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L'EXPLOITATION DE CUBA PAR L'ESÇAONE

Des gens qui ont Thabitude de le prendre de haut avec les économistes font une antithèse entre T Espagne et les Etats-Unis.

Us prétendent que si le Hidalgo est pauvre, c'est parce qu'il est généreux ; que s'il veut conserver Cuba, c'est pour l'honneur, tandis que le grossier marchand yankee combat pour acheter son sucre et son tabac et y écouler ses céréales, ses lards, ses conserves de bœuf, ses machines et son pétrole.

D'un geste de dédain, l'aristocratique

i. Le Siècle, 15 mai 1898.

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personnage rejette dans le plus profond mépris Tâpreté du Yankee et élève dans une apothéose le désintéressement du com patriote de Don Quichotte, qui Test aussi de Sancho Pança.

Ce m9t de sympathie et d'antipathie est aussi faux que celui de « la race latine ».

L'Espagnol est aussi âpre que l'Américain : seulement il n'a jamais réussi dans ses affaires, tandis que le second prospère.

Et pourquoi ? Parce que l'Américain croit surtout que la plus grande des conquêtes c'est le progrès de l'utilisation des agents naturels, tandis que l'Espagnol a continué à croire que la seule manière honorable et fructueuse de s'enrichir est d'exploiter les vaincus ou les plus faibles.

Cette politique de ses conquistadores, de Fernand Cortès et de Pizarre, il n'a cessé de la pratiquer dans toutes les colonies qu'il a perdues; c'est elle qu'il pratique encore aux Philippines et à Cuba ; c'est pour elle qu'il a versé tant de sang et commis tant d'atrocités ; c'est pour elle qu'il fait actuellement la guerre.

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Les causes économiques de Tinsurrectioa de Cuba ont été profondes.

Dans un article de V Economiste Français du 9 janvier 1897, M. Pierre Leroy-Beaulieu analyse les Relaciones comerciales entre la peninsula y las Antillas, ouvrage de Don Pablo de Alzola y Minondo, représentant de la ligue nationale des producteurs dans la Commission de la Réforme des tarifs de Cuba et de Porto-Rico.

L'auteur de ce livre est uii protectionniste. 11 veut assurer à la métropole des débouchés dans ses colonies. Voici les chiffres qu'il nous donne.

L'Espagne avait exporté en 1892, 760 millions de pesetas (valeur nominale, un franc) dont 115 millions ou un septième à Cuba.

Le chiffre total des importations de Cuba se montait à environ 335 millions de pese-r tas. La part de TEspagne entrait donc dans ce chiffre pour plus d'un tiers.

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Maintenant examinons la nature de l'exportation totale par TEspagne. Plus de la moitié se compose d'objets d'alimentation, y compris les vins ; plus du quart de minerais et de métaux.

La plus grande partie du commerce d'exportation de l'Espagne se fait avec la France et l'Angleterre, puisqu'en 1892 il représentait 432 millions de pesetas sur 760 millions.

Ce sont ces minerais, ces métaux, ces vins et autres objets d'alimentation qu'achètent la France et l'Angleterre à l'Espagne. L'Angleterre ne lui achète pas de tissus de coton, et la France ne lui achète des laines que comme matière première.

L'Espagne ne peut envoyer de minéraux à Cuba, ou il n'y a pas d'usines qui puissent les utiliser ; elle n'y envoie que pour 9.362.000 pesetas de vin, que pour 4.821.000 pesetas d'huile. Le reste des objets, représentant une valeur de 100 millions de pesetas, sont des objets manufacturés.

Elle y exporte pour 23 millions de pesetas de tissus de coton, soit les trois cin-

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quièmes de Texportation totale de ces objets : le reste va aux Philippines et à Porto-Rico.

En 1882, il y eut à Cuba une diminution de tarifs, et la surtaxe de pavillon fut supprimée en 1886. Mais en 1890-91 on releva Jes droits de 20 0/0, de sorte que les trois groupes sous lesquels sont classés ces marchandises étrangères eurent à payer des droits s'élevant respectivement à 12, à 36 et 43,50 0/0.

Le tarif de 1892 consacra la franchise des produits espagnols, abaissa certaines taxes sur les produits étrangers, en releva d'autres, entre autres celles sur les chaussures. Le droit était de 20 pesetas sur les farines étrangères ; mais le traité de 1892 Ta abaissé à 5 pesetas pour les farines américaines. Immédiatement, celles-ci ont refoulé les farines d'Espagne, dont l'exportation se montait à 12 millions de pesetas en 1891.

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. On voit la nature des rapports éconpmi-^ ques entre l'Espagne et ses colonies.

Elle a des fabriques qui ne pourraient lutter sur aucun marché du monde contre les concurrents étrangers ; par des tarifs de douanes elle force ses colonies à leur servir de débouchés- Les clients obligatoires des fabriques de la métropole sont mécontents de payer plus cher des objets pour les avoir moins bons. L'Espagne trouve qu'ils ont mauvais caractère et, pour leur apprendre à vivre, les châtie et ajoute le prix que lui coûte leur châtiment à ce qu'ils doivent lui payer.

