CHAPITRE III
Quelles furent en ces circonstances la politique douanière du gouvernement et la politique de cré-
dit de la banque de Pologne ?
Politique douanière du gouvernement.
Le défaut de production obligeait le gouvernement à faire apppel à l'importation, et à pratiquer à cet effet une politique essentiellement libérale.
Le libéralisme de cette politique douanière gouvernementale tendait à diminuer les prix en augmentant l'importation, et même en appliquant des tarifs de faveur pour certains articles de consommation quotidienne.
Commercants et industriels étrangers, profitant de ce libéralisme, vinrent inonder la Pologne de leurs produits, au grand détriment de la production indigène. Ce courant, pour produire un effet salutaire eut dû, en quelque sorte, être rapide et brusqué, il se montra au contraire trop lent en pratique pour provoquer les eflets attendus et, par sa lenteur
même, il a causé toute une suite de manifestations indésirables.
Les marchandises étrangères introduites à bon compte sur le marché polonais à la faveur du « Dumping » ne firent pas baisser les prix, ni diminuer en conséquence le coût de la vie, elles s’adaptèrent promptement au niveau des prix locaux, ou, pour mieux dire, la différence des prix devint une prime à importation.
D'un autre côté, les produits locauxse vendant dans des conditions plus restreintes, le prix de revient en augmenta tout naturellement, ce qui mit des entraves au commerce polonais sur les marchés étrangers, et rendit, de cette facon, l'exportation plus difficile.
Enfin, cette introduction des marchandises étran gères sur le marché entraîna, par voie de conséquence, un‘contre-courant de devises et de valeurs étrangères qui ne furent pas sans contribuer à la baisse du zloty.
La Pologne ne put du reste persister longtemps dans son libéralisme douanier, elle ne put s’y maintenir que durant une année. L'attitude de ses voisins, en particulier de l'Allemagne, la poussait d’ailleurs à l’abandonner.
Il était difficile, en effet, de maintenir le système de la liberté tandis que l'Allemagne interdisait à partir du 45 janvier 1925 l’importation de la houille polonaise. La Pologne a été obligée, pour combler le déficit, d'établir de nouveaux tarifs pour toute
une série de marchandises.
Et quand l'Allemagne a interdit, à la date des 3 et 6 juillet 1925, l'importation d'autres articles de provenance polonaise, la Pologne s'est vue forcée d'appliquer de nouveaux droits pour parer aux restrictions allemandes. Elle a publié, à son tour, une nouvelle liste de marchandises prohibées.
La politique commerciale de l’Allemagne n’a pas été la seule raison pour laquelle la Pologne a réglementé l'importation. Cette attitude lui a été également dictée par la défense énergique de la balance commerciale. L'équilibre de la balance polonaise des comptes dépend en très grande partie de la balance commerciale, la Pologne ne disposant pas de sources importantes de capitaux étrangers. C’est pour cette raison qu'elle a été obligée de prendre le chemin d’une règlementation sévère de l'importation de certaines marchandises. D'ailleurs, l’allègement des droits de douane pour toute une série de denrées d'usage quotidien, allègement destiné à abaisser leur prix sur le marché intérieur n’aurait-il pas
provoqué l'augmentation exagérée des importations.
B Politique de crédit de la banque de Pologne.
Au moment où la Banque de Pologne ouvrait ses guichets, la vie économique du pays setrouvait, pour ainsi dire, totalement privée de l’aide du crédit de la part des institutions bancaires privées. Les banques dont le gros de l’activité avant la guerre,
reposait sur des opérations avec les capitaux de leur clientèle, se trouvaient complètement privées de ces capitaux par suite de la dévaluation du mark polonais dont l'effet immédiat avait été la disparition complète du sens de l'épargne. Chacun cherchait à parer à l'effondrement des capitaux qu’il pouvait posséder en les plaçant, soit dans des immeubles, soit dans des entreprises industrielles,
Le 31 janvier 1924, le montant total des dépôts en possession des banques affiliées à l’union des banques de Pologne, s'élevait à la somme dérisoire de 21.000 zloty.
Dès l'instant où la monnaie se trouva stabilisée, on vit se créer des conditions favorables à la concentration des épargnes, et à l’accumulation des capitaux indispensables au développement de la vie économique. Il est évident, cependant, que la reconstitution des capitaux ne pouvait s'effectuer à une allureaussirapide que celle à laquelle ils avaient été détruits par l'inflation.
