‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 141 sur 247 · Cf. I, III, 90; I, 230, 189; IV · texte numérisé non relu

Cf. I, III, 90; I, 230, 189; IV

reniai'quci" encore <iue la diérèse se rencontre plus fréquemment dans les dernières œuvres que dans les premières : Molière semblerait suivre sur ce point l'usage du moment où il écrit; ce qui paraît prouvé par les citations précédentes, c'est que Molière veut avant tout faire facilement son vers, et que dans les mêmes syllabes, au besoin dans les mêmes mots, il fait ou ne fait pas la synérèse suivant les besoins du rythme.

Il en est de même pour les combinaisons de 1'/ avec un certain nombre de voyelles ou de syllabes; exemples de synérèse :

Sauter à notre cou plus que nous ne voudrions, fl, i82, 1230.) Sans que nous essuyions d'en partager la gloire. (II, 27G, 7i9.) Hé! merci de ma vie! Il en irait bien mieux. (IV, 402, 67 '.) Nous ne continuions cet office fidèle, Et ne prenions grand scia de nous dire entre nous. (V, 505, 970.)

Exemples de diérèse :

De ces Égyptien:^ qui la mirent ici. (I, lit, 73.)

La soî<missio;( prompte est grandeur de courage. (II, 318, 1605.)

Patience, mon coduv, doucement, doucement. (III, 191, 410.)

Si tout se gouvernait par ses ordres pieux. (\\, '^02, 68.)

La donation.... Oui, c'est une affaire faite. (IV, 502, 1569.)

Les envieux mourront, mais non jamais l'envie. (IV, 508, 1666)

Et leur conclusion fut que vous feriez bien. (IV, 505, 948.)

Il en est de même pour oi/ suivi d'une voyelle; il est rare que Molière en fasse une seule syllabe : sans parler, bien entendu, de ouï, qui est naturellement monosyllabe, on ne peut, je crois, citer que trois exemples de synérèse, trois exceptions :

La tête d'une femme est comme la girouette. (I, 484, 1266.)

Il vous faut yo«e/' d'adresse, et d'une âme réduite. (III, 248, 1284.)

Ouais! vous le prenez là d'un ton bien absolu. (IX, 195, 1640.)

Les exemples contraires sont la règle :

Oui. Je m'en réjouis et pour vous et pour moi. (II, 254, 362.) Pour mieux jouir du fruit de cette feinte mort. (II, 310, 1451.) Jouissez k celle heure en tyran absolu. (II, 311, 1462.) Je me réjouis fort, seigneur Arnolphe... — Bon ! (III, 170, 165.)

Enfin, dernier exemple assez singulier :

Un duel met les gens en mauvaise posture. (III, 5t, 279.)

1. 11 fallait que Saint-Evremond eût bien peu il'orcillc pour écrire : Nous nous taisons. — Sortez; c'est le mi-eu.x, je pense.

[î.es Académiciens, acte 111, se. ii.)

Il est vrai ([iic Molière a pour lui la prononciation du temps, mentionnée par Vaugclas : « Dueil est d une syllabe et duel de deux » ».

Jusqu'ici nous avons vu que Molière suit, pour la quantité d'un mot, la prononciation courante, ou bien que, pour les nécessités de son vers, il se guide quelquefois, non plus par la prononciation, mais par l'ortbographe : en un mot, il cherche partout des facilités; il en est de même pour l'emploi de Ve muet.

Lorsque, au milieu d'un mot, Ve est réellement muet, c'est-à-dire ne se fait pas sentir dans la prononciation, mais s'écrit pourtant, et n'est pas encore remplacé par un accent circonflexe, Molière le compte ou ne le compte pas, ad libilum. Vaugelas avait constaté la disparition de cet e dans l'orthographe et dans la prononciation : « Remercimenf. se doit aussi écrire et prononcer remer ciment, et non [)as remerciement avec un e après 1'/. Agrément, de même, et non pas agréement. Ainsi dans les vers on dit pmjray, louray, et non pas payeray ni loueray, ce sont des mots dissyllabes dans la poésie » (II, 136).

Nombre de vers, dans Molière, sont conformes à cet usage :

Certes, je Mavouend, vous êtes le modèle. (I, 415, 198.)

Vous me remercierez de ma rare conduite. (I, 466, 974.)

Quand tout contribuerait à votre passion. (I, 471, 1051.)

Voulez-vous deux témoins qui me justifieront. (I, 474, 1099.)

Je vivais tout en vous, et, je Vavouerai même. (I, 487, 1306.)

Je vous prierais bien fort de n'entrer point chez nous. (IV, 401, 36.)

Je ne me fierais^ moi, que sur un bon galant. (IV, 403, 72.)

Que je m'en soucierais autant que de cela. (IV, 417, 279.)

Et que jamais n'oubliera ma douleur. (VI, 430, 1296.)

Que vous désavoueriez, si vous tes aviez faites. (IX, 163, 1262.)

Dès ce soir à Monsieur je marierai ma fille. (IX, 177, I40o ^.)

Quoiqu'un peu moins nombreux, les exemples contraires ne sont pas rares :

Fût-ce mon propre frère, il me \dt. payerait. (I, 173, 1042.) Tu n'en vas recevoir le juste payement. (I, 465, 932.) Tantôt vous payerez de quelque maladie. (IV, 454, 802.) Mais que, de gayeté de cœur. (VI, 430, 1290 ^.) Si d'un peu d'amitié tu payeras mes vœu.\. (IX, 262.)

Page 1