Pour le budget daCuba de 1 897-98 , sur une dépense de 130.000.000 de pesetas 63.000.000 sont consacrés aux intérêts de la dette, qui représente 1.75S millions de francs dont 2S0 millions sont dus à l'Espagne.

A ceux qui leur reprochent de s'assurer par ce moyen le monopole du marché eu-

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bain, les Espagnols répondent qu'ils assurent réciproquement le marché de l'Espagne aux Cubains.

Mais de quoi se composent les exportations cubaines? ,

Tandis que Cuba expédie pour 389,635,000 pesetas aux Etats-Unis, elle n'expédie que 49.S90.000 pesetas à l'Espagne qui se répartissent ainsi :

Sucre, 29.379.000 pesetas: tabac, 3 millions 387.000 pesetas; cacao 2.713.000. Tous les autres articles réunis n'arrivent qu'à 4.966,000 pesetas.

Les Cubains se plaignent que leur sucre soit frappé à son entrée en Espagne d'un droit de 33,50 pesetas par 100 kilos, tandis que le sucre indigène, provenant des cannes cultivées dans le sud de l'Espagne, ne paie que 20 pesetas, soit une différence de 13,50 pesetas.

En même temps, l'Espagne défend à Cuba d'avoir pour ses meilleurs produits d'autres clients qu'elle. Par le décret du 12 mai 1896 elle s'est réservé le monopole de l'exportation des feuilles de tabac.

Il est vrai que, si Tinsurrection continuait, Cuba n'en aurait plus à exporter.

Dans le district de la province Pinar del Rio, où pousse le plus beau tabac, la récolte de 1897 n'a pas excédé 30.000 balles, soit un dixième de la récolte ordinaire.

M. Pierre-Leroy Beaulieu disait à la fin de son article : « Les Espagnols ne peuvent changer la nature des choses ; ils ne peuvent obliger indéfiniment les habitants d'une île située à quelques heures des côtes d'un aussi grand centre de production industrielle que les États-Unis à s'approvisionner toujours d'objets fabriqués dans la lointaine Espagne, dont 1.500 lieues les séparent et dont l'outillage beaucoup moins perfectionné ne permet de produire les mêmes articles qu'à un prix exorbitant. »

Les protectionnistes espagnols ne voulaient pas entendre parler d'une diminution des droits. Ils se sont violemment élevés

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contre les propositions faites en 1895 aux Cortès par les représentants de Cuba qui demandaient que des traités de commerce fussent conclus entre les Etats-Unis et Cuba.

Par l'article 4 du décret de mars 1897, M, Canovas accordait l'ingérence du conseil d'administration de Cuba dans la fixation des droits de douanes, mais sous les conditions suivantes : tarif différentiel en faveur de l'Espagne; tarif d'exportation, avec exceptions au bénéfice de l'Espagne. Il y avait, en outre, une colonne de droits fiscaux que le conseil d'administration pouvait modifier dans certaines limites. Quant aux droits diffère ntiels, la fixation en était réservée aux Cortès ; toutefois le décret réduisait le maximum de la protection à 40 0/0. Le décret ajoutait que n les traités ou conventions -commerciales qui affecteront l'île de Cuba seront spéciaux et que la clause de la nation la plus favorisée n'y sera pas comprise )•,

Les protectionnistes espagnols trouvaient insuffisants ces privilèges que les Cubains avaient le droit de trouver exorbitants.

C'est en grande partie pour défendre un

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débouché d'une centaine de millions ië\ francs par an que TEspagne a dépensé des centaines de millions et sacrifié plus de cent mille hommes. Demain Cuba sera libre et n'achètera plus un mètre de calicot ni une paire de souliers à TEspagne.

Les protectionnistes auront consommé leur ruine et aggravé la dette Ae TEspagne ; mais en la conduisant à cette extrémité de perdre ses colonies, ils l'auront déchargée de l'obligation de leur assurer à coups de canon, de fusils, et à l'aide de supplices atroces, des clients récalcitrants.

D'après le message de M. Claveland du 7 décembre 1896, les capitalistes américains ont de 30 à SO millions de dollars employés en plantations, chemins de fer, exploitations minières et autres entreprises à Cuba. Le mouvement commercial entre les Etats-Unis et Cuba qui, en 1889, représentait environ 74 millions de dollars, s'éleva, en 1893, à près de 163 millions, et en 1894, un an avant qu'éclatât l'insurrection actuelle, il atteignait encore 96 millions de dollars.

On voit que, malgré tous ses efforts, l'Es-

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pagne ne réussissait pas à fermer Cuba aux Américains, parce que le cours naturel du commerce est plus fort que toutes les combinaisons qui essayent de le détourner. Demain Cuba sera ouverte à la concurrence de toutes les nations.

Les protectionnistes américains auront enfoncé cette porte que FEspagne tenait close. Ironie des choses ! Ils sont le châtiment des protectionnistes espagnols.

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