,
Et faire du vieil homme un homme tout nouveau. (VIII, 197, 446.)
Quelquefois même Corneille sait ajouter une image au texte abstrait, tout en le condensant : Quoniam per militas tribulationes oportet nos intrare in regnum Dei :
Que les afflictions sont les portes des cieux. (VIII, 238, 1704.)
D'autres fois il développe au contraire le texte, mais en le fortifiant. Le thème de Gerson : Vile pretium quœritur, donne naissance à ces variations :
Un peu de revenu fait tondre les cheveux,
Chercher sur mes autels les intérêts des vœux,
Prendre un habit dévot pour en toucher les gages. (VIII, 269, 201.)
Du reste, en général. Corneille paraît se soucier plus de la précision que de la grâce : voici comment il traduit Aliiid isti aliiid illi magis deservit :
L'unestmeilleurpourrun,rautre à l'autre sert mieux. (VIII, 112, 1429.)
Je crois avoir mis en lumière, du mieux que j'ai pu, les beautés de cette traduction. Me sera-t-il permis maintenant d'en montrer les
défauts? Corneille m'en donne l'exemple, avec sa bonne foi ordinaire. Il écrit de Rouen, au père Boulart, pour lui demander ce que lui et ses amis voudraient voir corrigé dans la première édition, surtout pour ce qui regarde « la bassesse de r expression.... Car je suis de ceux qui ne se tiennent pas impeccables, et qu'un avis particulier oblige autant qu'une censure publique offense » (X, 459).
Du reste il faisait remarquer que si l'expression était basse, ce n'était pas toujours tout à fait la faute du traducteur : il se voyait souvent obligé d'orner le texte trop nu. Et comment? l'idée était un peu naïve : « J'y ai fait ajouter quelques ornements, pour suppléer en quelque sorte au défaut de ceux de la poésie qui ne peuvent entrer aisément dans cette traduction. Ce sont des figures de tailledouce *. »
Au fond Corneille pensait, judicieusement, que le graveur est un piètre collaborateur pour un poète, et que c'est une déception pour le lecteur s'il en est réduit à trouver prosaïque le texte, et poétique l'illustration. Aussi avait-il de son côté cherché à embellir la prose de Gerson, à y introduire lui-même des images. 11 demandait même sur ce point son avis au lecteur : « J'apprendrai par l'estime ou le mépris qu'il en fera, si j'ai bien ou mal pris mes mesures, et de quelle façon je dois continuer : s'il me faut étendre davantage les pensées de mon auteur pour leur faire recevoir par force les agréments qu'il a méprisés. » (VIII, 17.)
Nous avons vu que Corneille avait réussi quelquefois. Souvent aussi, il échoue ; il substitue à une pure abstraction des images qui se suivent peu. Gerson avait mis simplement : Nec illa trahiint eum ad desideria vitiosœ inclinationis ; sed ipse inftectit ea ad arhitrium rectse rationis ; voici la paraphrase du poète :
Bien loin d"être emporté par le courant rapide
Des /?o?s impétueux de ses bouillants désirs,
Il les dompte, il les rompt, il les tourne, il les guide,
Et donne ainsi pour bride
La raison aux plaisirs. (VIII, 42, 215.)
Même quand elles ne sont pas incohérentes, ces images ajoutées ne sont pas toujours heureuses : Exr sunt verba Christi quibiis admonemur quatenus vitam ejiis et mores imitemuv , si