F. de Goulangcs, Ciié antique
nues une armée permanente, cédèrent, au temps des rois francs, la place à la levée barbare, en masse, de tous les homfnes valides, levée décrétée chaque année, selon le bon plaisir du monarque. Ces troupes ne recevaient point de solde, et vivaient sur le pays avec force ravages et carnages*.
Le régime féodal établit dans ce chaos un certain ordre et même une amélioration relative. Le feudataire, seul, fut légalement astreint au service militaire et seulement jusqu'à 40 ans, à charge de se faire remplacer par son fiîs*. Mais Tobligation était stricte; l'abandon du seigneur pendant la bataille ou le refus de service militaire entraînait la perte du fief ^. Les prétendues lois de la guerre autorisaient toujours d'effroyables excès : les villes prises d'assaut étaient mises à sac ; sur le champ de bataille, on massacrait sans pitié la piétaille^ dont on n'aurait pu tirer de rançon. La dédition romaine parait clémence, quand on la compare aux effroyables abus de la force commis en Angleterre après la conquête normande, aux massacres, à la spoliation de tout un peuple, à la capture des femmes nobles, adjugées en mariage forcé ou données pour amours aux chevaliers improvisés, qui s'appelaient parfois Trousse-bout, Œil-de-r Bœuf, Guillaume le Charretier, etc.*. Seul, le désir de tirer profit du vaincu, d'extorquer une riche rançon aux seigneurs ou aux villes amortissait la férocité des vainqueurs.
Toute cette sauvagerie se continua, en s'atténuant quelque peu, jusqu'à une époque très voisine de nous. Pendant la révolte des Pays-Bas, les armées espagnoles se signalèrent par une férocité animale. Les villes prises étaient mises à sac
1. F. de Coulanges, Inst. polit. (Monarchie franque) (pasfim).