CARACTÈRE DES POLYNÉSIENS
les noirs supérieurs plus ou moins croisés avec les races blanches. La littérature des races mongoliques et mongoloïdes, dont je commence maintenant Tétude, a plus d'ampleur que celle des races noires. Nous Talions suivre dans les diverses phases de son développement, en allant, comme d'habitude du simple au complexe, du Polynésien au Chinois, après avoir passé par les principaux degi'és intermédiaires. Ce chapitre sera consacré tout entier à la littérature polynésienne; mais avant d'aborder l'étude des manifestations esthétiques de cette race, il ne sera pas inutile d'en faire brièvement la psychologie.
En général, et par toute la terre, le caractère des primitifs se rapproche plus ou moins de celui de nos enfants ; sur ce point tous les observateurs sont d'accord ; mais c'est surtout, quand on l'applique aux insulaires polynésiens que l'observation frappe par sa justesse. En effet, leur mobilité est extrême. Tout les ébranle; tout les agite. Le moindre accident arrivé à Tun des leui's ou même à un étranger les émeut extrêmement; mais l'impression est fugace et meurt, comme elle naît, en un instant. De même que l'enfant, les Polynésiens peuvent rire et pleurer presque simultanément. C'est avec une extrême facilité que coulent leurs larmes : un chef néo-zélandais en répandit parce qu'un matelot anglais avait jeté de la farine sur le plus beau de ses manteaux (1). Sans la moindre hésitation, les Polynésiens sacrifiaient tout pour obtenir un brimborion, un objet de panire : des verroteries, des plumes rouges, des dents de baleine, etc. A une hache, à un outil de charpentier, etc., ils préféraient un ruban, un colifichet (2). Pour avoir des plumes rouges, un chef vint même offrir sa femme au capitaine Cook (3). La plus petite de ces précieuses plumes suffisait à payer le plus gros de leui-s porcs (4).
En résumé, les Polynésiens en étaient encore à cette phase
(1) Dumont d'Urville, vol. II, 398.
(2) Marchand, Hisl, univ. voy,, vol. XV, 420.
.3) Cook (2« voyage), Hist. univ, voy,, vol. VIII, 239. (4) làid., 53.
ÉtoLUTION UTTÉRAIBJB. 6
inférieure du développement mental, où l'homme sent beaucoup plus qu'il ne pense. — En même temps leur intelligence, quoique supérieure à celle des nègres primitifs, était bien faible encore. Ainsi, quoique leur numération fût décimale et suffisante pour nombrer des millions, ils ne comptaient guère au-delà de mille et encore avaient-ils besoin de s'aider de tiges de noix de coco, avec lesquelles ils marquaient les dizaines. Une tige plus grande que les autres servait à figurer la centaine. Pourtant une faculté était puissante chez ces grands enfants (1); c'était la mémoire et spécialement la mémoire littéraire. Leurs bardes (harepo) pouvaient chanter ou réciter les traditions, les légendes de la race, sans interruption, pendant des nuits entières (2). Mais il est probable que, dans ce cas, l'air, le lythme soutenaient leur mémoire, comme les tiges de cocotier les aidaient à compter.
La langue polynésienne, parlée dans de très nombreux archipels et îles, depuis l'île de Pâques jusqu'à la Nouvelle-Zélande, était extrêmement musicale. Tous les mots commençaient et finissaient par une voyelle (3). Par suite, dans les improvisations poétiques, les rimes naissaient d'elles-mêmes. Aux îles de la Société, les consonnes dures, le K, le V, le G, n'entraient jamais dans la composition des mots. On ne trouvait ces consonnes qu'à la Nouvelle-Zélande, aux Marquises, aux Sandwich, dans l'Archipel dangereux, c'est-à-dire dans les îles habitées par les types les plus énergiques de la race (4). La langue polynésienne était d'ailleurs enfantine ; c'est, de tous les idiomes connus, celui où la duplication des syllabes est le plus commune. En outre cette langue était tout à fait impuissante à exprimer les plus simples abstractions, aussi les Polynésiens usaient et abusaient des comparaisons, des métaphores toujoui-s tirées d'objets connus. L'image leur était absolument
,'i/ Ellis, Polynesian Researches, I, 91. (2 Mœrcnhout, Foy. aux iles^ etc., I, 506. (3; Mœrenhout, loc. cil.f If 415.
(4; Mic/., 1,406.