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Le Siècle, 5 juillet

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ment ils se comportaient au dehors, avec les populations qu'ils prétendaient* avoir sous leur domination, exploiter à leur profit et modeler à leur convenance.

A la mort de Charles le Téméraire (1477) les Pays-Bas avaient passé de la dynastie de Bourgogne à celle des Habsbourg par le mariage de Marie avec Maximilien. Charles- Quint, né à Gand, en 1500, était le fils de Philippe le Beau et de Jeanne la Folle, 11 ne cessa de se préoccuper d'agrandir et de consolider les Pays-Bas dont il comprenait la puissance, la grandeur et la richesse. En 1543, il avait réuni les dix-sept provinces des Pays-Bas auxquelles étaient surbordonnées en fait les principautés indépendantes de Liège et de Cambrai.

Il pouvait croire avoir assuré à sa dynastie un magnifique domaine ; mais. Espagnol par sa mère, Jeanne la Folle, Charles-Quint exploita âprement ces provinces par des impôts ruineux, les livra au pillage des soldats qui, ne touchant jamais de solde, se payaient sur les habitants ; et enfin, tandis qu'il était obligé de transiger au point de

vue de la Réforme avec les princes allemands, il laissait son fanatisme religieux prendre sa revanche à Fégard de ses sujets des Pays-Bas.

Dès 1519, la Réforme s'y était introduite ; en 1521, Charles-Quint fit brûler à Malines les écrits de Luther. Par Fédit de Worms du 8 mai 1521, il réorganise Tlnquisition dans les Pays-Bas, en mettant à sa tête un laïque, le conseiller Van der Hulst, qu'Adrien VI nomme inquisiteur papal et place au-dessus du roi (1" juin 1523).

Il agit : les Augustins d'Anvers suspects d'hérésie sont, arrêtés en masse ; on exige leur, abjuration ; deux sont brûlés vifs à Bruxelles, le 1^^ juillet 1523. Ce sont les premiers martyrs de la Réforme en Europe.

. Charles-Quint s'entend avec Clément VIII pour la nomination, le 17 juin 1524, de trois inquisiteurs généraux. Les biens des hérétiques sont confisqués au profit de l'Etat.

Gharles-Quint rendit une douzaine d'édits pour extirper l'hérésie avant Tédit perpétuel de 1550. Philippe II, qui succéda à son père

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en 1555, ne fit que continuer cette œuvre de délation et de férocité.

L'édit perpétuel portait peine de mort par le fer (la fosse pour les femmes) et le feu non seulement contre les hérétiques, mais encore contre tous ceux qui vendaient, achetaient, copiaient ou possédaient des livres suspects, et qui tenaient des conventicules, disputaient sur Técriture sainte en public ou en secret, qui logeaient, nourrissaient, favorisaient les hérétiques ou ne les dénonçaient pas.

La moitié des biens appartenait aux délateurs. Quel a été le nombre des victimes d'un pareil régime ? OnTignore, mais on aie droit de supposer qu'il fut effroyable. Le prince d'Orange le fixait à 50.000, Grotius le portait à 100.000.

Philippe II quitta les Pays-Bas pour toujours en 1559, laissant trois ou quatre mille mercenaires sans solde et confiant la régence à sa sœur naturelle Marguerite de Parme, la fille de Charles-Quint et d'une servante d'Audenarde.

Les causes de mécontentement étaient multiples ; la noblesse et le clergé étaient mécontents d'être gouvernés parla Consulte, composée de trois étrangers, Granvelle, Viglius et Berlaimont. Enfin la noblesse et la bourgeoisie réclamaient contre la tyrannie de rinquisition. Egmont alla en Espagne porter les plaintes des Pays-Bas. Philippe II y répondit par sa lettre du 17 octobre 1565 dans laquelle il estimait que « la cause du mal qu'il y a eu, et de ce qu'il se soit ainsi augmenté et passé si avant, ait esté par la négligence, flocheté et dissimulation des juges * », et il excitait l'inquisition à redoubler d'ardeur, comme si les délateurs et les bourreaux avaient besoin d'encouragement.