Au 31 décembre 1924, le montant total des dépôts dans les banques considérées, s’élevait à 190 millions de zloty. Jusqu’en juillet 1925, date du premier flé-
chissement dela monnaie, ils ne cessèrent de croître pour atteindre au 31 décembre de cette année 315 millions de zloty.
D’autre part, au cours de l’année 1924, on fondait de grands espoirs sur la politique de crédit qu’allait suivre la banque de Pologne nouvelle venue sur le marché. Le rapport présenté par le Conseil d'Admi-
nistration de cet établissement pour l’année 1924 donne à ce sujet d’intéressantes indications rappelées par M. G. Zdziechowski, dans son rapport général sur le budget 1925 « la politique de crédit de la Banque, y est-il dit était dans l'étroite dépendance de l’état des réserves et de la couverture en métaux précieux ». Grâce à l’augmentation des réserves, les crédit purent s’accroître sensiblement, ils avaient,de la fondation de la banque à la fin de l’année,augmenté de 293 millions de zloty, soit 241 %.
Plus d’une fois, il fut fait pression sur la banque pour l’amener à se départir sur ce terrain de son extrème pr udence. Afin de répondre à satâche principale, la défense du zloty, la banque, disait-on, ne devait pas nécessairement s’en tenir au maintien du niveau de la couverture de ses billets.
Tel n’était pas l’avis du Conseil de la banque qui jugeait indispensable de conserver à la monnaie des bases aussi solides que possible et continuait malgré les sollicitations d'observer une politique d'émission très prudente.
Cette nécessité n’a d’ailleurs pas été la seule cause des restrictions de la banque en matière de crédit. Il lui était en effet impossible d'ouvrir aux entreprises des crédits à long terme qui leur eussent cependant été si utiles. Il lui fallait, et ce par sa nature même, se limiter aux crédits pouvant servir de couverture à ses propres billets de banque, c’està-dire les crédits de courte durée. Aussi, bien fréquemment, les maisons les plus en mal de crédit
n'avaient pas en portefeuille de lettres de change susceptibles de convenir à la banque de Pologne.
Voici d’ailleurs l’état des crédits accordés par la banque au cours des années 1924 et 1925 :
AU DONNEES LORS T MRerenire 92 AO UEULS Or ON ET MEET 173 Au 30-septembre 1924 .: ...:.,%:.:.: 281 AuSldécembre102440.2, her 315 ATOUT ARBRE TD TR PRES DR ME 378 PATES ADO 2DE TA A NOR 364 AU OUBEDLEMDEE LES RASE 334 Au ol déeembreti se ei iessaure 341
le tout évalué en millions de zloty.
On sait que, malgré ces précautions, le cours du zloty commença à fléchir dès le mois de juillet 1925. Ce phénomène n’était dû ni à une politique de crédit trop libérale, ni à l'inflation (de la part de la banque tout au moins). Il provenait pour la plus grande part de la diminution des réserves des devises étrangères à la banque, et en dernière analyse du déficit considérable de la balance commerciale.
Ce déficit était dû à des causes diverses : d’abord la mauvaise récolte de 1924 transformant en produits d'importation des exportations habituelles du pays, puis la baisse du prix du sucre et du charbon sur de grands marchés européens.
Il faut signaler aussi la grande importance qu'avait prise l'émission des billets divisionnaires du Trésor, moyen commode de parer aux insuffisances du budget. Le montant en circulation de ces billets dépassait 300 millions au mois de mai 1926.
Malgré la déflation énergique pratiquée par la banque de Pologne sur ses propres billets, et qui eut pour eftet de restreindre davantage encore le crédit, on conçoit que, devant cette considérable inflation latérale, les efforts de l'institut d'émission dussent demeurer vains.
Enfin, la Banque de Pologne, pendant ces deux premières années de son fonctionnement, usa de son influence pour maintenir au plus bas niveau possible le taux de l'intérêt sur le marché privé.
Aux institutions financières désireuses de profiter de crédits de réescompte, la banque posa comme condition de ne pas appliquer à leur clientèle de taux supérieur au double du sien propre.
Ses eftorts tendirent aussi devantle déficit marqué de la balance commerciale à favoriser de son mieux l'exportation. Dans la restriction générale du crédit, elle continua à faire bénéficier d'un traitement de faveur les affaires travaillant pour l'extérieur, et appliqua même un taux d'intérêt de faveur à l’'escompte des traites étrangères provenant d'opérations d'exportation de marchandises. On se rendait compte en effet que, des possibilités d'extension du champ d’activité de la banque en matière de crédit, dépendait le succès des efforts tentés en
faveur de l’exportation.