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Le SiècZe,6juinl

avait converti au catholicisme, le bat et le décapite. Son autre fils et successeur Recarred adopta le catholicisme (S86-601). Les livres anciens furent brûlés, les hérétiques furent exclus de tous les offices civils et militaires.

Recarred s'était, sans doute, converti parce qu'il avait besoin de l'appui du clergé contre l'aristocratie laïque. Le succès fut complet, l'arianisme fut vaincu. Au vn® siècle, le gouvernement devient théocratique ; les conciles de Tolède dirigent le gouvernement, et les nobles laïques sont domptés. 11 ne pouvait en être autrement, puisque même' quand ils résistaient temporellement aux évoques, ils leur reconnaissaient le pouvoir spirituel et étaient obligés d'aller se confesser à eux et d'implorer leur absolution. On ne triomphe d'un pouvoir qu'en opposant principe à principe.

Dès ce moment, le clergé met la main sur le gouvernement de l'Espagne. On définit ainsi le règne de Kintila (636-640) : « 11 tint un grand nombre de synodes avec les évêques et fortifia le royaume par la foi ».

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En 680, Ervigh enferme Wamba dans un couvent et se fait oindre par Tarchevêque de Tolède qui devient le vrai roi. Ervigh en a tellement conscience qu'il abdique pour se faire moine (687). Sous Egiza, les conciles font la loi, les vrais maîtres de FEspagne sont Tarchevêque primat de Tolède et les archevêques qui sont à la tête de chaque province.

Dès que les rois catholiques eurent remplacé les rois ariens, les persécutions commencèrent contre les juifs. On les baptise de force, on leur enlève leurs enfants, on les soumet à la juridiction ecclésiastique, on leur interdit le commerce. En 694, le 17* concile de Tolède confisque leurs biens, les réduit en esclavage au profit des chrétiens, on les disperse dans tout le royaume de manière qu'ils ne puissent se marier entre eux et faire souche. Si quelques-uns se convertissent, on les relègue dans les Pyrénées.

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Le régime théocratique avait écrasé la population, ruiné les habitants des villes.

Il était mêlé de complots, d^attentats de tous genres et la dépravation des mœurs s'y étalait à Taise. Aussi quand Tarik arriva, en 710, avec ses Berbères, il ne trouva pas de résistance. Après la bataille de Xérès, dans laquelle le roi Rodinik fut abandonné, les Arabes occupèrent toutes les villes. Les Juifs accueillaient les Musulmans comme des libérateurs, les serfs étaient indifférents. En dix ans, les Arabes avaient occupé toute TEspagne, sauf une bande de terrain au Nord-Ouest. Ils toléraient les juifs et les chrétiens et laissaient s'élever leurs synagogues et leurs églises auprès des mosquées.

Cordoue, dit-on, avait SOO.OOO habitants.

On appela Mozarabes les chrétiens qui supportèrent la domination arabe jusqu'au xn*' siècle où ils furent tyrannisés par les théologiens musulmans et les soldats.

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Les régions indépendantes profitèreht des rivalités qui.se produisirent entre les chefs arabes et des mécontentements qu'ils provoquèrent. La Gastille, qui constituait TEtat central de TEspagne, supporta le principal effort contre les musulmans. Les Espagnols ravagèrent tout. C'était leur grand moyen de guerre.

Quand, en 1248, les Espagnols prirent Se ville, les musulmans ne conservèrent plus que le royaume de Grenade jusqu'à la fin du XV* siècle ; ces pays étaient ruinés, les terrains en friche, les villes brûlées. On fonda dans les zones dévastées des installations qu'on appela « poblaciones ». Dans les villes qui avaient été occupées par les Arabes, les populations arabes étaient nombreuses. Malgré les massacres, elles dépassaient les populations chrétiennes. De temps en temps, les rois d'Espagne prononçaient d'effroyables expulsions comme celles

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de Valence sous Jayme P^ On dit que 200.000 fugitifs se dirigèrent vers Grenade.

Si l'Espagne était en grande partie rendue à la chrétienté, elle était misérable et remplie de compétitions et de luttes intérieures.

Les trois grands ordres de moines guerriers de Gastille, Alcantara, Calatrava, Saint-Jacques, accaparaient, du xii* au XV* siècle, d'énormes richesses. Les couvents se dressaient partout. L'abbesse de las Huelgas, près de Burgos, exerçait ses droits de souveraineté sur 14 grandes cités et 50 villes. Les moines mendiants pullulaient, vendaient des patenôtres, montrant des reliques et prêchant la haine du juif et du Maure.

Dans chaque ville conquise sur les Maures, un tiers des terres appartenait à l'Eglise .

Les archevêques de Burgos, de Saint- Jacques, de Valladolid, de Séville, avaient d'immenses revenus. Au milieu du xv* siè-

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cle, les nobles saccageaient les églises, sécularisaient les biens du clergé, pillaient, brûlaient, tuaient.