Alors trois hommes, Louis de Nassau, Jean de Marnix et Nicolas de Homes, conçurent et mirent à exécution le projet d'une

1. Histoire Générale^ publiée sous la direction de Lavisse et de Rambaud, t., V p. 182.

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confédération des nobles pour le redressement des griefs. Ils rédigèrent un acte qu'on appela « le compromis des nobles » et qui fut bientôt couvert de deux mille signatures.

Ce qu'ils demandaient surtout, c'était l'abolition de l'Inquisition fonctionnant, « au grand déshonneur du nom de Dieu et à la perte, désolation et ruine totale des Pays-Bas, rendant toutes personnes perpétuelles et misérables esclaves ». Nous promettons, disaient-ils, l'un à l'autre, toute assistance de corps et de biens, comme frères et fidèles compagnons, tenant la main l'un à l'autre, que nul d'entre nous frères et confédérés ne soit recherché, tourmenté ou persécuté en façon ou manière quelconque, « auquel cas tous les signataires lui prêteraient aide et protection « sans y rien épargner. »

Ceux qui s'engagèrent ainsi étaient des héros.

Marguerite de Parme intimidée leur donna une audience. Ils entrèrent à cheval à Bruxelles au nombre de deux ou trois cents, furent reçus le 5 avril 1S66, ne recueillirent

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LES ESPAGNOLS ET LES GUEUX DES PAYS-BAS loi

Mais il y eut des divisions, des abandons, des lâchetés provoqués par des causes diver-

que des paroles vagues, et entendirent Ber- ; ^|

laimont dire à la Régente : — N'ayez pas peur, ce n'est qu'une poignée de « gueux » ; ^ ,

le soir, dans un banquet, ils adoptèrent gaiement comme leur titre cette dénomination méprisante.

Les commerçants et les bourgeois orga- 'i|

nisèrent de leur côté une confédération ^^

qu'on nomma <* le compromis des marchands ». Ils se mirent en rapport avec les nobles et leur ofifrirent de l'argent. Les ïj

ministres calvinistes osèrent venir tenir ,?i

des prêches en plein vent aux portes d'An- ^^

vers, de Bruges, et autres villes oîi des -^

foules se rendaient en armes. Les images i)

des saints étaient partout arrachées et bri- ^

sées. Les couvents se vidaient. Marguerite '

de Parme fut obligée de suspendre l'Inquisition.

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ses. Philippe II envoya, en 1S67, 17.000 hommes, la plupart Espagnols, ayant pour chef, armé de pleins pouvoirs, « un vieux de soixante ans, long, maigre, portant une longue et mince barbe blanche », le ducd'Albe, qui avait donné en Italie des preuves de son aptitude à la tyrannie poussée jusqu'à la férocité. Marguerite de Parme lui céda la place et se réfugia en Italie. Il arrêta d'Egmont, de Hornes le bourgmestre d'Anvers, et institua un (t conseil des troubles » qu'on appela « le tribunal de sang » composé des Espagnols Vargas et Del Rio. D'Egmont et de Hornes furent décapités le 5 juin 1568 sur la grande place de Bruxelles. Des potences s'élevèrent dans tous les carrefours des villes et des villages, des bûchers flambèrent partout* Les « registres des condamnés et bannis à cause des troubles » sont conservés aux archives de Bruxelles, témoignages épouvantables du régime auquel le duc d'Albe avait soumis les Pays-Bas. Le 8 juin, il écrivait avec une satisfaction sereine que tout était fini.

La guerre commençait.

Beaucoup qui s'étaient soumis dans l'effa-

rement de la terreur^ sentirent leur énergie se réveiller quand le duc d'Albe força les États généraux de voter trois impôts nouveaux : le centième, le vingtième et le dixième denier; soit 1 0/0, une fois payés, sur tous les bieiis; 5 0/0 pour toute mutation d'immeuble; 10 0/0 sur toutes les transactions. Cette importation de l'alcavala espagnole provoqua la grève des marchands; les boulangers et les bouchers de Bruxelles fermèrent boutique» Le duc d'Albe voulait les faire pendre chacun à leur porte, quand il apprit que « les gueux de mer » venaient de prendre la Brielle.

