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Le Siéc/e, 26 avril

mars ; elle oscille entre 32 et 33 francs.

Ceci, en passant, nous donne Toccasion de prendre sur le fait un préjugé économique que nous entendons répéter souvent.

Les rentiers, surtout quand ils se sentent menacés d'une conversion, considèrent comme une ruine la baisse du taux de l'intérêt. Ils voudraient bien trouver un moyen pour le faire rehausser. Il n'y en a qu'un : c'est la destruction des capitaux eux-mêmes et le défaut de sécurité.

En ce moment, en achetant de l'Extérieure espagnole, ils ont une belle occasion de s'offrir du 12 0/0, 2.000 fr. de rentes pour 17 ou 18.000 francs. Y en a-t-il beaucoup qui soient tentés de profiter de cette occasion, et, s'ils n'en profitent pas, ne reconnaissentils pas, par cela môme, que la baisse de l'intérêt est un signe de progrès économique? '

Cependant, si beaucoup de porteurs de nos rentes avaient trouvé un moyen protectionniste pour en augmenter le taux, ils y auraient certainement eu recours. Qu'ils ne disent pas que je les calomnie, car le phéno-

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mène de la hausse du capital fixe est le même que celui de la baisse du prix des capitaux circulants : et que font les protectionnistes, sinon d'essayer de relever ^artificiellement cette baisse de prix qui est le signe le plus certain du progrès économique ?

Les journaux anglais du 20 avril ont publié une interview d'un diplomate espagnol anonyme, mais, paraît-il, important, dans laquelle il tranchait la question financière. Cet hidalgo a la désinvolture d'un Grec : « On a pour dernière ressource, dit-il, de suspendre les payements de la dette. »

Quant à la solde des soldats, nul embarras, (c II y a un an que les soldats espagnols à Cuba n'ont pas touché un sou de gage...

Ce n'est rien. Le soldat espagnol reçoit sa nourriture et ses vêtements. » Le diplomate affirme qu'on lui remet le gage arriéré quand il quitte le service et qu'il est enchanta de

ce système, que les soldats des nations riches n'ont cependant jamais réclamé.

La vérité est que TBspagne commence la guerre avec un trésor vide et un crédit épuisé.

Les billets de la Banque d'Espagne avaient une couverture de 43 0/0 dont moitié en or; il n'y a pas eu d'émission de papier-monnaie en dehors d'eux : le change sur Paris n'en est pas moins monté à 72 0/0 ; le cours forcé relèvera encqre : la planche aux billets fonctionnera, et l'Espagne sera inondée de papier.

Cette menace a atteint les chemins de fer :

Le Nord de l'Espagne première série a baissé de 207,30 à 182; le Saragosse première hypothèque de 276 à 258.

Et cepèndantje vais paraître dire un paradoxe, et toutefois ce sera une vérité :

— La perte de Cuba sera favorable à la srtuation financière et économique de l'Espagne. En vérité, cette perspective ne devrait pas produire une baisse de fonds espagnols, mais une hausse.

Je le prouve en deux mots : L'Espagne a

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dû faire une guerre de dix ans, de 1868 à 1878, pour maintenir Cuba sous sa domination; depuis trois ans, elle est encore en guerre avec ces sujets toujours révoltés.

Elle y a consacré des hommes par centaines de mille ; elle y a dépensé une centaine de millions, et en s'y ruinant elle a ruiné cette colonie.

Si, par impossible, elle était victorieuse, Cuba ne serait qu'une charge écrasante pour elle. Les plus sincères amis de l'Espagne, soit par intérêt, soit par sentiment, ne peuvent que souhaiter pour elle que Tindépendance de Cuba soit proclamée le plus tôt possible.

Cuba ne peut rien perdre à être séparée de l'Espagne. On voit, au contraire, nettement, non seulement qu'elle y gagnera, mais ce que l'humanité y gagnera, puisque un épouvantable foyer de guerre civile sera éteint.