Comme en France, nous trouvons en Castille Tinfluence des légistes qui constituent la théorie du pouvoir royal et essaient de la mettre en pratique. Mais en France, les légistes sont des laïques, très laïques de conception et de pratique.

En Espagne, nous trouvons, superposée aux légistes, Tlnquisition établie vers 1204 par Innocent III, au moment de la guerre des Albigeois ; elle reçut en 1229 une organisation précise. Elle fut installée dans les

Etats de l'empereur et dans les Etats romains pendant le xiii* siècle. En 1255, Louis IX essaya de rétablir en France, mais elle devint un objet d'horreur et ne put s'y maintenir. Introduite en Catalogne en 1232, elle s'étendit rapidement dans toute la péninsule ; mais ce ne fut que deux siècles plus

tard, en 1451, sous Ferdinand et Isabelle, qu'elle reçut sa forme définitive. Elle s'appela le Saint-Office, fut dirigée par un grand inquisiteur général, un conseil général, connu sous le nom de la Suprême, et 45 inquisiteurs généraux. L'Inquisition était à la fois « gardienne de l'ordre et de la tiationalité », dit M. Mariéjo*. Elle avait eu d'abord pour mission de forcer les juifs à se fondre dans la foi catholique et dans la nation espagnole. Sous les menaces terribles de massacres comme ceux que les croisés avaient exécutés à Séville, beaucoup de juifs s'étaient convertis. On les appelait des judaïsants. Leur conversion forcée était suspecte. L'Inquisition se donna d'abord pour mission d'en surveiller la sincérité.

Les juifs étaient nombreux. Dans ce pays dévasté, au milieu de populations qui n'a-

1. Histoire générale publiée sous la direction de MM. E. Lavisse et Hambaud.

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vaient vécu que de la guerre, d'hidalgos qui n'acquéraient- et ne conservaient cette qualité qu'à la condition de ne rien faire, de prélats, de prêtres et de moines qui ne vivaient que de l'exploitation de la foule, ils avaient concentré entre leurs mains tout le commerce. De là contre eux des jalousies d'autant plus terribles, qu'ils remplissaient un rôle utile que ceux qui les haïssaient étaient incapables de remplir.

Ferdinand et Isabelle décidèrent, en 1492, de rendre « l'Espagne aux Espagnols ».

Les juifs furent placés dans cette alternative : ou le baptême ou l'expulsion. On leur donna six mois pour vendre leurs effets, mais on leur défendit, sous peine de mort, d'emporter avec eux ni or, ni argent, ni pierres précieuses.

Il sortit 30.000 familles qui, à cinq personnes par famille, font 150.000 personnes.

D'autres reçurent le baptême, et l'Inquisition les guettait de manière qu'ils ne pussent retourner à leur ancienne foi et qu'elle pût s'enrichir de leurs dépouilles.

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Les Maures aussi contrariaient la conception de « TEspagne aux Espagnols ».

En 1491, avait eu lieu la capitulation de Grenade qui stipulait que les Espagnols ne toucheraient ni aux biens, ni aux lois, ni à la liberté, ni à la religion des Maures, que leurs prisonniers même seraient rendus sans rançon et que les juifs, compris dans le traité, jouiraient des mêmes privilèges.

L'Espagnol, comme individu, se vante d'être fidèle à sa parole : comme peuple, il n'a pas les mêmes scrupules.

La capitulation de Grenade ne fut point respectée : Tlnquisition s'acharna contre les Maures comme elle s'acharnait contre les juifs ; elle défendait ainsi l'unité de la foi et elle prétendait défendre la pureté de la race. « L'Espagne aux Espagnols. »

• A Grenade, on voulut interdire aux Maures de revêtir le costume national, de porter des armes ; on prohiba la fabrication

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des bijoux de mode arabe ; on exigeai' emploi exclusif de la langue espagnole dans les écritures. Un don de 80.000 ducats fit ajourner ces mesures.

A Valence, pendant la révolte qui eut lieu en 1520, les corps de métiers baptisèrent de force tous les Musulmans du royaume de Valence qui étaient plus nombreux que les chrétiens. Ensuite, on les soupçonnait d'être des relaps : F Inquisition savait admirablement découvrir les obstinés et les relaps.

Certains Maures préférèrent la révolte à la résignation et se jetèrent dans la Sierra de Espadan, d'où ils s'élançaient pour piller le pays et brûler les églises et les villages. On ne les réduisit qu'en appuyant les milices d'un corps de 4.000 lansquenets. On étrangla les uns, on vendit les autres comme esclaves. En Aragon, les Maures durent aussi se convertir sous peine de mort. A partir de 1S26 il n'y eut plus un Maure qui ne fût converti au christianisme.