Cette victoire relève les courages. On chansonne le terrible duc. Les protestants français viennent au secours des Flandres. Le 24 mai 1572 Coligny s'empatre de Mous. L'Union de Dordrecht commence à constituer la République des Provinces-Unies.

Le duc d'Albe, qui avait fait ériger sa propre statue à Anvers, en 1570, se voit menacé. Il a recours à ses procédés habituels* Il livre pendant trois jours Malines à ses soldats. On garde le souvenir de la « furie

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espagnole », à Malines, à Zutphen, à Naarden, à Harlem.

Les Espagnols jetèrent dans cette dernière ville la tête d'un de leurs prisonniers. Leshabitants leur renvoyèrent onze têtes d'Espagnols, avec cette inscription : « Dix têtes pour le payement du dixième denier, et la onzième pour l'intérêt ». Après la prise de la ville, les Espagnols firent pendre tous les magistrats, tous les pasteurs et plus de quinze cents de ses habitants.

Cependant, Philippe II, au moment où il se réjouissait de la Saint-Barthélémy, comprenait qu'il perdait les Pays-Bas ; il rappela le duc d'Albe, envoya à sa place Requesens, homme relativement modéré qui abolit, le 6 juin 1574, le tribunal de sang et proclama une amnistie d*où il n'excluait que 300 personnes. Il est vrai que c'étaient les chefs.

Mais les troupes espagnoles continuaient leurs excès. Le 4 novembre 1576, la « furie espagnole à Anvers » se livrait au massacre de 8.000 personnes, au pillage de la ville, et y allumait des incendies dont l'un détruisait l'Hôtel de Ville. Les députés de Brabant, de

Flandre et de Hainaut ouvraient spontanément, dans Tautomne de lâ76, les Etats généraux à Bruxelles et engagaient les négociations avec le prince d'Orange et les provinces calvinistes de Hollande et de Zélande. Elles aboutirent à« la Pacification de Gand » du 8 novembre 1S76. Elle stipulait une alliance armée des catholiques et des protestants pour expulser les soldats espagnols, une amnistie générale, le retour des proscrits du tribunal de sang, la restitution des biens des condamnés.

Don Juan d'Autriche, qui arrivait à ce moment comme nouveau gouverneur, fut obligé de reconnaître la Pacification de Gand et de promettre le renvoi des troupes espagnoles. Il ne tint point cette promesse. Mais les catholiques et les protestants ' entrèrent en lutte. Guillaume le Taciturne fit adopter par les États généraux d'Anvers, le 12 juillet 1S78, un projet de « Paijc de religion » qui proclamait la liberté de conscience : « Touchant les dites religions, chacun demeurera franc et libre, comme il en voudra répondre devant Dieu ». L'exercice des deux cultes

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rivaux sera autorisé partout où cent ménages, établis depuis un an, en feront la demande. Toutes les autorités jureront la paix de religion.

La liberté est la conception la plus difficile à comprendre. Ce projet fut très mal accueilli des deux côté^.

Alexandre Farnèse, fils de Tancienne régente, tira très habilement parti de la division existant entre catholiques et protestants.

Le 6 janvier 1579, les catholiques de l'Artois, du Hainautet des villes wallonnes de la Flandre, Lille, Douai, Oulins, conclurent « rUnion d'Arras » par laquelle ils se séparaient des Etats généraux pour le maintien des privilèges, Tobéissance au roi et la conservation de la seule foi catholique. Les protestants répondirent par TUnion d^Utrecht (23 janvier 1579) qui devint et resta la constitution de la République des Provinces- Unies.

