LE PRÊT INDUSTRIEL
Nous avons vu comment, en d’autres pays, on applique le principe de l’organisation à l'instruction industrielle du peuple; et nous avons esqussé un projet d'adaptation de cette Organisation à la province de Québec, en tenant compte de nos limitations financières. Mais, comme nous avons essayé de l’établir dans une étude précédente, pour faire entrer nos compatriotes dans la voie du développement industriel, il
faut quelque chose de plus que des écoles, Comment donc atteindre ce but? Plusieurs peuples ont tenté avec succès des expériences à cette: fin, la Hongrie notamment, dont la transformation est toute récente, et qui offre plus d’un point d’analogie avec la province dr Québec. Ces exemples servent à démontrer que les peupies comme les économistes reconnaissent la nécessité du développement industriel, et qu'il est possible aux pouvoirs publics de le favoriser puissamment. Toutefois nous n’avons pas l'illusion qu'on puisse dans notre pays faire adopter des réformes bien radicales, Mieux vaut sans doute s’en tenir à une modification des choses plus graduelle et plus conforme au caractère de notre population. 11 ne s’agit donc pas d'encourager la construction de grandes et dispendieuses fabriques, encore moins de se lancer à l’aveugle dans des entreprises risquées.
Nous avons vu se généraliser dans nos vicilles } roisses la formation de syndicats de cultivateurs pour la fabrication du beurre et du fromage. Cela seul à suffi pour ramener l’aisance dans la plupart de nos campagnes. Pourquoi alors ne formerait-on pas dans les nouvelles paroisses des syndicats de colons pour la fabrication de la pâte de bois et de ses produits ? Nous voudrions que cette idée se répande, que le développement industriel ainsi compris s’étende à toutes les parties de notre territoire, ne se bornant pas seulement à un genre d'industrie, mais s'étendant au contraire à toutes les exploitations dont on trouve les éléments dans nos campagnes et nos bois. Voilà en quelques mots notre pensée sur le développement industriel dans la province de Québec ; c’est cette œuvre que le prêt industriel rendrait possible et facile.
Les bienfaits d‘un tel système deviennent très visibles lorsqu'on y réfléchit. Ce qui fait l'avantage des grandes fabriques c’est le bon marché de la production qui en résulte. Ici nous aurions une multitude de petites fabriques avec des résultats similaires. On comprend en effet que, supposant le cas où un syndicat de colons puisse obtenir par l'entremise du gouvernement un prêt au taux d’intéret de la dette publique pour l’achat de son matériel et ses premiers frais d’installation; supposant aussi que cette industrie soit conduite suivant les données scientifiques et par une personne entendue, les dépenses seront moins considérables que dans une fabrique conduite par un particulier. Ce dernier en fera sa principale affaire et vivra uniquement de la vente de ses produits; il devra payer le plein prix de la matière première et de la main-d'œuvre. Pour le colon manufacturier au contraire, la fabrication, bien qu’importante, ne serait néanmoins qu’un accessoire, une seconde corde à son arc, dont ne dépendrait pas entièrement son pain. Ce sera une industrie de paroisse, de famille, pour ainsi dire, et conduite un peu à la façon des industries domestiques. Il couperait lui-même
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soit sur les concessions de coupe cédées par le gouvernement au syndicat dont il fait partie, soit sur sa propre terre, le bois dont on fabriquera la pâte, préparant ainsi la terre à la culture tout en fournissant des aliments à l’industrie. Sa famille fournirait la main-d'œuvre à l'usine coopérative. 11 pourrait done vendre ses produits manufacturés à très bon marché et réaliser cependant un profit suflisant. Un tel 1.ouvement prendrait inévitablement, surtout dans nos paroisses nouvelles du Nord, une extension irrésistible. Nos forêts envahies par les nôtres ne donneraient plus asile aux spéculateurs nomades, A la suite du défrichement et de la colonisation alimentée par l'exploitation industrielle de la forêt, viendrait s'épanouir la grande culture, la seule remunérante de nos jours et que la prospérité et l'instruction auraient rendue possible,
