‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 138 sur 247 · V. Hugo · texte numérisé non relu

V. Hugo

Il cria tout joyeux avec un air sublime : — L'avenir! l'avenir! l'avenir est à moi!

Non, l'avenir n'est à personne!

Sire! l'avenir est à Dieu!

A chaque fois que l'heure sonne,

Tout ici -bas nous dit adieu.

L'avenir! l'avenir! mystère, etc. '.

La pensée, chez La Fontaine, n'a pas de pareils rebondissements. Peut-être reprend-il ses avantages sur d'autres points. Alors que le lyrisme de la pensée est quelquefois prolongé chez V. Hugo par le lyrisme de la forme, en d'autres termes, alors que la forme continue

1. Chants du crépuscule : Napoléon II, poésie, t. III, p. 47.

quelquefois à être lyrique lorsque la pensée ne l'est plus; chez La Fontaine, grâce à la ductilité de son vers libre qui se modifie à l'inlini au gré de l'idée qu'il exprime, le lyrisme apparaît au moment précis où il est bien à sa place, puis la pensée reprend son niveau ordinaire : cela permet à La Fontaine de rester naturel, tout en atteignant par instants la grandeur de l'ode. Celte heureuse souplesse que Shakespeare donne aux poèmes dramatiques par le mélange de la poésie et de la prose, La Fontaine la transporte dans la poésie lyrique grâce à son vers libre. Aussi n'a-t-il pas craint de composer son Ode pour la paix en strophes si peu semblables entre elles comme nombre de vers, entrelacement de mètres et de rimes, que l'on peut se demander si nous n'avons pas là moins une ode divisée en strophes que des vers libres, lyriques quand la pensée grandit, doux comme une élégie par instants, ou simples comme une idylle. C'est toute la lyre K

On voit à quelle distance de Malherbe nous sommes arrivés. Du reste, dès 1658, La Fontaine expliquait comment il entendait suivre son prédécesseur,

Proximus liiiic, longo sed proximus intervallo :

C'est dans sa comédie de Clymène ^ :

APOLLON

Votre tour est venu, Calliope : essayez

Un de ces deux chemins qu'aux auteurs ont frayés

Deux écrivains fameux; je veux dire Malherbe,

Qui louait ses héros en un style superbe;

Et puis maître Vincent, qui même aurait loué

Proserpine et Pluton en un style enjoué.

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