INTRODUCTION
La Russie, par son immense étendue, l’importance de ses gisements, ses fleuves et ses forêts, a depuis longtemps attiré l’attention des économistes. Sa situation géographique, qui fait de cette nation un ensemble mi-européen, mi-asiatique, lui donne une place particulière parmi les grands pays.
À certaines époques de l’histoire, la Russie a joué un rôle politique considérable, notamment dans les temps modernes, depuis le début du xix® siècle. Toutefois, ses caractères ethniques, son régime politique et social, ainsi que son éloignement relatif des pays à civilisation plus avancée, ont retardé l’évolution de la Russie qui a dû faire un gros effort dans le dernier quart du xix® siècle, pour se mettre au niveau industriel des grandes nations européennes.
Un quart de siècle a suffi à la Russie pour prendre sa place parmi les nations arrivées à un haut degré de culture industrielle. L’Exposition Universelle de Paris,
en 1900, a permis de constater que la Russie était née à la vie intellectuelle, non seulement dans les sciences et les arts, mais encore dans les principales branches industrielles. Aux expositions précédentes, on avait vu des produits un peu informes et dépourvus de l’estampille du progrès ; en 1900, on a constaté les résultats d’une évolution extrêmement rapide, presque sans précédent dans l’histoire de la civilisation.
Des causes d’ordres divers ont exercé leur influence sur cette évolution. Dans l’ordre psychologique, nous rappelons que, le 19 février 1861, le tsar Alexandre IT donnait la liberté et l'indépendance à des millions de paysans. Jusqu’alors, le moujik se trouvait dans une situation comparable à celle des esclaves de l'antiquité, il ne pouvait être propriétaire même de sa personne, sa condition juridique était presque celle d’une chose, objet de droits.
Depuis le jour où cette dépendance absolue vis-à-vis du seigneur a disparu, les qualités latentes du peuple russe se sont extériorisées, puis développées très rapidement. En acquérant l’aptitude à la propriété, l’homme du peuple prenait conscience de ses devoirs sociaux, dont le plus important est le Travail, générateur du bien-être collectif et de la prospérité nationale.
Ce réveil de la conscience du peuple n’était pas suffisant et les résultats que nous avons signalés n’auraient pas été atteints si ces forces, à l’état potentiel, n’avaient été utilisées dans des circonstances favérables.
Parmi ces circonstances, il convient de mentionner la collaboration étrangère, qui s’est principalement exercée par les capitaux investis dans les affaires russes.
CMARERTE
La présente étude comprendra trois parties :
La première sera consacrée à la période comprise entre la fin du x1xe siècle et la Révolution de 1917.
La seconde rappellera les origines de la Révolution de 1917, les institutions du régime soviétique et les modifications territoriales de la Russie.
La troisième exposera les résultats de la période comprise entre la Révolution de 1917 et la fin de 1926.
La conclusion présentera les prévisions d’avenir qu'il est possible d'envisager.
Nous nous proposons de donner à cette étude un caractère objectif entièrement impartial. À cet effet, nous nous écarterons le moins possible du point de vue économique, bien que la Politique et l'Economie soient diffcilement séparables. En 1917, une nouvelle Russie est née ; ainsi que le dit Lydia Bach dans l’'Introduction de son ouvrage : Le Droit et les institutions de la Russie soviétique : « Cela est arrivé, que nous l’ayons voulu ou non, et personne n’y peut rien changer. Pour le passé s'entend, car l’avenir est à tout le monde. »
En rédigeant cette étude, nous n'avons pas eu la prétention d’écrire l’histoire industrielle des périodes impériale et soviétique. Nous avons voulu seulement établir un parallèle entre les deux régimes, particulièrement au point de vue de la production. Il nous a semblé que le meilleur moyen d’atteindre ce but était de présenter, en quelque sorte, l'inventaire du passé comparé à la situation présente.
Ce n’est pas l’histoire de la Révolution que nous avons voulu écrire. La seconde partie de notre exposé n’est qu’un bref historique des événements qui ont déterminé
la chute du régime impérial et l’évolution du soviétisme, du communisme intégral au socialisme d'Etat.
Nous adressons nos remerciements à M. le Professeur Oualid, de la Faculté de Droit de Paris, qui a bien voulu nous aider de ses conseils, ainsi qu'aux diverses personnalités russes de l’ancien et du nouveau régime qui nous ont indiqué ou fourni des sources de documentation.
Nous exprimons également notre gratitude à la Société d'Etudes et d’Informations Economiques qui a mis a notre disposition le Bulletin quotidien qu’elle publie depuis 1919.