C'est ainsi que nous pourrions devenir un peuple industriel sans cesser d'être un peuple agricole. Aïinei nous ne laisserions aucune de nos ressources inexploitées et nous serions enfin en sûreté. A l’heure qu’il est nous ne le < "ines pas. Un peuple n’est jamais en sûreté lcrsqu’il laisse inexploi 28 les ressources de son pays. S'il ne les exploite pas lui-même d'autres viendront les exploiter pour lui et se donneront ainsi un prétexte pour intervenir dans ses affaires. Ou bien encore il se formera dans le pays même une oligarchie industrielle qui n'est pas moins à craindre. L'histoire, à chaque page, nous en fournit des exemples. L'un ou l’autre de ces dénouements est la punition inévitable d’un peuple qui manque de vigilance et d’initiative. Or, lisons le portrait que nous trace M. Poultney Bigelow de ceux par qui nous sommes menacés d’asservissement industriel, si nous ne nous hâtons pas de nous mettre en état de lutter contre leur influence. Ce n'est pas une peinture engageante, “Le mercantilisme, dit-il, extravague aux Etats-Unis. Les Yankees convertissent en or leurs idées et leurs énergies. Les constructeurs de frusts (monopoles) font le reste. Ces rois de la finance exercent nécessairement une influence flétrissante sur les fonctionnaires ; ils créent toutes espèces de tentations, engendrent tous les tripotages. A Washington, j’ai trouvé un mépris cynique de la constitution. La corruption marche tête haute dans le gouvernement. Elle déshonore les chambres du Congrès, qui ne sont plus que des bureaux d’agiotage où l’on vend la permission de dépouiller le peuple. Législateurs, fonctionnaires de tout grade ne manquent pas une occasion de détourner à leur profit la prérogative officielle. J’ai eu connaissance de plusieurs cas spéciaux de tripotages flagrants, surtout en ce qui regarde la guerre des Philippines. Mille fonctionnaires y ont volé des montants gros ou petits. .... Il faut qu’en Amérique la conscience publique se réveille. Il lui faut, pour se délivrer de l’esclavage du capi-
talisme, des hommes et des femmes de la trempe de ceux qui la délivrèrent jadis de l’esclavage des êtres humains.”
Protéger notre pays contre un tel fléau nous semble une œuvre nécessaire, “Ces exemplaires d’une humanité de conquête, réapparus dans de si modernes conditions de guerre industrielle et dans ce décor contrasté où la civilisation la plus raffinée baigne à même en pleine barbarie ” — c’est ainsi que s’exprime M. Paul Bourget — ne sont certes pas des éléments que nous devins désirer voir s’implanter chez nous. Nous n’y échapperons pourtant pas si nous laissons inexploitées les ressources industrielles de notre pays. Si, au contraire, nous généralisons ces exploitations, nous pourrons, établis solidement désormais dans nos œuvres, attendre sans crainte ces envahisseurs, car les pays de bonnes conditions économiques ne sont pas leur milieu respirable.
Le prêt industriel est un projet financier destiné à dégager et à mettre en disponibilité une proportion suffisante des richesses naturelles de la province de Québec, pour former un capital qui devra servir à son développement industriel, autant que possible par des Canadiens.
Toute bonne opération financière doit s'appuyer sur des valeurs réelles d’une solidité absolue. Le prêt industriel aurait pour base les richesses naturelles de la province, dont le bilan soigneusement dressé serait connu du monde entier. Remarquons en passant que certains des gouvernements américains font présentement ce relevé de nos ressources pour leur compte.
Nous nous trouvons ici en face d’une opération double: emprunter sur .a garantie d’un capital réel non développé ; prêter à ceux qui se chargeront de mettre en valeur ce même capital.
Nécessité par conséquent, premièrement, de limiter les prêts aux industries dont la province fournit la matière première; deuxièmement, d’avoir la garantie que ces industries seront conduites avee une prudence suffisante et suivant les méthodes scientifiques. Sans ces deux conditions l’opération perdrait son caractère de stabilité. 11 faudrait donc, tout en respectant la latitude nécessaire en ces matières, déterminer d'avance par des lois, quelles industries seraient admises à bénéficier des prêts industriels, et à quelles conditions économiques et financières se feraient ces prêts.
