VI PRÉFACE
unité. Avec les plus formidables pouvoirs pour scruter les replis les plus secrets de la conscience humaine, il établit l'épouvante du silence sur chaque Espagnol, et paralysa tout esprit de libre recherche. Chacun vécut dans, la dépression de la peur ; de la peur du surnaturel, entretenue et exploitée par les prêtres qui la partageaient eux-mêmes plus ou moins ; de la peur de la prison, de la torture, du bûcher auxquels pouvait être livré chaque individu, sur la dénonciation d'un adversaire, par des juges qui, enfermés dans le mystère, se faisaient un honneur et une vertu de leur férocité.
Nul n'osant penser et se diriger par luimême, il en est résulté que les Espagnols ont montré une telle incapacité de se gouverner eux-mêmes que presque toujours, malgré leur farouche esprit d'exclusivisme, ils ont dû se résigner à la domination d'étrangers.
C'est à ceux-ci qu'ils ont également laissé prendre la direction économique de leur pays ; mais ils ne leur ont jamais pardonné, et ils continuent de ne pas leur pardonner de faire ce qu'eux-mêmes sont incapables de