‹ L'évolution juridique dans les diverses races humainesChapitre 192 sur 525 · V. — RÉCAPITULATION · texte numérisé non relu

V. — RÉCAPITULATION

Tout ce qui précède montre nettement qu'au point de vue de la justice, comme à tous les autres, la Chine a évolué, en quelque sorte malgré elle, en s'efforçant de conserver autant que possible les primitives coutumes des ancêtres. L'Empire des Célestes étant une monarchie barbare, c'est le souverain, qui, directement ou par ses délégués, doit administrer la justice. Mais ce monarque omnipotent s'efforce de respecter autant qu'il est en lui la justice primaire des clans consanguins d'autrefois.

La justice administrative des Chinois est simple encore; elle ne s'est pas spécialisée, n'est pas représentée par un corps de fonctionnaires spéciaux; le mandarin tient en main tous les pouvoirs, comme l'empereur, dont il est le représentant. Pourtant la hiérarchie judiciaire esta plusieurs degrés ; mais on s'arrange pour que les appels soient rares. Afin d'empêcher les juges de prévariquer, on a pris de soupçonneuses précautions; néanmoins le pouvoir laissé au mandarin-juge est encore énorme.

Sur un point, la Chine a résolument rompu avecles mœurs

A . Code pénal chinois, division VI, section cclvii.

LSTYURNEAU. — L'Évolut on jnrid:quc. 12

des primitifs empires barbares où la vie des sujets-ne compte guère. Au contraire, l'empereur de la Chine veut que toute sentence capitale ne soit exécutoire qu'avec son approbation personnelle. Précaution paternelle, singulièrementamoindrie d'ailleurs parles exigences de la raison d'État, qui justifie les exécutions sommaires.

Dans la pénalité, qui, comme tout le reste, se rattache directement aux origines, on conserve au moins nominalement un certain nombre de peines dites € expressives » attestant le primitif talion. Dans le supplice de la « mort lente » éclate encore le féroce désir de vengeance, base primaire de toute justice. — L'application de la bastonnade en grand et à doses savamment graduées nous semble une pénalité fort grossière. Mais il ne faut pas oublier que le principe du gouvernement est familial; le souverain, qui prétend traiter ses sujets comme des enfants, les châtie de même. Enfin les mœurs étant devenues plus douces que les lois, le rachat des peines, sur lettres de grâce d'obtention facile, a considérablement atténué, dans la pratique, la rigueur pénale.

Le code chinois est d'ailleurs plein de contradictions. Ainsi en proportionnant la gravité de l'expiation à l'élévation du rang social, il montre un vif souci de la véritable justice et dépasse de beaucoup les pays les plus civilisés de notre Occident. Au contraire l'excessive partialité avec laquelle est traité le père de famille, le droit de vie et de mort que, tacitement, la loi lui accorde sur ses enfants, la dureté avec laquelle est punie la femme mariée sont des survivances flagrantes de la primitive sauvagerie.

Dans la répression du vol, dans celle des délits se rattachant aux c mœurs », nous retrouvons le même mélange de grossièreté et de délicatesse. En châtiant, par exemple, le mari complice de l'adultère de sa femme, le code chinois est plus moral que la plupart de nos codes occidentaux. —

Au contraire, pour la magie, pour la criminalité religieuse, la législation des Célestes se ravale absolument au niveau des États les plus sauvages. En résumé, la justice chinoise se peut comparer à une vieille maison, dans laquelle on aurait voulu tout conserver : le vieux aussi bien que le neuf.

Page 1