Quelles industries seraient admises à bénéficier ? Ce seraient évidemment celles jugées avantageusement exploitables par le bureau de recherches scientifiques et industrielles. Et ce bureau formerait partie du système d’instruction technique de la province et serait attaché à l’organisation de l’école polytechnique centrale. Quant aux conditions des prêts, elles devraient être déterminées par le statut, Que ces prêts soient accessibles à tous, individus ou compagnies, disposés à se con-
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former à la loi. Cependant, pour que cette loi produise son plein effet, il convient de ne pas oublier en la rédigeant qu’elle est destinée surtout aux syndicats de colons désirant exploiter les bois d’industrie et autres valeurs industrielles qui peuvent se trouver à leur portée. Du reste, il nous paraît y avoir une distinction assez importante à faire au sujet des garanties de remboursement qui seraient offertes dans l’un et l’autre cas. Dans le cas de l'industriel ordinaire, cette garantie ne serait pas absolue, elle serait soumise aux vicissitudes ordinaires du commerce. Dans le cas d’un syndicat de colons, elle serait plus solide. Les opérations d’abord seraient plus facilement contrôlables, puis, dans la plupart des cas, il serait possible d'obtenir une garantie municipale pour le service des intérêts. De sorte que, tant au point de vue de l’intérêt public qu’à celui d’une bonne garantie financière, il semble que, toutes choses égales d’ailleurs, on devrait accorder la préférence aux syndicats de colons.
On pourrait donc, par ce moyen, sans toucher aux budgets ordinaires, trouver des valeurs qui permettraient à l’Etat d'emprunter et de prêter ou de garantir des emprunts pour des fins industrielles. Nous arrivons ici à une difficulté sérieuse. Puisque la permanence du domaine industriel de la province de Québec forme la base du système que nous étudions ici, il s’en suit qu’on devrait exploiter ce domaine sans l’aliéner, excepté en ce qui regarde les lots de colonisation. Le colon de bonne foi en fondant un établissement durable, donne en effet plus à l’Etat qu’il n’en reçoit. On peut quelquefois accroître la valeur du domaine public par de sages concessions du sol. Jusqu'à présent nous avons ignoré ce principe de la permanence de notre domaine industriel. Nous avons suivi avec assez d’insouciance la pratique générale des nations civilisées, laquelle a été plutôt d’aliéner que d’accroître le domaine national. Cette règle prévaut non seulement en Europe, mais aussi en Amérique, malgré les conditions différentes où se trouvent les nations américaines. En ces derniers temps néanmoins, on commence à soupçonner que la méthode contraire pourrait bien être la vraie, car l’établissement de vastes parcs nationaux est un pas important vers la conservation du domaine public.
La règle ici posée par les économistes paraît sage. Dans les pays où la culture est avancée et la population dense, disent-ils, il n’est pas avantageux pour l’Etat de conserver un vaste domaine public, quoiqu’il soit toujours sage pour un gouvernement de conserver et acquérir les forêts. Au contraire, dans les pays où la population est encore rare, VEtat peut profitablement conserver et agrandir le domaine public. Qu’on veuille bien remarquer qu’en parlant de laliénation du domaine
*P. Leroy-Beaulieu, Traité des Finances, tome I, p. 63.
public, je n’entends Pas, surtout pour notre province, la vente du sol seulement. Nous savons bien qu’en mettant aux enchères les “ limites ” pour la coupe de bois de commerce,! le gouvernement ne vend pas le fonds. Mais ne jouons pas sur les mots. Souvent ce fonds vaut peu ou rien. Ce que nous avons intérêt à ménager parce que c’est un vrai capital et souvent le plus important, c’est ce que produit ce fonds. Cet intérêt ne se borne pas à la seule valeur du bois. Tout énorme que soit cet intérêt, il en est d’autres qui ne le sont pas moins. Nous savons que ce sont les forêts qui régularisent l’écoulement des eaux et qui maintiennent par conséquent les pouvoirs hydrauliques nécessaires aux exploitations, sans parler de la protection des terres cultivées contre les inondations et autres inconvénients qui suivent le déboisement, Donc, au point de vue industriel comme à celui de l’agriculture, nous ne devons aliéner que l’usufruit de nos forêts. Permettre qu’on les dévaste, c’est vendre, c’est donner notre capital industriel à des gens qui euxmêmes souvent ne l’exploitent même pas ; c’est fermer la porte à la fois à la colonisation et à l’industrie et ouvrir toutes grandes celles de la spéculation et de l’agiotage.
