‹ L'évolution juridique dans les diverses races humainesChapitre 274 sur 525 · I. — LE TALION f · texte numérisé non relu

I. — LE TALION f

Pendant bien des siècles, prétendre que tout n'est pas admirable dans la Bible et dans les institutions du c Peuple de Dieu », c'était tout simplement commettre un blasphème et l'esprit biblique n'est pas précisément tendre pour les blasphémateurs. Quelque chose de cet aveuglement fanatique subsiste encore en plus d'un pays chrétien, au moins dans l'opinion du vulgaire, et le plus curieux, c'est que cet état mental est ordinairement sincère. Tant ont de pouvoir l'influence de l'éducation et le prestige de la tradition! Néanmoins, pour tout esprit émancipé, la Bible a perdu son auréole de sublimité; ce qu'on y cherche seulement et ce qu'on y trouve, ce sont de précieux renseignements ethnographiques et sociologiques. Grâce à elle, nous pouvons nous faire une suffisante idée de la manière dont les Hébreux ont conçu et pratiqué la justice.

11 va sans dire que la justice hébraïque a eu des admirateurs de parti pris; elle en a même encore et pourtant elle n'est guère plus raffinée que celle des Arabes, avec laquelle elle offre d'ailleurs plus d'une analogie. Par plus d'un côté même, elle est inférieure à cette dernière; mais elle a eu certainement une origine identiqueet une évolution de même ordre. C'est au sein des hordes nomades errant en Arabie, à une époque préhistorique, qu'a pris naissance la justice sémitique, aussi bien celle des sectateurs de Moïse que celle des dévots à Mahomet.

Chez les Juifs, comme chez les Arabes, nous trouvons instituée, dans les temps protohistoriques, la justice familiale, dite patriarcale. La Bible nous apprend que le chef de

famille, de clan plutôt, exerçait sur les siens un pouvoir despotique, assez analogue à celui du pater familiûs de la Rome primitive. Ce patriarche était un souverain minuscule, jugeant, contractant des alliances, expulsant, condamnant même à mort1. Ainsi Abraham chasse Agar et son fils Ismaêl, en leur donnant pour tout viatique une miche de pain et un vaisseau plein d'eau : c Abraham, s'étant levé le lendemain matin, prit du pain, une outre d'eau, qu'il remit à Agar, ei les lui posant sur l'épaule; puis, il la renvoya, elle et soi fils. Agar alla errer dans le désert de Beërscheba*. » Il est difficile de se débarrasser à moins de frais d'une femme gênante. On ne saurait donc douter que le patriarche eût sur h siens le droit de haute et basse justice, de vie et de morLh seule légende du sacrifice d'isaac suffirait à l'établir. Ene&t nous y voyons que, sans la moindre hésitation, Abraham prépara l'holocauste de son enfant, dès qu'il reçut l'ordre d'lahvé3.La Bible nous le montre sellant son âne, fendant son bois et saisissant son couteau, tout simplement comme s'il agissait conformément à un droit incontestable. A une époque postérieure, les enfants hébreux étaient encore mis»

mort, non seulement pour avoir frappé, mais même pour atoif maudit leur père ou leur mère4. Bien plus, la simple désobéissance pouvait, à la requête des parents, être punie de h lapidation : « Si un homme a un fils désobéissant et rebelle* n'écoutant ni la voix de son père, ni celle de sa mère, châtie, mais insensible à la correction, alors, le saisissant, son père et sa mère le mèneront aux anciens du bourg et vers laporte de l'endroit : « Celui-ci, diront-ils aux zéqénim, c'est notff c fils, désobéissant et rebelle, n'écoutant point notre vo».

1. Genèse, xxi, 21-31. — lbid.f xxxviu, 18-29 (trad. Ledrain).

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