Au XVI* siècle, l'Inquisition n'eut plus seulement à poursuivre les juifs et les Maures, elle eut à poursuivre les réformés, dont les livres et les doctrines étaient importés des Pays-Bas. Au moment où Charles-Quint venait de se retirer au monastère de Yuste (1555), il apprenait cette invasion avec une furp ur indignée. Les inquisiteurs emprisonnèrent d'un seul coup plus de 800 personnes & Séville. Charles-Quint, qui, comme fils de Jeanne la Folle, avait hérité du fanatisme espagnol, recommanda à son fils Philippe II l'extermination des hérétiques.

Celui-ci suivît ces conseils avec un féroce acharnement, disant : « 11 vaut mieux ne pas régner que de régner sur des hérétiques. » Il se met sous le contrôle d'un confesseur dont le rôle public est reconnu. Un prêtre, Diego deEspinosa, obtient en quelques années la présidence du conseil de Gastille, la place de grand inquisiteur et le

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chapeau de cardinal. La bulle du Pape Paul IV condamne tous les hérétiques, même s'ils abjurent non de « cœur et par un mouveI^ent de conscience, mais par crainte de la mort ou de la prison » . La distinction laissait toute liberté d'appréciation aux juges.

Le 21 mai 15S9 eut lieu un premier autodafé de protestants ; Philippe II assista au second qui eut lieu à Valladolid et attira, dit-on, de tous les points de TEspagne, 200.000 curieux qui voulaient assister à cette réjouissance publique. ,

Tout fléchit devant l'Inquisition. Elle garda en prison pendant deux ans l'archevêque de Tolède, primat des Espagnes, ancien confesseur de Charles-Quint.

En 1S56, le synode de Grenade rend une terrible ordonnance contre les Maures. Elle les oblige à apprendre l'espagnol en trois ans. On y trouve la disposition suivante :

« Et comme se baigner est une coutume

païenne, tous les bains publics et privés doivent être détruits. »

Deux ans après, les Maures poussés à bout se révoltent et commettent des actes de férocité qui valent ceux des Esjiagnols.

Espinoza et Dega troMvaient Philippe II trop doux parce qu'il n'ordonnait pas leur extermination complète et tolérait Texil et le cantonnement. En 1571, ils furent définitivement domptés.

Philippe II eut l'orgueil de préserver l'Espagne de toute contamination intellectuelle du dehors. L'Espagne aux Espagnols.

Les idées nouvelles étaient interdites à la frontière et il était interdit aux Espagnols de sortir pour aller les chercher au dehors.

Philippe II était fier d'être le champion du catholicisme. Il exulta de joie en apprenant la Saint-Barthéleiùy ; il soutint les Guise et la Li^e ; il espérait placer sur le trône de France sa fille Isabelle. Tandis qu'on se demande avec épouvante ce que serait devenue l'Europe si Philippe II avait réalisé ses ambitions, la majorité des Espagnols lui a voué un culte.

Son successeur, Philippe III, fut nommé le Pieux à juste titre ; tous les matins il entendait la messe, tous les soirs il récitait neuf fois le rosaire ; il vivait au milieu des reliques, ne pouvait sortir des couvents, ni se dérober aux propos des moines ; et il eut enfin la gloire, en 1609, de procéder à l'expulsion des Maures, qui donna, d'une manière définitive, l'Espagne aux Espagnols.

L'archevêque de Valence, Ribera, qui fut le promoteur de la mesure, les représentait comme les alliés secrets des Turcs, des Anglais, des Français. Il ajoutait :

« Ils sont 90.000 hommes propres à porter les armes, et si nos ennemis osaient tenter une invasion, notre situation serait terrible ». Il invoquait enfin l'argument protectionniste : « Il est à craindre qu'ils n^'accaparent toutes nos richesses et ne réduisent les chrétiens à la misère ». L'auteur de Don Quichotte^ Cervantes, approuvait, comme

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un Drumônt de l'époque, disant : « Ils enfouissent sans cesse ; leur science est de nous voler: ils sont le ver rongeur de r Espagne. »

La noblesse cependant eut la notion que cette mesure serait une ruine pourTEspagne et résista. Mais Philippe III et son favori, le duc de Lerma, obéirent, et les Maures de Valence, d'Andalousie, de Murcie, de Castille, d'Aragon et de Catalogne furent expulsés (septembre 1609-juillet 1610).

Ils furent transportés en Afrique. Un grand nombre périrent. 40.000 révoltés dans les montagnes de Valence furent égorgés ou réduits en esclavage. L'Espagne perdit 5 ou 600.000 de ses meilleurs agriculteurs et artisans.

La majorité des Espagnols fut enthousiasmée par cette belle opération qu'ils qualifiaient « la plus grande action du règne » . Richelieu, qui cependant n'était point un homme sentimental, l'appela « le plus barbare dessein dont l'histoire des siècles fasse mention ».

L'Espagne était aux Espagnols. Elle ne

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s'en est jamais relevée et nous montrerons que tous les progrès qui ont été réalisés chez elle ne l'ont été que malgré les Espagnols et par des étrangers.

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