Une modification dans le principe comme dans les dispositions de nos lois en ces matières, serait donc la conséquence nécessaire du système que nous exposons ici. Il importe que ces lois décrètent la permanence de notre domaine industriel et qu’elles pourvoient à sa protection contre tous les gaspillages. De telles lois jointes aux autres réformes industrielles ne resteraient pas lettre morte, ainsi que nous en avons vu tant d’exemples. On tenterait en vain d’en annuler les effets. En donnant enfin au colon les avantages dont il est depuis si longtemps privé, en mettant notre peuple en possession de son héritage, nous créerions autant de gardiens vigilants et intéressés du capital industriel national. Exploitant eux-mêmes ces richesses, ils en comprendraient enfin toute la valeur, et outre leur intérêt, leurs conventions et la loi, ils auraient au fond l'instinct patriotique d’user avec quelque modération de leur domaine national. Cette dernière considération fera peutêtre sourire les sceptiques. Cependant ce sentiment existe plus qu’on ne se l’imagine.
Cette méthode qui consiste à conserver la propriété et à maintenir la valeur de notre domaine public industriel, offre des avantages manifestes que tout penseur admet. Il est douteux pourtant que le public en comprenne bien toute l'importance. Un grand nombre d’économistes
L'expression bois de commerce est consacrée par l'usage. Elle indique bien que jusqu’à présent nous n'avons pas assez fait attention aux industries du bois. Si nos bois n'étaient dans le commerce qu'à l'état fabriqué, nous ne dirions plus bois de commerce, mais bois d'industrie,
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et de financiers, entre autres Emile de Laveleye, en France, Rau et Wagner, en Allemagne, vont jusqu’à dire que nous ne devrions aliéner aucune parcelle de notre domaine public, mais concéder les terres seulement par baux emphythéotiques de quatre-vingt-dix-neuf ou de cent cinquante ans. Ces idées sont évidemment peu pratiques, au moins dans notre province, et il ne peut être question de les appliquer aux concessions de lots de colonisation, qui du reste sont bien peu de chose comparés à notre vaste domaine industriel. Mais nous pouvons appliquer le principe de façon à lui faire produire tous ses effets en assurant la conservation permanente entre les mains de l'Etat et l’accroissement progressif de nos richesses industrielles, par tous les moyens que la science, l’expérience et le sens commun pourront suggérer. “ Nous n’hésitons pas, dit M. Leroy-Beaulieu, de nous déclarer partisan de cette méthode pour les contrées où une grande partie du territoire est encore inoccupée. Les Etats-Unis et l'Australie (et le Canada) pourraient éviter aux générations à venir toutes les difficultés financières et tous les embarras économiques contre lesquels luttent les peuples contemporains.” ? Il ajoute, il est vrai, que la réalisation serait lointaine. Elle ne serait pas si éloignée avec le système du prêt industriel qui rendrait possible la prompte mise en valeur 1ne portion notable de nos richesses naturelles maintenant improductives.
Lorsque M. Leroy-Beaulieu écrivait les lignes qui précèdent, il ne se rendait peut-être pas lui-même compte de toute l’importance de la question, surtout pour notre pays. Les spécialistes affirment que d’ici à cinquante ans il se produira une cat-strophe par suite de la rareté des bois. Ils ne voient de ressources pour le monde que la Norvège et le Canada. (Voir Congrès de Sylviculture, Expos ion de Paris, 1900, discours de M. Mélard, inspecteur des Forêts de France.) C’est presque dire que, sous ce rapport, nous tenons entre nos mains le sort de l’univers. Nous serions donc bien coupables si en de telles circonstances nous négligions notre devoir et nos intérêts en restant inactifs.