Philippe II promit 25.000 couronnes d'or et des lettres de noblesse à celui qui assassinerait le prince d'Orange : moyen digne de

tous ceux qu'il avait déjà employés. Les Etats généraux de la Haye y répondirent le 26 juillet 1581 en proclamant la déchéance de Philippe II, et en affirmant le principe « que les rois sont faits pour les peuples et non les peuples pour les rois ». Guillaume fut assassiné le 10 juillet 1584, à Delft par Balthazar Gérard, qui n'agit point pour gagner la récompense promise, mais par fanatisme.

Philippe II n'en conféra pas moins des lettres de noblesse à la famille de l'assassin. La mort de Guillaume n'eut pas le résultat qu'en avait attendu Philippe II, et du fond de son palais de l'Escurial, qu'il avait construit sur la forme du gril die Saint-Laurent ; entouré des moines hiéronymites, desservant l'église qui en occupe le centre, il apprenait la prise de Groningue en 1594, la constitution solide des sept provinces maritimes, leur reconnaissance comme État indépendant, en 1596, par Henri IV et Elisabeth.

Les Provinces-Unies n'avaient pas seulement conquis leur indépendance, leurs flottes faisaient des conquêtes sur les colonies espagnoles et portugaises. En 1607, un armistice fut conclu; en 1609, TEspagne reconnaissait l'indépendance des Provinces-Unies qu'elle avait eues sous sa domination pendant 132 ans.

La Flandre, le Brabant, le Hainaut étaient ruinés : Anvers, Gand, Bruges, , Malines, Ypres, Bruxelles, Mons, Tournai, Valenciennes, avaient été saccagés, incendiés, dévastés. Les hommes les plus énergiques et les plus indépendants avaient disparu ou .émigré dans les Provinces-Unies, emportant avec eux leurs qualités morales, leur industrie, leur aptitude au commerce et à la culture intellectuelle.

Les Pays-Bas, espagnols ou catholiques, restèrent languissants, avec l'Escaut fermé, Anvers ruinée, tandis que les Pays-Bas indé-

pendants et protestants, établis dans des marécages, montrèrent une activité commerciale, industrielle et intellectuelle qui enont fait un des plus actifs foyers de la civilisation moderne. Amsterdam, bourgade de pêcheurs de harengs, devint un centre artistique qui domine toute la peinture avec Rembrandt. Le commerce de la Hollande alla jusqu'en Chine et au Japon.

De 1602 h 1609, dès avant la reconnaissance defe Provinces^Unies par l'Espagne, la Compagnie des Indes avaitgagné deux fois son capital; en 1618, elle bâtissait Batavia; elle établissait huit grands gouvernements. dans les Indes; elle enlevait, en 1633, le cap de Bonne-Ëspérance aux Portugais. La Compagnie des Indes occidentales occupait le Brésil de 1 623 à 1 636 , époque où le Portugal redevenu indépendant de l'Espagne put- le recouvrer.

Pendant ces treize années, cette compagnie avait équipé huit cents navires, et en avait enlevé cinq cent quarante-cinq aux Espagnols. Dans une expédition, l'amiral Hein enleva tous les galions de l'Espagne revenant de la Havane et chargés de 20 millions de livres.

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Mais, comme le fait remarquer avec raison M. H. Cons*, ils saisirent avec une remarquable intelligence le moment précis où, de corsaires, il fallait se faire marchands et obtenir la richesse par le commerce et l'exploitation des colonies.

Excellents constructeurs, sachant s'associer pour les grandes entreprises de pêche ou de navigation, sobres, économes, audacieux pêcheurs de baleines et de harengs, navigateurs dans l'Extrême-Orient, faisant monter un navire de cent tonneaux par huit hommes d'équipage là où les Anglais en mettaient trente, ils avaient au xyii** siècle 16.000 navires, plus que toutes les autres marines réunies. La Banque d'Amsterdam sait utiliser les capitaux qui affluent dans les Pays-Bas, si bien que l'intérêt était de 5 0/0 au temps de Maurice de Nassau, de 4 0/0 sous Jean de Witt, de 3 0/0 en 1700, alors qu'en France et en Angleterre le taux courant était de 8 0/0.

Amsterdam avait reçu en 1593 les Juifs que chassait le Portugal, qui lui apportaient

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