Cuba est chargée d'une dette de près de deux milliards qui lui a été imposée par TEspagne. Ce n'est pas le rachat, c'est le payement de sa servitude.

Etant donné ce caractère, cette charge fût. patine 4e la dette espagnole^ quel que soit le sort futur de Cuba. Les bons cubains ont baissé de 50 0/0 ; ils se capitalisent actuellement au taux de 200/0. La situation de cette dette sera réglée le jour de la signature de la paix ; Cuba pourra peut-être en accepter une partie comme prix de sa délivrance; mais elle ne pourrait le faire que si la guerre ne durait pas trop longtemps et ne l'épuisait pas trop.

Il n'y a nulle comparaison à faire entre la situation des États-Unis, avec leurs 71 mil-

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lions d'habitants, leurs ressources agricoles et manifacturières, et celle de TEspagne, avec ses 18 millions d'habitants.

Cependant la situation financière des Etats-Unis n'est pas fort brillante. Le 4 0/0 United States , remboursable en 1907, était à 116 il y a un mois: il est à 108.

Les valeurs de chemins de fer américains ont perdu 6 0/0.

Les Américains ont été dominés par l'esprit protectionniste, aussi, eux, comme r Espagne, et il les a conduits à des folies qu'il n'est pas inutile de rappeler.

Ils s'étaient trouvés dans cette heureuse situation qu'après avoir amorti leur dette résultant de la guerre de la Sécession ils ne savaient plus que faire du revenu que leur donnaient leurs douanes. Il y aurait eu un moyen bien simple: c'eût été d'en diminuer qu d'en supprimer les tarifs. Mais, au contraire, les protectionnistes voulaient les augmenter.

Alors, pour utiliser ces ressources, on prit une mesure socialiste : on fit des rentiers aux frais de l'État. Le prétexte ? La guerre

de la Sécession, et en vertu de la loi de juin 1890, qui doubla le nombre des pensionnaires, le budget fédéral supporte une charge de plus de 700 millions de pensions payées à plus de 900,000 personnes, anciens soldats, veuves ou enfants, des combattants d'une guerre terminée il y a 32 ans !

Ce fonds avait une double fin : il servait de justification aux tarifs protectionnistes et de moyen de corruption électorale. Des candidats promettaient des rentes ; dans son message du IS mars 1897, M. Mac Kinley ne trouvait pas encore cette générosité suffisante et parlait du « paiement rapide de pensions libérales ».

Mais le budget américain avait une autre charge tout aussi dangereuse, destinée à protéger les propriétaires des mines d'argent. Pour donner une valeur factice à leur produit, la loi Sherman, du 14 juillet 1890, obligeait le Trésor à se charger tous les mois de 4 millions 1/2 d'onces d'argent, avec une émission correspondante de « greenbacks »

ayant force libératrice.

Toutes ces mesures combinées ont abouti

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à la crise de 1893, qui a été aussi grave pour les Etats-Unis que celle de 1837. Ils auraient abouti à un effondrement, si M. Cleveland n'avait pas forcé les Chambres à abolir la loi Sherman*.

Mais les budgets ne cessent pas de se régler en déficit : 350 millions de francs en 1893-94, 215 millions en 1894-95; 126 en 1895-96; 90 en 1896-97. Au mois de janvier on estimait que le déficit pour l'année fiscale 1897- 1898 finissant au 30 mai 1898 serait de 140 millions de francs.

De février 1894 à février 1896, le gouvernemeht américain a emprunté 262 millions de dollars, 1,300 millions defrancs, pour rembourser les greenbacks.

Le capital de la dette actuelle des États- Unis s'élève à 9.085 millions de francs.

Ulnvestor^s review estime que le gouvernement des Etats-Unis trouvera facilement à emprunter en Amérique 26 millions de livres sterling (650 millions de francs), mais que s'il a besoin de sommes supérieures, et si la guerre dure longtemps, il devra s'adresser

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