acte de la marche, et à moins que nous ne voulions séparer l’un
4) Problems, ete., p. 260.
de l’autre, les deux se font en même temps tout naturellement : un seul acte de volonté amène l'exécution des deux phénomènes. Le langage articulé fournit un bon exemple de la combinaison des mouvements musculaires. 11 faut, pour chaque lettre de lalphabet, une action simultanée, un effort voulu, de la poitrine, du larynx, de la langue. Ces groupements d'action, d'abord impossibles, se font avec le temps et acquièrent une cohésion qui rappelle l'instinct le plus tenace.
Le processus de la combinaison de plusieurs idées simples en une seule idée complexe ou composée est absolument analogue au processus de combinaison de plusieurs mouvements musculaires isolés en un seul mouvement simultané et complexe. De même que la coordination musculaire dépend de l’action simultanée d'un certain groupe de centres nerveux dans le but d'obtenir l’action combinée d’un certain nombre de muscles, de même nous devons supposer qu’une idée générale ou composée dépend de l’activité simultanée de plusieurs centres nerveux qui régissent les diverses parties composantes de l’idée complexe. Le côté psychologique de ce processus a été si bien exprimé par James Mill que je ne sauraïs mieux faire que de citer ses propres paroles : « Les idées qui ont été si souvent unies, que lorsque l’une entre dans l'esprit l’autre vient avec elle semblent se souder, se fusionner, pour ainsi dire, de facon que de plusieurs idées il s’en forme une seule, idée en réalité complexe, mais qui semble aussi simple que n'importe laquelle de celles qui la composent... Le mot or, par exemple, ou le mot fer semblent exprimer une idée simple comme le mot couleur où son. Pourtant on voit tout de suite que l'idée de chacun de ces métaux se compose des idées séparées de diverses sensations : couleur, dureté, étendue, poids. Cependant, ces idées se présentent unies d’une façon si intime qu’on en parle toujours comme élant une et non comme étant plusieurs. Nous parlons de notre idée du fer, de notre idée de l'or, et ce n’est que grâce à un effort que la réflexion opère la décomposition en idées composantes.» IL en est de même des idées plus complexes, à part que plus elles deviennent complexes, plus il y a de difficulté à en opérer la constitution, et plus elles se désagrègent aisément. C'est ainsi que, pour se servir des termes de M. Spencer, «il y a dans le développement des facultés mentales une consolidation progressive des états de conscience : des états de conscience autrefois isolés s’unissent d’une façon indissoluble. D’autres états originel-
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LA BASE PHYSIQUE DES FACULTÉS MENTALES, a1
lement unis avec difficulté se soudent avec tant de force, qu'ils s'appellent mutuellement sans peine. Aussi ils forment de grandes congrégations d'états de conscience, répondant à des objets extérieurs complexes, tels qu'animaux, hommes, édifices, à tel point fusionnés que ce sont pratiquement des états uniques. Mais cette association, qui unit en un seul état de conscience un grand nombre de sensations composantes, ne détruit pas celles-ci. Bien que subordonntes en tant que parties d'un tout, elles existent toujours (1). »
De même que le principe de l'association se manifeste au sujet des idées, non seulement dans le cas de la combinaison s'multanée d'idées simples en une idée complexe, mais aussi dans le cas de la séquence successive, où enchaînement des idées, de même, dans le cas des coordinations musculaires, nous acquérons le pouvoir non seulement de faire cocpérer simultanément des groupes musœulaires, mais aussi de les faire coopérer successivement. Par exemple, comme le fait remarquer M. Bain, « dans toutes les opéralions manuelles, il y a des successions de mouvements si fermement associés, que lorsque nous avons la volonté de faire le premier, le reste suit mécaniquement et inconsciemment. Pendant que nous mangeons, l’action d'ouvrir la bouche suit mécaniquement le mouvement de porter le morceau vers celle-ci. Bien que,
pour apprendre les successions de mouvements il faille un inter-
médiaire, la sensation, pour commencer, nous devons admettre qu'il y à dans le système une faculté d'associer ensemble des mouvements en tant que mouvements. »
En réalité, on aurait pu ajouter qu’il existe une telle faculté se manifestant bien avant l'apparition de l’une quelconque des facultés de la volonté; il est aussi vrai du polype que de l’homme, que « pendant l'acte de manger, l'action d'ouvrir la bouche suit mécaniquement le mouvement de porter le morceau vers celle-ci».
