‹ L'Évolution Industrielle Russe: Depuis la Fin du XIXe SiècleChapitre 53 sur 127 · Le papier · texte numérisé non relu

Le papier

L'industrie du papier naquit en Russie dans la geconde moitié du xvie siècle ; mais c’est Pierre-le-Grand

qui contribua personnellement à l'introduction de cette industrie en Russie, en allant étudier lui-même à l’étranger l’art de Ja fabrication du papier. À son retour, il fonda trois fabriques, deux à Saint-Pétersbourg et une à Moscou, avec la collaboration de techniciens étrangers qu’il avait amenés avec lui.

La première machine à fabriquer le papier fut installée en 1840. En 1862, on comptait déjà 160 fabriques, mais c’est à partir de 1880 que l’industrie du papier entra dans une phase active, lorsqu'on commença à utiliser la pâte de bois au lieu du chiffon.

La fabrication de la pâte de bois a été créée en Finlande peu de temps après son apparition en Allemagne, son pays d’origine. En 1871, la Finlande possédait deux usines ; en 1886, elle en possédait six, fabriquant 12 tonnes de pâte, en 1897, 19 usines atteignant une production de 50 tonnes. Les progrès rapides de cette industrie en Finlande s'expliquent par la quantité considérable de bois à bas prix, par la force motrice hydraulique, d’un prix de revient très faible, et par le voisinage de la mer réduisant les prix du transport. Une partie de la fabrication finlandaise était consommée en Russie, une autre partie était exportée.

D’autres régions produisaient en même temps de la pâte à papier, et près de 30 usines étaient établies, principalement dans l’ouest de l’Empire. Pour l’ensemble de la Russie, en 1897, 39 usines produisaient 57.600 tonnes, dont 4.000 étaient exportées. ,

Les trois facteurs conditionnant la production de 1a celiulose sont : la qualité des bois à bas prix, la proxi-

mité de la mer pour l'exportation, les réactifs chimiques. La région Baltique et la Finlande répondaient aux deux premières conditions, qui sont les plus importantes. Dans le nord-ouest et le sud-ouest de la Russie, le bois étant à bas prix, les fabricants de papier annexaient à leurs usines des fabriques de cellulose pour leur propre consommation.

Pendant longtemps, les réactifs chimiques étaient achetés à l'étranger. Dans les dernières années du xixe siècle, la région Baltique utilisa les hypochlorites de chaux russes, et beaucoup d’usines se servirent des pyrites de la région houillère voisine de Moscou et de J’Oural.

L'importance de la consommation du papier est fonction du degré de civilisation d’un peuple. Plus une nation est avancée, plus elle consomme de papier. En Russie, cette consommation à augmenté dans des pro-

portions considérables à partir de 1890. Aussi, malgré

l’importance de la production nationale, l'importation de la cellulose augmentait-elle d’année en année, ainsi que l'indique le tableau suivant :

ERNST EME NE NI RE RES EE 2.704 tonnes ENS IRAET ECNRERCrREER D LAOMREE En ABB ARE ET COR ONRS 12.640% = En LS, LE ES Ne RARE 15.680 =

La plupart des fabriques de papier d'Europe sont établies au pied des montagnes qui fournissent du bois et de l’eau courante. Par contre, en Russie, ces fabriques étaient presque toujours situées dans les centres industriels correspondant à cinq régions que nous allons examiner.

La Finlande produisait des papiers d'imprimerie à bon marché ; elle fabriquait également de bonnes qualités de papier à écrire, de papier à lettres et de papier à cigarettes ; cette dernière catégorie était considérée comme la meilleure de la Russie.

La région Baltique-Pétersbourgeoise et la Pologne fabriquaient le papier à cigarettes, le papier à dessin, le papier de Bristol et le papier à lettres.

La région du Sud-Ouest produisait du papier écolier, du papier à lettres et du papier d'emballage.

Le Centre fabriquait des qualités diverses comprises entre les plus hautes qualités du papier à lettres et le papier d'emballage le plus commun.

Le Sud et le Sud-Est produisaient beaucoup moins que toute autre région de l’Empire et la consommation . de leurs produits était principalement locale.

Le goût du public russe se raffinant de plus en plus la demande du papier de luxe augmeñtait d'année en année. La production ne répondant pas à la demande, l'importation de ces papier suivait une marche ascendante, ainsi qu’en témoignent les chiffres ci-dessous :

Terre A NT AMEN REA 704 tonnes

DR OPEN ele are à 1.088 SV RU ONE PARA ER PRRR ee OT RG) 1.378 —

Dans la catégorie des articles de papier, le papier à cigarettes occupait la place la plus importante, la fabrication russe étant arrivée à éliminer l’importation française.

La fabrication des papiers peints se perfectionnait au point de vue technique et artistique ; des écoles d’art

EA

industriel formaient des artistes dont les dessins se faisaient déjà remarquer à l'exposition de Nijni-Novgorod, en 1896. La reliure et le cartonage suivaient la même progression.

Certaines usines, marchant résolument dans la voie du progrès, avaient fondé des écoles ou ateliers d’instruction destinés à donner un enseignement théorique et pratique à leurs futurs contremaîtres.