Pour les fins de cette étude, il importerait peu que le gouvernement prêtât directement aux industries, ou indirectement par l’entr. mise d’une banque, comme cela se pratique dans certains pays. Nor avouons cependant que vu les lenteurs ordinaires et le peu d’élasticité de toute œuvre officielle, la garantie d’Etat à une institution financière, avec de sages lois rendant les prêts suffisamment faciles, . > tourant de garanties raisonnables, nous paraîtrait de beaucoup prétéerable. Des prêts qui seraient faits dans de telles : vnditions, au taux de l'intérêt de la dette publique, plus un faible intérêt additionnel des-
? Traité des Finances, tome I, p. 66.
tiné à couvrir Je service, l’amortissement, et l'impôt industriel, atteindraient, Croÿons-nous, le but désiré.
Telle est l’idée dans ses grandes lignes. Nous Ja soumettons avec la conscience que des difficultés pratiques considérables s'opposent à
mède à bien des maux. Le succès d’une telle Mesure donnerait lieu à une augmentation considérable du revenu ; inspirerait une confiance plus grande et Proportionnelle à Ja richesse publique ainsi acquise ; créerait un Capital canadien qui se porterait acquéreur des bons de notre Souvernement, permettant ainsi avec le ternps de diminuer l'intérêt de la dette et d'augmenter d’autant l'impôt sur les prêts industriels sans nuire à l’industrie. Si nous SUpposons en effet, pour les fins de la dé-
vingt millions de moins que la province n’a donné en subvention aux voies ferrées) prêtés à cinq Pour cent, l'intérêt de ces prêts représentera un demi-million de dollars, dont 300,000 affectés au paiement de l’intérêt de la dette publique, et le reste, 200,000, représentant une augmentation de revenus. C'est ainsi, nous disent-ils, qu'un Etat nouveau peut tirer des ressources importantes et Permanentes de son domaine public sans le sacrifier ni l’amoindrir ; c’est ainsi que le fantôme de la taxe di- ' recte qui a tant et si longtemps hanté nos populations, sera enfin relé- | &ué dans l'oubli, Pour faire place à un Système financier qui raffermira nos institutions provinciales. Mais ces considérations n’entrent pas dans notre sujet et nous ne voulons pas nous y arrêter. ‘
Nous avons aussi trouvé beaucoup d’improbateurs, à commencer Par celui qui vit se dresser derrière notre modeste étude l’hydre du socialisme sous la figure de Louis Blanc. D’autres nons ont fait re- Marquer, et leur objection est fondée, que nous nous exposerions à prêter sur la garantie de l’Etat, à des industriels sans expérience et par conséquent à courir de grands risques. 1] n’est pas douteux en effet que linexpérience technique et industrielle de notre population ne soit ; au début la cause de beaucoup de Mécomptes ct d’insuccès. C’est précisément pour cela que nous avons insisté sur l'importance non seule.
ment d’une école centrale polytechnique, mais aussi sur celle d’un bu- = reau de recherches industrielles qui serait pour le Souvernemer, un ‘ guide sûr dans son œuvre d'encouragement aux industries. etat de
choses qu’on redoute ne serait du reste que temp-raire, La compé- Ù
tence s’acquiert vite lorsque l'instruction théori : et ja pratique
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marchent @le front. Trois ou quatre années suffisent pour former un homme de profession libérale. Pourquoi en faudrait-il davantage pour préparer les jeunes gens à Ja carrière industrielle ? Tournez l’idée populaire du côté de l’industrie et vous aurez bientôt une génération industrielle, de même qu’une génération guerrière surgit en Italie à la suite des victoires françaises.
Peut-être l’objection la plus plausible et aussi la plus dangereuse, parce que beaucoup de gens la répètent, et que si elle était vraie elle ferait tomber comme un château de cartes l'édifice que nous avons essayé d’édifier, est celle-ci : votre idée de prêt industriel est inutile et dangereuse parce qu’elle est inutile. Toute idée, toute entreprise qui a de la valeur, trouve des capitaux pour l’appuyer. Si vous ne trouvez pas de bailleur de fonds, c’est que votre affaire ne vaut rien ou que vous-mêmes êtes incapable de la faire prospérer. Si nous réduisons cette objection en syllogisme, nous aurons ce qui suit :
Toute idée, toute entreprise qui a de la valeur trouve des capitaux pour l’appuyer.