Il en est de même pour les facultés mentales es plus élevées ou
“les plus abstraites. Gar abstraction signifie simplement : dissocia-
tion mentale entre les qualités et le: objets, et dans des phases plus élevées, combinaison de ces qualités, ou des concepts qu'on
“en à, en nouvelles combinaisons idéales.
Enfin, de même que d'innombrables mécanismes spéciaux de
Coordination musculaire se trouvent être acquis par hérédité,
(1) Principles of psychology, vol. IE, p. 476.
d'innombrables associations spéciales d'idées se trouvent être acquises de même; dans l’un et l’autre cas, la force de la connexion imposée organiquement est en relation directe avec la fréquence avec laquelle cette connexion s’est produite dans l’histoire de l'espèce.
Ainsi, les plus simples, les plus anciennes et les plus constantes idées, relatives au temps, à l'espace, au nombre, à la séquence, peuvent être comparées, au point de vue organique, aux plus anciens et aux plus fermement associés des mouvements musculaires, tels que ceux de la respiration, de la déglutition et des viscères. En outre, les instincts acquis héréditairement ont leur contre-partie dans celles des coordinations musculaires acquises par la même voie, qui ne sont pas absolument indissolubles., Pareillement, les associations d'idées acquises durant la vie d'un être individuel ont besoin d’être plus ou moins constamment entretenues par la répétition, de même que les coordinations musculaires acquises de la même façon ne peuvent être conservées que grâce à l'exercice et à la pratique.
En somme, done, il est impossible qu'il puisse y avoir un parallélisme plus précis entre ces deux manifestations du mécanisme nerveux, et ce parallélisme n’est pas de ceux qui ne se reconnaissent que par une analyse scientifique; le sens commun l'a déjà remarqué: je n’en veux pour preuve que l'emploi fait du mot gymnastique appliqué aussi bien aux coordinations mentales qu'à celles des muscles,
Pour être complet dans cet exposé systématique, il me faut montrer maintenant que les troubles pathologiques qui se montrent dans les centres nerveux chargés de régir les muscles ont leurs équivalents dans des troubles similaires qui se produisent dans les centres nerveux chargés de régir l’activité mentale. Ainsi le « nervosisme », ou trouble de l'état d'équilibre normal des centres nerveux, brouille les idées comme les coordinations musculaires; dans les deux domaines, il agit d’une façon étonnamment pareille. L'idiotie trouve son parallèle dans l’incapacité d'accomplir des mouvements musculaires complexes; cette
incapacité accompagne presque invariablement l'idiotie. La démence a sa contre-partie dans un état de déséquilibration de la coordination musculaire; cet état, dans ses formes graves, porte le nom d’ataxie; la manie, d’autre part, n'est qu'une convulsion mentale ; el la perte de conscience, une paralysie mentale,
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Je ne saurais abandonner cette partie de mon sujet sans faire une courte allusion à une difficulté qui peut s'offrir à quelques esprits, et qui a été bien exposée par le professeur Calderwood, dans son récent livre (p. 211-216). La difficulté à laquelle je fais allusion vient de l'absence d’un rapport constant entre les dimensions ou la masse du cerveau et le degré d'intelligence; pourtant, ce que nous avons dit précédemment donnerait à penser qu'un tel rapport devrait exister,
Je ne nie pas que le rapport entre les dimensions, la masse ou le poids du cerveau et l'intelligence ne soit chose embarrassante lorsque nous considérons l'ensemble du règne animal ; car, bien qu'il y ait sans conteste une relation générale entre les quantités, cette relation n’est pas constante. Mème dans l’espèce humaine, cette relation n’est pas aussi précise qu’on le suppose d'ordinaire: laissant de côté les cas particuliers, que l'on peut citer, d'hommes de génie n’ayant pas un cerveau particulièrement grand ou lourd, les cas inverses de personnes faibles d'esprit, ayant un cerveau volumineux et bien développé en apparence, sont peut-être plus remarquables encore, Le docteur Frédérick Bateman, de l'£asten Countie’s Asylun, à alliré mon attention sur les travaux du doëteur Mierzejewski, publiés au congrès international des aliénistes tenu à Paris en 1878. Ces travaux, qui semblent avoir été faits avec soin, puisque les moules des cerveaux ont élé montrés, tendent à établir que l’idiotie est compatible avec des cerveaux volumineux et en apparence bien développés : dans un cas, la substance grise était développée à un degré « énorme ».