Dans les premières années du xx® siècle, il y eut une crise grave de l’industrie du papier. Cette cerise était due principalement à la concurrence de l’industrie finlandaise. Plusieurs qualités de papier avaient augmenté en quelques-années, de 300 à 400%, car, malgré l’augmentation de la production, la demande n'était pas satisfaite et il était nécessaire de faire appel à l’importation. De 1910 à 1912, les usines russes avaient presque doublé leur production; mais, au cours de la même période, les importations avaient presque triplé, ainsi que l'indique le tableau suivant :

Production Importation Proportion Années russe de Finlande en % 1900 166.400 tonnes 20.800 tonnes 12,5 1906 200.000 — 52.800 — 26,4 1908 232.000 — 67.800 — 29,2 1910 256.000 — 86.400 — 33,7 1912 296.000 — 120.000 — 40,5

Les papiers finlandais trouvaient des débouchés non seulement dans les régions voisines, mais encore dans le sud de la Russie et même en Sibérie, jusqu'à Irkoutsk et Vladivostock.

Toutefois, en étudiant de près les statistiques, on constatait que l'augmentation des importations se rapportait principalement à la cellulose. Cette constatation est mise en évidence par le tableau suivant, établi pour les importations de Finlande en Russie :

Papier de Années toutes catégories Cellulose importé importée 1913 88.624 tonnes 2.768 tonnes 1914 92.896 — 5.040 — 1915 105.680 — | 29.488 —

L'augmentation considérable des importations en 1915 s'explique par la fermeture des grandes usines de Waldhof et de Kassirev qui fabriquaient à elles seules 120.000 tonnes de papier par an, sur un total de 168.000 tonnes pour tout l’Empire.

4, — Le cuir

L'industrie et la préparation des peaux existent en Russie depuis les temps les plus reculés ; dès le x£ siècle on travaillait à Kiew des cuirs de diverses espèces, mais jusqu’au règne de Pierre-le-Grand l’art du tanneur était extrêmement primitif et les produits n'étaient pas bons malgré l'excellente qualité des matières premières, Pierre-le-Grand, créateur de l’armée régulière, grande consommatrice de cuir, prit une série de mesures tendant à améliorer les procédés de la tannerie Cette industrie fit des progrès rapides ; dès la fin du xvirie siècle, l'exportation était déjà considérable et

les cuirs russes acquéraient une solide réputation à l'étranger.

Dans la première moitié du xix£ siècle, les industriels russes au lieu de perfectionner leur outillage et d’améliorer la qualité de leurs produits, cherchaient surtout à réduire leur prix de revient, aussi la concurrence étrangère, principalement américaine, arrivait-elle à inquiéter l’industrie russe.

A partir de 1870, sous l’effet de cette concurrence et pour répondre aux exigences de l’Intendance Militaire, l'industrie du cuir entra définitivement dans la voie du progrès. Les grandes villes construisirent des abattoirs modernes et il fut possible de prescrire de meilleurs procédés pour le dépouillement des animaux et pour la conservation des peaux. Les procédés primitifs de graissage et d’assouplissement utilisant le goudron et l'huile de poisson firent place à des procédés nouveaux basés sur des principes chimiques inconnus en Russie jusqu’alors. C’est ainsi que, dans les dernières années du xiX° siècle, on fit usage d’un nouveau tan extrait d’une espèce ligneuse de l'Amérique du Sud, le québracho.

En même temps que l'outillage et les procédés de fabrication se perfectionnaient, l'importation de la matière première de l'Amérique et des Indes croissait. La Russie devait, en effet, s'approvisionner en grosses peaux de buflles et de bœufs, car elle ne possédait pas de races de bétail pouvant fournir des peaux de cette qualité. |

Dans les dernières années du x1x° siècle, l’industrie du cuir existait dans 84 gouvernements et provinces et elle était représentée par 2.200 fabriques environ.

Le gouvernement de Varsovie occupait la première place 4ant par sa production que par la valeur de ses produits. Le gouvernement, et particulièrement la ville de Saint-Pétersbourg, venait ensuite ; on y produisait surtout les semelles et les courroies de transmission. Les autres centres importants étaient les gouvernements de Moscou, Tver et Nijni-Novgorod.

À côté de la production des cuirs, celle des articles ; en cuir constituait une branche d'industrie assez importante. Au premier rang de ces articles on peut placer la chaussure, par ordre d'importance décroissante : la fabrication des harnais et celle des gants.

Le tableau suivant, extrait de l’ouvrage précédemment cité d'Edmond Théry, fournit des renseignements sur le commerce des peaux et des cuirs, entre la Russie et l'étranger. Les nombres indiqués sont exprimés en milliers de roubles.

Peaux préparées Peaux non préparés Articles fabriqués on apart LE pétlaion Topurieton, Exportation 1901 5,512 680 8.814 6.13 2.235 345 1906 10.059 1.204 8.426 18.553 4.704 638 1908 , 15.543 960 14.542 14.913 5.036 683 1909 17.249 803 15.967 22.904 3.845 778 1910 23,153 1.054 16.988 16.884 4.268 849 1911 20.861 998 17.034 29.114 4.828 852

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