Leg. Alaman., LXXXV. — Leg. Bavar., XVI, ch
Pourtant quelques traits généreux tranchent sur le fonds barbare de la justice germanique et dénotent une race supérieure. Ce sont : l'horreur pour la trahison, la ruse, la lâcheté et surtout la protection spéciale s'étendant sur la femme. Sans doute, cette sauvegarde couvre la femme uniquement en tant que reproductrice; elle constitue néanmoins un progrès et s'étend aussi sur l'enfant encore à naître, ce qui est également nouveau et honorable; car la plupart des codes barbares ne se préoccupent point de l'avortement. C'est peut-être au besoin de se multiplier pour mieux occuper les pays conquis, qu'il faut attribuer ces mesures tutélaires; mais le christianisme doit bien y être pour quelque chose et il est douteux qu'elles aient été antérieures à la conquête.
La manière de rendre la justice a aussi évolué en Germanie suivant le mode ordinaire. C'est d'abord la communauté virile, qui fait fonction de juge et plus souvent d'arbitre ; puis elle se décharge de cet office sur un petit nombre de jurés, les rachimbourgs, jugeant publiquement sous la direction d'un graf élu. Ensuite le délégué du souverain, le comte, remplace le graf, quand le pouvoir monarchique s'affermit. En même temps l'inégalité sociale se reflète dans les lois; la pénalité varie avec la classe à laquelle appartient le condamné ; elle s'aggrave beaucoup pour ce qui lèse la personne ou les biens du maître temporel, du prince, ou des maîtres spirituels, du clergé. On en arrive même, fait sans autre exemple, à décréter des peines contre les pensées nuisibles au roj# — Toute cette justice barbare, qui nous est maintenant si connue, nous allons la voir persister plus ou moins pendant le moyen âge, puis revêtir enfin le caractère féodal.