Si nous considérons le règne animal, nous voyons plus nettement encore que la quantité de substance cérébrale n’est qu'un très incertain indice du niveau intellectuel. Il en est ainsi, même si nous éliminons l'élément de complication qui survient par le fait des différences qui existent chez les divers animaux, entre la masse du cerveau et la masse du corps, les animaux de petite taille ayant besoin d’une masse de cerveau proportionnellement plus grande, parce que le mécanisme nerveux qui régit le môüvement musculaire el la coordinalion a, dans les deux cas, besoin de trouver sa place. Mais cet élément de complication peut être éliminé si l’on considère les cas d'animaux petits, manifestänt une intelligence remarquable; à ce point de vue, nul animal n'est plus curieux que les espèces les plus intelligentes des fourmis, auxquelles j'ai fait allusion dans mon précédent ouvrage.
Comme l’a fait remarquer M. Darwin, le cerveau de ces insectes mérite d’être regardé comme le fragment de matière le plus admirable peut-être de l'univers.
Mais si l’on regardait cette question relative au rapport entre ia masse du cerveau et le degré de l'intelligence comme un obstacle sur la route de la théorie de l’évolution, je répondrais par les considérations suivantes :
Tout d’abord, il y a une relation générale et indubitable entre le cerveau et le degré de l'intelligence, tant chez l'homme que chez les animaux, nous n’avons donc à nous occuper que des exceptions particulières, Mais ici nous devons nous rappeler qu'à côté des dimensions ou de la masse, il doit certainement y avoir un autre facteur à mettre en ligne de compte, el non un des moins importants : c'est la structure ct la complexité du cerveau. Nous savons en réalité si peu de chose sr'r les relation entre l’intelligence et la structure du système nerveux que je ne pense pas que nous soyons bien autorisés à formuler quelque con: clusion a priori bien convaincante au sujet des rapports entre là masse ou les dimensions du cerveau et le degré de l'intelligence.
Sachant d’une façon générale que la masse et la structure du cer: veau sont nécessaires à l'intelligence, nous ne savons cependant pas jusqu'à quel point le second de ces deux facteurs peut s’accroître aux dépens du premier. Et pour ce qui est de la conplexité pure, ou du multum in parvo, je ne suis pas convainc que même le cerveau de la fourmi mérite d’être regardé comme plus admirable que l’œuf de l'être humain. Enfin, à ce sujet, nou pouvons remarquer qu'il y a d'aussi bonnes preuves à l'appui €: l'importance de la structure du cerveau comme facteur conlri: buant à déterminer 'e niveau intellectuel, qu’il y en a à l’appt de l'importance de la masse cérébrale. Dans toute la série de vertébrés, les circonvolutions du cerveau -— qui sont l'expression grossière de la finesse et de J1 complexité de la structure du cer veau — donnent une indication générale étonnamment exacte di degré de l'intelligence ; chez les fourmis, Dujardin dit que le de: gré d'intelligence est en raison inverse de la quantité de substant corticale, ou en raison directe de la masse des corps et tubercul pédonculaires. Par suite des considéralions que je viens d'expi ser, je ne pense donc pas que la difficulté supposée, que j'ai cn bon de citer, soit une difficulté sérieuse et réelle,
Bie les un que n:
une b:
puissic en {en yrions les pro les éqi conna
Ains rentes proces:
qu'on :
lence :
iscuss inal, à en che
Ï suffi ment | ment « nature
Cons toujoui