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délits contre les mœurs et l'adultère, semblables en cela à leurs congénères, les Kabyles.
Chez les TouAreg, c'est le talion familial, qui est le fond de la justice criminelle, et ce talion est fort sauvage encore, nullement réglementé; les vengeurs peuvent impunément commettre sur le meurtrier en leur pouvoir les cruautés les plus raffinées. Les autres délits, contestations ou conflits, sont, chez les Touareg, jugés par l'assemblée des hommes du clan ou de la tribu, par tous les guerriers jouissant de leurs droits politiques : c'est la justice républicaine et, seules, les populations de quelques oasis, ayant adopté le régime monarchique, y ont renoncé.
Quant à la Kabylie toute entière, elle a conservé l'organisation et la justice de la Iribu républicaine, quelque chose d'analogue à ce qui existe chez les Peaux-Rouges, mais avec des perfectionnements, des améliorations dénotant une race plus relevée. De la justice familiale, dominant encore en Kabylie, relèvent un grand nombre de crimes et délits. Lafamillea droit de haute justice sur ses membres et aussi le devoir étroit de les venger; car le talion primitif est la base du droit. Pour les meurtres, l'opinion publique va même jusqu'à interdire la composition pécuniaire. Les causes qui intéressent la communauté ou qu'on lui défère sont, comme chez les Touareg, jugées par l'ensemble des citoyens; mais, pour arriver à une plus exacte justice, la djemâa, la commune, nomme volontiers des juges-arbitres, récusables d'ailleurs pour certains motifs raisonnables et bien déterminés. La communauté distingue déjà soigneusement le meurtre volontaire, le vrai meurtre, du meurtre accidentel. Pour ce dernier, elle permet à la famille du mort de pardonner; elle veut môme que la réconciliation soit publique, solennelle, afin de prévenir tout retour de vengeance; elle va plus loin encore en exigeant une sorte d'adop-
tion du meurtrier involontaire par la famille de sa victime.
La justice kabyle, comme la justice guanche, est impitoyable pour l'adultère, pour la cohabitation illégitime; mais, en étant d'une singulière indulgence pour d'autre ignobles attentats aux mœurs, elle montre bien que, pour elle, les infractions à la fidélité conjugale, -les rapports sexuels illégitimes, sont plutôt des torts matériels, des vols que des fautes morales.
La sévérité avec laquelle la justice kabyle réprime le vol en général est grande, mais elle dénote pourtant unicertaine délicatesse morale; car on distingue entre les volsel l'on punit surtout sans pitié ceux qui impliquent une lâcheté plus grande de la part de leurs auteurs ou ceux qui portent préjudice à la communauté. De même que pour les attentais aux mœurs, cette justice châtie les attentats à la propriété non pas comme des fautes morales, mais comme de simples dommages. Aux yeux des Kabyles, c'est surtout le vol dans le sein delà communauté qui est blâmable, et cette manière de voir est aussi très primitive. Ce qui ne Test pas moins c'est le système des responsabilités collectives, applicable non seulement à la famille, mais même à la tribu.
En somme, la justice kabyle, c'est-à-dire la forme la plus avancée de la justice chez les Berbères, est fort archaïque encore. C'est la justice de la tribu républicaine, mais amende*', améliorée, s'efforçant consciencieusement, quand elle le peut, de découvrir la vérité; appréciant, il est vrai encore, assez grossièrement les principaux délits; admettant cependant déjà des responsabilités morales, des préjudices moraux; montrant toujours un vif souci des intérêts de la communauté; allant même jusqu'à admettre des délits agricoles, des délits contre les plantes et les animaux utiles. — Pour la justice, comme pour l'organisation politique, la race kabyle se distingue donc des races primitives : elle a de l'avenir.