Dalton, Ethnol. of Bengal, 2i
tort, coup pourc oup, mort pour mort. Mais la petite communauté s'intéresse toujours à ce talion sauvage; elle fait à l'individu ou aux siens un devoir de se venger; elle se déclare solidaire de celui de ses membres qui a commis le méfait; elle le venge, s'il ne peut se venger lui-même. Toute affaire criminelle, quoiqu'en principe individuelle, revêt donc un caractère collectif.
De cette solidarité même finit par résulter une certaine atténuation du droit de vengeance. On a beau faire corps avec tous les membres de son clan, pourtant on ne saurait ressentir, exactement comme l'individu lésé, l'offense personnelle qu'il a subie. On en arrive donc sans trop de peine à conseiller et même à préférer des compositions, des indemnités, qui ont l'avantage de profiter à la communauté tout entière, tandis que verser le sang est en définitive une joie individuelle et stérile, si vive qu'elle puisse être.
Quand il existe des chefs élus, des conducteurs guerriers, leur influence s'exerce dans le même sens. Déjà la situation de ces chefs, leur élévation relative les porte à planer un peu au-dessus des passions de leurs compagnons, à se solidariser moins étroitement avec eux. Enfin ils ont intérêt à ne pas affaiblir leur groupe en laissant sacrifier des guerriers coupables peut-être, mais dont le bras peut être utile un jour de bataille. Pourtant ces chefs ne jouent encore que le rôle de conseillers ou d'arbitres. Quelques-uns d'entre eux pourtant, auxquels des actions d'éclat ont donné un prestige particulier, s'essayent déjà avec succès à remplacer les conseils par des ordres et commencent ainsi à fonder la justice monarchique, destinée à prendre dans l'avenir un énorme développement.
Dans ces sociétés primitives, nous voyons aussi poindre des pratiques, qui, en se régularisant, persisteront à travers les Ages : le duel, qu'il faut considérer comme un talion
réciproque; le serment, quand la religion commence à intervenir dans la vie sociale, mêlant déjà, ordinairement pour le malheur des sociétés, le sacré et le profane.
Ces deux grands éléments juridiques nouveaux : la justice selon le chef, le roitelet, et la justice selon le sorcier, le féticheur, nous allons les voir s'accentuer, se développer en étudiant dans le prochain chapitre, la justice chez les tribus monarchiques de la Polynésie et de l'Afrique nègre.