‹ L'évolution politique et sociale de l'EspagneChapitre 30 sur 65 · L*ESPAGNE ET LES ÉTRANGERS · texte numérisé non relu

L*ESPAGNE ET LES ÉTRANGERS

il avait déjà régné à Naples, Il amena avec lui comme ministres deux Italiens, un Sicilien, le marquis de Squillacé, et un Génois, le marquis de Grimaldi. Ils suscitèrent des haines violentes, du finement qu'ils voulurent faire des réformes* Charles III disait:

«Mes sujets sont comme des enfants qui pleurent quand on les nettoie. » Il fut forcé de sacrifier cependant ses ministres étrangers à Témeute de 1766, mais il appela au pouvoir le comte d'Aranda, lié avec les philosophes français, et Floridablanca et Campomanès.

Âranda osa importer le franc-maçonnerie en Espagne. Campomanès était imbu des idées économiques libérales françaises.

Un Irlandais, O'Reilly, modifia Tarmée ; un Napolitain, Gazzola, Fartillerie ; un Français, Gauthier, la marine.

Ces faits prouvent que les Espagnols, qui n'ont reculé devant aucun moyen pour que TEspagne fût à eux seuls, n'ont guère été

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gouvernés que par des étrangers, surtout à partir du jour où ils eurent complètement atteint leur idéal par l'expulsion des Maures. Les uns les ont mis au pillage. Les autres, les Français et les Italiens, ont fait les plus louables efforts pour les arracher à leur paresse et à leur routine. Tous les progrès qu'ils ont accomplis proviennent d'une impulsion extérieure.

C'est aux troupes de Napoléon qu'ils ont dû la Constitution de 1812 qui est restée pendant longtemps l'idéal des libéraux. Mais, même sous Philippe IV, la population ne fournissait pas ses armées.

Un tiers de l'effectif était étranger.

Au point de vue économique, si on excepte la Catalogne, le peu de prospérité qu'a pu avoir l'Espagne, elle le doit aux étrangers.

Ce sont les juifs qui font son commerce, les Maures qui sont ses artisans et ses agriculteurs. Une fois qu'elle s'en est débarrassée, Charles-Quint et ses successeurs sont obligés de s'adresser à des étrangers. Ils empruntent à des Allemands et à des Italiens qui vien* nent en Espagne, exportent des produits

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espagnols : la laine, la soie, le fer, dont la vente était prohibée ; font le commerce avec ses colonies malgré les prohibitions dont il était frappé. Ils en étaient quittes pour se faire couvrir par des Espagnols. Et ces pays d'Amérique, si jalousement confisqués par les Espagnols, par qui avaient-ils été découverts? Non par un Espagnol, mais par un Génois, Christophe Colomb.

A la fin du xvn* siècle, ce sont les Français qui, au nombre de 60 ou 70,000 concentrent dans leurs mains le commerce et l'industrie à Ségovie, Séville, Grenade, Tolède.

A partir de 1713, date du traité d'Utrecht, les Anglais les remplacent en partie. Les mines d'Aragon et d' Almaden sont exploitées sous la direction d'un Irlandais, Bowle.

En 1793, l'Espagne fit à l'égard des Français ce qu'elle avait fait à l'égard des juifs et des Maures : des émeutes furieuses menacèrent ceux qui y étaient établis ; le gouvernement emprisonna les uns, expulsa les autres et confisqua les biens de tous.

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Cependant, au xix* siècle, les Français n'ont point gardé rancune aux Espagnols de ces procédés, pas plus que de Ténergie féroce avec laquelle ils se sont défendus contre les armées de Napoléon. On a oublié les assassinats, accompagnés de tortui'es, qu'ils ont fait subir à nos soldats.

Des ingénieurs et des capitalistes français sont allés se mettre à la disposition de l'Espagne. Les Espagnols ont fini par consentir à les laisser faire et à se laisser donner trois milliards de capitaux par la France dont, d'après les évaluations de M. Neymark^ la valeur est réduite de moitié. C'est une Compagnie française qui a éclairé Madrid au gaz. Ce sont des Compagnies françaises qui ont sillonné l'Espagne de chemins de fer. Ce sont les Français qui ont installé en Espagne les grandes Compagnies de crédit ; ils ont, avec les Anglais, mis en valeur des richesses minérales qui seraient restées sans emploi.

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Les Français ont porté aussi des capitaux en Espagne pour le développement de sa viticulture ; ils ont appris aux Espagnols à perfectionner leurs procédés de culture et de vendange. Nous nous sommes livrés à toutes ces opérations dans notre intérêt que nous n'avons pas toujours bien calculé.

Tant pis pour nous. Les Espagnols ne nous doivent pas plus de reconnaissance que nous neleur en devons, parce qu'ils ont bien voulu consentir à ce que nos ingénieurs et nos capitalistes fassent chez eux ce qu'ils ne voulaient ou ne pouvaient pas faire eux-mêmes.

Cette petite étude n'a pour but que de constater deux faits : jamais l'Espagne n'a été livrée autant à l'exploitation des étrangers que le jour où la conception de l'Espagne aux Espagnols, par l'extermination des juifs et l'expulsion des Maures, parut avoir été pleinement réalisée. Si cette conception, .si ruineuse qu'elle ait été pour l'Espagne, ne l'a pas encore été davantage, c'est que les Espagnols, malgré tous leurs épouvantables procédés, ne sont pus parvenus à atteindre leur idéal.

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