Votre idée, votre entreprise ne trouve pas de capitaux.
Donc elle est sans valeur.
Ou encore.
Tout homme vraiment capable de conduire une entreprise industrielle trouve des capitaux.
Vous ne trouvez pas de capitaux.
Donc vous êtes incapable de conduire une entreprise industrielle.
C’est ainsi que raisonnent une foule de personnes, Ce sont là des sophismes qui ne sauraient soutenir un examen sérieux. Si beaucoup de gens les répètent, c’est que de tous temps les sophistes furent plus nombreux que les philosophes. Une des conséquences logiques qu’on pourrait tirer de pareil raisonnement se trouve dans cet autre syllogisme:
Toute entreprise industrielle exige un capital.
Le capital se défie de toute expérience nouvelle.
Donc vous ne devez rien entreprendre de nouveau en fait d’industrie.
Du moment qu’on s’acharne surtout dans un pays nouveau comme le Canada, à défendre et à proclamer seul acceptable et même seul respectable, un état de choses qui repose sur l’attente du bon plaisir d’un capital libre de se prodiguer ou de se refuser, c’est dans de pareilles absurdités que l’on tombe. Ix capital, dans le sens plus restreint que lui donnent les économistes, n°a pas toujours existé. Il n’est vas très difficile de remonter aux origines du capital industriel de chaque pays. Ceux qui voudront bien faire ces recherches resteront convaincus que, faisant la part de la différence des temps et des circonstances, il y
Pour commencer Je développement de leurs ressources industrielles. Notre Projet n’est done Pas révolutionnaire 5 il est aussi vieux que
Sans remonter bien loin dans Phistoire, l’Allemagne nous offre l'exemple d’un Peuple qui d’agricole est devenu industriel grâce à l’assistance des autorités, La Hongrie, plus récemment encore, est entrée
des articles dont la matière Première se trouve dans le Paÿs, ainsi qu’à toute entreprise fondée en vue d’occuper l’industrie domestique d’une région sur une plus grande échelle”. Ces faveurs Consistent en exemption d'impôts, en aide pécuniaire temporaire, et en instruction. C’est le Système que nous Proposons pour Ja Province de Québec, avec 1 aide pécuriaire est là-bas une subvention et non
remarque Ja fabrication qu Papier, de la pâte à Papier, des paniers peints, et bien d’autres dont nous pourrions avoir dans notre Pays presque le monopole. Les Hongrois, qui, selon Jean Frollo dans un article récent, ne comptent que pour sept millions sur une Population
Pays, et leur assure même la Prépondérance dans l'empire autrichien, La Hongrie, nous Pavons déjà fait observer, offre plus d’une analogie avec la province de Québec. £a grande réforme accomplie par ce peuple
est depuis longtemps établie. C’est le contraire qui forme la règle générale, et l’on cite avec étonnement les exceptions. Et cela sans tenir
absolue de cette Proposition, nous Pourrions en fournir même d’offcielles. 1] 2’ÿ aurait pour cela qu’à citer les travaux publiés dans les rapports du bureau des ‘industries d’'Ontario, Surtout celui de 1897. M. J.-W. Patterson, l’auteur d’une série d'articles sur les questions ou-
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vrières publiées dans le Journal d'Ottawa, mais dont nous sommes loin d'approuver toutes les idées, décrit d’une façon älausante, dans son article du 31 août, les déboires d’un malheureux jeune homme qui par
qui lui est faite, n’est Pas chargée, car nous avons été nous-même témoin de faits analogues.
évidemment faux. C’est d’un Point de vue plus élevé qu’il faut envi. sager la question. Lorsqu'il s’agit de créer un Mouvement industrie]
Nous nous tenons prêts à les discuter et à leg défendre, ou encore à céder aux argumente de gens mieux inspirés, Sur un point tout le monde sera d'accord, Nous devons prendre une part active et énergique dans Ja grande lutte industrielle que les hommes d’expérience Nous prédisent à brève échéance, et qui viendra certainement.